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Histoires de Bretagne 4

Histoires de Bretagne 4

     1 - La Bretagne au temps des "Carolingiens" et de Nominoë/Erispoë au IXème siècle, Alain Barbetorte au Xème siècle

     2 - Pierre Mauclerc au XIIIème siècle et les "Hermines bretonnes"

     3 - François II, la Bataille de St Aubin du Cormier (1488) et le devenir d'Anne de Bretagne

   4- Acigné et la Duchesse Anne de Bretagne

     5 - La "Malédiction" du château d'Acigné, enquête avec des hypothèses

     6 - La légende du roi Arthur

                                                                             -=0&0=-

                                                            Périodes transitoires entre Romains et Royaume de Bretagne (383 à 690). L'ARMORIQUE après l'invasion des Romains 52 av JC (Jules César, ...) : version la plus "élargie" des hypothèses issues de 5 sources, Goeffroy de Monmouth, Pierre de Baud, Alain Bouchard, Bertrand d'Argentré et Dom Morice:     Conan Mériadec 383-421, Gradlon 392-405 ou 435-445, Salomon Ier 405-435, Aldrien 445-464, Erec ou Guérec 464-472, Eusébius 472-490, Budic 422-509, Hoël le Grand 448-545 (.../...), Hoël II 505-560, Alain Ier 547-560,    Hoël III 593-640, Judicaël ou Salomon II 612-660, Alain II Le Grand (ou Long) 638-690          Doutes sur la généalogie selon des écrits du XIè siècle, Dol de Bretagne, précisant seulement les noms de Riwal, Gradlon, Daniel Drem Rud, Judicaël et l'Abbaye de Landévennec : Riwall, Gradlon. Conan Mériadec n'y est pas cité mais il est attesté comme neveu d'Octavius dans Historia regum Britanniae. 

     septembre 851 : création du Royaume de Bretagne par Erispoë , fils de Nominoë, suite à la bataille de JENGLAND (Beslé, à l'est de Redon).

     863/867 : Nominoë s'étant déjà aventuré dans le Loir-et-Cher pour y mourir en 851, Salomon agrandira la Bretagne avec l'apport de l'Anjou, l'Avranchin, le Cotentin, le Maine et la Touraine (Traités d'Entrammes et Compiègne avec Charles le Chauve).

     952 : à la mort du dernier roi de Bretagne, Alain Barbe-Torte, on assiste à une anarchie durant deux siècles entre Nantes, Rennes et Cornouaille.

    1166 : les Anglo-Normands Plantagenets, dont Henri II époux d'Aliénor d'Aquitaine, Richard Coeur de Lion, ... seront les maîtres de la Bretagne jusqu'en 1213 (Mauclerc).

     1491 : Anne, fille du dernier duc de Bretagne, épouse Charles VIII, roi de France. Leurs quatre enfants ne survivent pas et le roi se tue accidentellement à 28 ans. 1499 : Anne épouse Louis XII, roi de France. Sur quatre enfants, seule leur fille Claude survit, laquelle épousera en 1514 François d'Angoulême, le futur François Ier.

     1532 : le 13 août, l'Edit d'Union au Royaume de France est ratifié par le Parlement de Vannes. 1536, mort du dauphin, fils de François Ier et de Claude de France, dernier duc couronné de Bretagne sous le nom de François III. On parle ensuite d'une longue période dite de l'"âge d'or" jusqu'en 1675. "Pendant cette période florissante la Bretagne était la seule province française où l'on pouvait changer n'importe quelle somme de numéraire, dans n'importe quel village. Plus de la moitié de la richesse mobilière française était aux mains des Bretons, marchands ou banquiers, Vitréens ou Léonards, opérant à l'étranger; notamment sur la péninsule ibérique gorgée de l'or des Amériques. Le Duc de Bretagne, François II, et la famille de Rohan, héritière du richissime Olivier de Clisson, étaient l'un comme l'autre plus riche que le roi de France." Claude Champaud "A jamais la Bretagne" 

Territoires et limites géographiques : selon Pierre de BAUD, aumônier de la Duchesse Anne de Bretagne au XVème siècle: "La Bretagne a ses limites immuables car enracinées dans l'immémorial, ses frontières naturelles déterminées par les fleuves du Couesnon, de Sélune (Nota : vers St Hilaire-du-Harcouêt Manche), de Mayenne et de Loire au-delà desquels le Breton est en exil."

     ERISPOE, fils de NOMINOE, se nommera en 851 "Prince de Bretagne et jusqu'au fleuve de Mayenne". Nos deux romanciers Balzac et Hugo désignent les départements de l'Ouest sous le nom de "Vendée". Dans les "Chouans", Balzac : "...Marche-à-Terre, du Pays des gars... en étendant sa rude et large main vers Ernée, là est le Maine, et là finit la Bretagne..."Victor Hugo : 1836 lettre : "il y a dix villes comme cela en Bretagne , Vitré, Sainte-Suzanne, Mayenne, Dinan, Lamballe, (Lassay) etc."Quatre-Vingt Treize" : "Passer la Loire était impossible à la Vendée. Elle pouvait tout, excepté cette enjambée... Passer la Loire tue La Rochejaquelein".  Il faut aussi noter avec Balzac "le secret de la guerre des chouans,les haies et les échaliers: construire ces clôtures formidables dont les permanents obstacles rendent le pays imprenable, et la guerre des masses impossible.  Alors se révèle l'insuccès nécessaire d'une lutte entre des troupes régulières et des partisans; car cinq cents hommes peuvent défier les troupes d'un royaume....c'était des Sauvages qui servaient Dieu et le roi, à la manière dont les Mohicans font la guerre."

     1 - La Bretagne au temps des "Carolingiens" et de NOMINOE/ERISPOE - Alain BARBETORTE au Xè siècle

     Au début du IXè siècle le Carolingien Louis Le Pieux, "lassé de ne pouvoir contenir les Bretons", "s'appuie" sur le comte de Vannes Nominoë, prince inconnu alors, en le nommant "missus" en 825. A la mort de l'Empereur en 840 le Royaume franc est partagé entre l'aîné Lothaire et Charles, né d'un second mariage.Les querelles des deux frères profitent à Nominoë qui se sent dégagé de son serment et décide de faire "cavalier seul" en Bretagne et au-delà. A compter de 843, Charles le Chauve, roi de Francie occidentale, monte trois vaines expéditions contre les Bretons.

 Nominoë et les Rois de Bretagne, une série  réalisée par Olivier Caillebot, conseiller scientifique Jean-Jacques Monnier

  • Episode 1Nominoé et les rois de Bretagne 
  • Episode 2. Cap sur Redon et son abbaye. Bains-sur-Oust : futur mémorial avec Georges Migaud Délégué de la fondation du Patrimoine pour le Pays de Redon, Louis Appéry Président de “Pouellgor gouel Ballon”, John Morzadec et Antoine Martel “Frériens”.
  • Episode 3. Dans ce troisième volet, l'Historien Frédéric Morvan et Georges Migaud délégué du patrimoine du pays de Redon, mettent en lumière la gouvernance de la Bretagne au 10 ème siècle.
  • Episode 4Ce quatrième épisode nous entraîne près d'Auxerre, à Fontenoy-en-Puisaye, lieu de la bataille qui déclencha la partition en trois entités de l'Empire de Charlemagne avec des répercussions sur l'équilibre des forces en Bretagne.

 Parmi celles-ci le 22 août 845 : la bataille de Ballon, lieu situé en Bains-sur-Oust (marais de Baen) au nord de Redon (Ros ou Roton); d'après la "Chronique de Réginon de Prüm. L'alliance de Charles Le Chauve et de son frère Louis Le Germanique explique la présence de mercenaires saxons sur la première ligne du front.

     "Les Bretons prennent les armes,violent les frontières du royaume des Francs et s'avancent jusqu'aux environs de Poitiers, semant partout le meurtre, le pillage, l'incendie, puis rentrent chez eux chargés d'un immense butin. Pour réprimer cette insolente audace, Charles à la tête d'une grande armée entre en Bretagne et livre bataille aux Bretons. Les troupes saxonnes, que le roi avait soudoyées pour soutenir les attaques rapides et les retours à l'improviste de la cavalerie bretonne, sont placées en première ligne. Mais dès la première charge des Bretons et dès leur première volée de javelots, les Saxons vont se cacher derrière les autres troupes.

     Les Bretons, selon leur coutume et montant des chevaux dressés à ce genre de combat, courent de côté et d'autre. Tantôt ils donnent impétueusement, avec toutes leurs forces, dans la masse serrée des bataillons francs et les criblent de leurs javelots; tantôt ils font mine de fuir, et les ennemis lancés à leur poursuite n'en reçoivent pas moins leurs traits en pleine poitrine. Accoutumés à combattre de près lance contre lance, les francs restent immobiles, frappés d'étonnement, effrayés de ce nouveau péril qui leur était inconnu; ils ne sont point équipés pour poursuivre ces troupes légères, et s'ils les attendent rangés en ligne serrée, ils n'ont contre leurs coups aucun abri.

     La nuit interrompit la bataille. Les Francs avaient beaucoup de morts, un plus grand nombre de blessés, une foule énorme de chevaux hors de combat. Le jour suivant, la lutte recommence et s'achève pour les Francs par un désastre encore pire. Ecrasé par une immense terreur, le roi s'enfuit au milieu de la nuit à l'insu de son armée, laissant là son pavillon, sa tente, tous ses ornements royaux.

     Le lendemain matin, en apprenant la fuite du roi, l'armée est prise de panique et ne songe qu'à l'imiter. Les Bretons se jettent sur les Francs avec de grands cris, envahissent le camp tout pleins de richesses et y font un grand butin. En même temps ils poursuivent les fuyards, tuent ou font prisonniers tous ceux qu'ils peuvent rejoindre; les autres se sauvent à toutes jambes. Ainsi enrichis des dépouilles des Francs et munis de leurs armes, les Bretons rentrent dans leurs foyers."

Nota : BALLON "Pays Gallo" : acte fondateur de la Bretagne indépendante... De nos jours l'association "Poellgor Gouel Ballon" souhaite ériger un mémorial sur le lieu de bataille. Les plans d'une oeuvre d'art, imaginée par Jean-Pierre BAUDU de l'agence Fouet Cocher, sont prêts. Des sponsors se sont engagés (dont les frères Guillemot de Carentoir, le Conseil régional, ...) www.helloasso.com 

    Après la mort soudaine de Nominoë à Vendôme  le 7 mars 851 son fils Erispöé inflige à Charles le Chauve (le 22 août) une nouvelle défaite à Jengland, sur la rive gauche de la "Vilaine" après trois jours de bataille acharnée. Erispoë se nommera "prince de la Bretagne et jusqu'au fleuve de Mayenne" avec cette phrase en breton : "Doué zo en nenv,ha tiern é breizh" (il y a Dieu au ciel, et un chef en Bretagne). En septembre 851 la rencontre d'Angers scelle la paix entre Erispoë et Charles le Chauve. "On peut considérer ce traité comme l'acte de naissance de la Bretagne", selon l'historien brestois Joël Cornette.

     "L'an 857, Erispoë fut tué par Salomon et Alcmar, Bretons comme lui, avec lesquels il était en désaccord. Ils l'attaquèrent lâchement et, usant de ruse, ils le tuèrent sur l'autel tandis qu'il invoquait la protection de Dieu. Salomon, saisissant la couronne, objet de son ambition criminelle, la plaça sur sa tête." Annales de Saint Bertin

     En 874, la conspiration de son gendre Pacweten et Gurvant ,gendre d'Erispoë, aboutira à la mort de Salomon. Période d'instabilité avec les raids des pirates Vikings, dits Normands.En cette fin de siècle Alain le Grand, dernier Roi de Bretagne, réunira la Bretagne "celtique" avec la "marche" d'Armorique de langue romane (888 - 908).

    Alain BARBETORTE ou Al Louarn (le renard) en breton. Ce Comte du Poher fut le premier Duc de Bretagne en 936 et jusqu'à sa mort en 952. Il était aussi le petit-fils d'Alain Le Grand.

     Au début du Xème siècle les VIKINGS (ou pirates normands) changent de stratégie : les raids avec pillages sont remplacés par des "principautés" en Angleterre, en Irlande et en Normandie. Le fait le plus marquant est la destruction de l'abbaye de Landévennec en 913. S'en suivra l'exil de l'aristocratie bretonne jusqu'en 935, date à laquelle Alain Barbetorte débarquera près de Dol-de-Bretagne avec une troupe d'exilés bretons, ainsi que des anglais, et chassera les Vikings jusqu'à Nantes dont il en fera sa capitale.

     La grande victoire majeure sur les Vikings n'interviendra cependant que le 1er août 939 à Trans, sur les bords du Couesnon, avec l'appui des comtes de Rennes et du Mans. Cette date du 1er août deviendra la "Fête nationale des Bretons". La Bretagne ducale indépendante : 1er août 939 - 1532 rattachement à la France.

     1066 : à la fameuse bataille d'Hastings remportée contre le roi saxon Harold par le normand Guillaume le Conquérant , le tiers de l'effectif était originaire de Bretagne. Sur ces 2 à 3.000 combattants la provenance était comprise entre Lamballe, Loudéac, Gaël en allant vers le Poitou puis remontant vers Châteaugiron, Vitré et Fougères ... Guillaume distribue les terres. Ainsi les fils du comte de Penthiève recevront le comté de Richmond. Plus de soixante-cinq mille normands, bretons, angevins, picards franchissent la Manche pour s'installer dans l'Angleterre peuplée alors d'un million deux cent mille habitants.L'Ecosse aura pour Grand Intendant un Filzalan ou une reine Stuart, deux familles originaires de Dol-de-Bretagne. Guillaume Le Conquérant décède en 1087 à Rouen.

     Son troisième fils, Henry, âgé de 19 ans se fait alors proclamer roi d'Angleterre, avec le nom de "Beauclerc"; c'était un prince fort instruit. Il récuperera la Normandie à son frère Robert, revenu des Croisades. Sous son règne naîtra l'anglo-normand puis le "roman" appelé à devenir le "françoys" et prononcé le "franswé".

     Après sa mort en Normandie en 1135, notons l'important règne de Henry II  Plantagenêt né dans le Maine-Anjou, parti étudier à 9 ans en Angleterre le latin et les armes. En 1153, à 20 ans, il devient roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande, duc de Normandie, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine. Le mariage avec Aliénor d'Aquitaine lui apportera le titre de duc d'Aquitaine et dix ans de régence de Bretagne (1166, fiançailles entre son fils Geoffroy,âgé de huit ans, et Constance, âgée de quatre ans,princesse héritière) ; ainsi que huit enfants dont Richard (surnommé Coeur de lion) et Jean (Sans Terre). Sur 35 ans de règne, Henri II en passera seulement quatorze en Angleterre. Il sera enterré à l'Abbaye de Fontevraud en 1189. Bien que né en Angleterre, son fils Richard (surnommé Coeur de lion) n'y vivra que six mois sur dix ans de règne. Il sera élevé en Aquitaine et Poitou par sa mère Aliénor. Lettré et polyglotte il compose des chansons en langue d'oc (doc) et encourage les troubadours occitans.

     Si les ducs résidaient à Nantes, c'est à Rennes qu'ils recevaient leur investiture : le futur duc s'arrêtait hors des murs, puis prêtait serment en jurant de défendre les droits et privilèges de la Bretagne. Il franchissait alors les "PORTES MORDELAISES" PortesMordelaises et, le lendemain, était couronné dans la cathédrale Saint-Pierre. Situées aux bas de la place des Lices, ces portes comportaient deux pont-levis précédés d'un boulevard et présentaient une double porte piétonne et charretière. Elles étaient encadrées par deux tours symétriques, rehaussées de mâchicoulis. Les Lices, extérieurs à la ville fortifiée, servaient aux manifestations médiévales. A l'est, on y avait dressé le pilori qui ne disparut qu'au XIXème siècle. Suite à l'épidémie de peste de 1622, on y plaça le marché le samedi matin. Les enchères de 1658 permirent d'y construire d'immenses maisons de bois et des hôtels de pierre pour y loger les parlementaires rennais. Le 23 décembre 1720, le centre de la ville est en feu : "à un quart de lieue les charbons allumés tombaient gros comme le poing". 845 maisons à pans de bois sont ravagées.  Mais dès 1752 un observateur note que la ville se pare d'arcades en granite aux rez-de-chaussée, d'étages en tuffeau et de toits d'ardoises, pour devenir "l'une des plus jolies capitales que nous ayons dans nos provinces".

     Au XII ème siècle l'aristocratie bretonne s'exprime en français ou en latin, excepté en Basse-Bretagne. Alain IV Fergant (1084 - 1112) fut le dernier duc bretonnant.

                     

2 - Pierre MAUCLERC au XIIIème siècle

     L'arrière-petit-fils du roi de France capétien Louis Le Gros - Pierre de Dreux - s'installa en Bretagne suite à son mariage avec la duchesse Alix, et sur ordre de Philippe Auguste qui "pensait" s'approprier le duché.Il entreprit de combattre tout d'abord les seigneurs du Finistère Nord et s'opposa au clergé breton, lui qui avait renoncé à la prêtrise, ce qui lui valut le surnom de MAUCLERC (clerc qui a mal tourné). Il fut excommunié quelques temps.Sous la régence de Blanche de Castille il complota contre le jeune Louis XI et s'allia avec le roi d'Angleterre Henri III.

     "Politique habile dans le détail des affaires et le maniement des hommes, chevalier vaillant, beau donneur de coups d'épée, capable d'inspirations très généreuses, très lettré, poète à ses heures, Pierre de Dreux avait de grandes qualités, mais il était entièrement dépourvu de modération et d'esprit de suite, et avec cela très entêté. Comme tous les Capétiens, il avait la passion de l'accroissement indéfini de son pouvoir" 

     La bataille de Châteaubriant (1222) : "Philippe Auguste avait donné la châtellenie de Ploërmel à un seigneur français Maurice de Craon. A la mort de celui-ci, Pierre de Dreux la revendiqua, à juste titre, comme partie inaliénable du domaine ducal. Amaury de Craon, héritier de Maurice, leva une forte armée composée de Manceaux, de Normands et d'Angevins, et pénétra en Bretagne. Pierre de Dreux menait une campagne contre les princes du Léon. Amaury, après avoir pris La Guerche et Châteaubriant, se retrancha derrière ces deux forteresses, faisant incendier et piller le pays environnant par ses troupes, attendant la diversion favorable que les princes du Léon lui avaient promise.

     A la suite des ravages exercés par les envahisseurs, la querelle personnelle de Mauclerc avec Amaury fit place à une lutte de caractère national pour sauvegarder le pays contre les étrangers. Les Bretons, oubliant les griefs qu'ils avaient contre Mauclerc, vinrent se ranger autour de lui. Pierre de Dreux s'avança vers Châteaubriant. Une bataille se livra dans les environs, à Béré, sur un terrain couvert de vignobles. L'armée d'Amaury, avec sa forte cavalerie, ne put manoeuvrer facilement dans les vignes. Les Bretons avaient au contraire, une quantité de gens combattant à pied dont l'arme favorite était l'arc et qui savaient s'en servir. Voyant cette grosse cavalerie empêtrée dans les vignes, ils lancèrent des flèches à plaisir, s'attaquant surtout aux chevaux. Avec les lourdes armures de l'époque, un chevalier jeté à terre ne pouvait se remettre seul sur pied. Les Normands, les premiers, se lassèrent de servir de cible aux Bretons et s'enfuirent. Les archers bretons profitèrent de cette défection pour pénétrer dans la ligne de bataille et prendre de flanc les autres escadrons. Bientôt, ce fut une déroute générale." LA BORDERIE.

     A la fin de sa vie Mauclerc partit pour la croisade en Egypte  - sous le nom de Pierre de Braine - où il combattit vaillamment. Il mourut au retour en 1250. Il laissa une Bretagne pacifiée à son fils marié avec l'héritière de Navarre.Les "hermines bretonnes" sur les armoiries de Bretagne furent introduites sous son ministère, car il portait un quartier d'hermine dans les siennes.BannirePierreDreux

     

 Pierre MAUCLERC et les seigneurs d'Acigné : Le baron de Vitré avait cédé le territoire d'Acigné à son fils Renaud en 1010. Le premier château d'Acigné - route de Servon en sortant du bourg - date de cette époque. On l'appelait en 1240 "La Motte d'Acigné". En 1234, ce château a été détruit par Pierre Mauclerc (Comte de Rennes), afin de punir Alain d'Acigné d'avoir pris parti pour Saint-Louis, qui était contre lui. Il a alors brûlé le château. De nos jours on a une rue Saint-Louis et sa statue y trône à l'extérieur de l'église. Depuis des temps lointains on y fêtait la "Saint-Louis" à la fin des battages troisième semaine d'août. Cette grande fête populaire, célébrée trois jours de rang, fut arrêtée en 1990.  

Initiateur des "Hermines bretonnes", Pierre Mauclerc aura laissé pour trace celles-ci sur le  blason des "d'Acigné"   avec, quand même, un rang de trois fleurs de lis (ou lys) du Roi de France...

 Mouchetures dhermines

 

 

 

 

3 - FRANCOIS II , LA BATAILLE de ST AUBIN DU CORMIER  (1488) et le devenir d'Anne de Bretagne

    1485 : fin de l'époque du trésorier général Pierre Landais, roturier vitréen. "Landais fut un grand ministre: c'est à lui que l'on doit rapporter toutes les mesures favorables au commerce, à la marine, à l'industrie, à l'agriculture, au développement des institutions municipales, et à lui, enfin, pour une grande part, la prospérité de la Bretagne pendant la seconde moitié du XVè siècle. Ardent et fidèle Breton, il combattit pendant vingt-cinq ans pour le salut de la patrie et mourut à la peine." La Borderie

     Anne de Beaujeu, fille de Louis XI,assurait la régence de Charles VIII et soudoyait nombre de seigneurs bretons avec force pensions pour affaiblir le duché de Bretagne de François II. Pour assurer sa succession celui-ci avait anticipé avec la réunion des Etats de Bretagne qui assurait les droits à ses filles Anne et Isabeau. Il conforta son duché par des alliances avec l'Angleterre et l'Autriche mais également avec le duc d'Orléans, ennemi de la régente Anne de Beaujeu qui s'appuyait sur la haute noblesse bretonne : Rieux, Rohan et Avaugour.

     Depuis le traité d'Arras de 1482, Charles VIII était fiancé avec Marguerite d'Autriche âgée de 5 ans, lui en avait 14.Le duché de Bretagne était très convoité : Anne aura connu sept prétendants...

     Louis d'Orléans entreprit de lever une armée avec le soutien des anglais et de Maximilien d'Autriche, père de Marguerite, ainsi que nombre de bretons mécontents. Anne de Beaujeu réagit vivement en 1487, une troupe française occupe Ancenis, Châteaubriant, Ploërmel puis Redon et Vannes et se porte alors sur Nantes.Mais le petit peuple se lève en masse pour défendre sa capitale : marins du Croisic, de Guérande, de Cornouaille, paysans, petite noblesse, bourgeoisie, .... reprend Vannes et tient bon face aux Rohan à Guingamp. En 1488, l'armée d'Anne de Beaujeu ne contrôlait que Clisson, La Guerche, Vitré et St Aubin du Cormier.

    Sous le commandement de La Trémoille, les français se rassemblent en une seule armée puissante et à partir d'avril 1488 les villes sont reprises: Ancenis, Châteaubriant, Dinan, St Malo,....Vint le tour de Rennes : après délibération dans la cathédrale il fut déclaré : "Ne pensez pas que vous soyez déjà seigneurs en Bretagne, le roy n'a aucun droit en cette duchée. Sachez qu'en cette bonne ville de Rennes il y a quarante mille hommes dont les vingt mille sont de telle résistance que moyennant la grâce de Dieu, si le seigneur de La Trémoille et son armée viennent l'assiéger autant y gagneront-ils que devant Nantes; nous ne craignons ni le roi, ni toute sa puissance. Partant retournez au seigneur de La Trémoille et lui faites part de la joyeuse réponse que nous avons faite car n'aurez d'autre chose." Les français se retirèrent des lieux, ne voulant répéter le siège de Nantes.

     La bataille déterminante de Saint-Aubin-du-Cormier : 28 juillet 1488 : le rôle majeur de l'artillerie française.

    Ignorant que Fougères avait capitulé le 19 juillet , une armée bretonne quitta Rennes avec les princes d'Orange et d'Orléans pour la secourir. La rencontre avec l'armée française eut lieu à mi-chemin à Saint-Aubin-du-Cormier. Le Maréchal de Rieux, reconverti à la cause bretonne, en était avec 12.000 hommes, dont seulement 300 archers anglais. Rieux fit revêtir à 2.000 des 6.400 bretons un hoqueton orné d'une croix rouge des archers anglais. En face, l'armée de La Trémoille disposait de 15.000 hommes avec de l'artillerie. La cavalerie était aux ordres du napolitain GALIOTA. Les ROHAN étaient présents sauf le sire de Léon, fils aîné,qui était avec l'armée bretonne.

     A deux heures de l'après-midi l'artillerie fit des ravages dans l'infanterie bretonne. Les lansquenets (fantassins mercenaires) allemands se replièrent derrière une colline ce qui donna le signal d'attaque de la cavalerie française et permit de percer l'armée bretonne qui tint quatre bonnes heures pour protéger une retraite ducale. Il y eut cinq à six mille morts dans le camp breton et mille quatre cents tués chez les français. 

      François II se sentit seul, abandonné de ses alliés, avec nombre de villes tombées. Il demanda la paix qui fut accordée avec promesse - par le traité du Verger (château en Anjou)- "de ne pas marier ses filles sans le consentement du roi".Une réplique fut célèbre : "Il plairait au duc que cette guerre se terminât..." - Soit... mais dites bien à votre maître qu'il m'a déplu, à moi, qu'elle commençât". François II mourut de chagrin le 9 septembre 1488.

François II était né au château de Clisson en 1435. Fils aîné de de Richard, Comte d'Estampes, lui-même fils du Duc de Bretagne, Jean IV, et frère de Jean V et d'Artur III. Sa mère est Marguerite, fille du duc d'Orléans. François II , élevé à la cour de France, succéda à son oncle, le célèbre Artur, Comte de Richemont, Connétable de France, qui ne régna qu'un an à l'âge de 64 ans, car empoisonné...  

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  NOTA : Saint-Aubin du Cormier , le site "Koad Sav Pell", à 300 mètres derrière le "Mémorial aux Bretons" (route menant à Sens de Bretagne). Jean-Louis Le Cuff, président du MAB (créé en 2003, 22 adhérents et une centaine de membres SCI), dispose d'un site de landes de 4,5 ha avec déjà 300 menhirs dressés, dont 17 forment un cercle avec, au centre, une table dolmen à la manière de Stonehenge (Angleterre). 50 fraîchement arrivés attendent d'être piqués debout. L'objectif de MAB est de faire connaître l'Histoire de la Bretagne et son identité. Il constate que les musées nationaux abordent très peu la période avant 1532, évoquant la bataille de Saint-Aubin (1488) et autres conflits. Marc SIMON, sculpteur local, grave le granit sur le terrain de "Koad Sav Pell". Après un dernier menhir, en 2018, en souvenir des morts bretons de 1914-18, c'est aux souverains bretons Nominoë et Alain Barbetorte qu'il s'attelle. Ainsi surgissent de terre une à deux sculptures par an. Jean-Louis Le Cuff rêve de voir les 56 ducs, princes et rois de Bretagne sculptés. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

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     Anne - dont la mère est moitié espagnole, moitié béarnaise - n'a que 12 ans et reçoit sa couronne ducale dans la cathédrale de Rennes le 10 février 1489. Elle dispose d'un duché affaibli avec une large partie de sa grande noblesse assujettie au royaume de France. Non résignée et forte de caractère,et en déni du traité, Anne décide d'épouser Maximilien d'Autriche ,par procuration, à 14 ans.Le mariage fut "consommé" par l'entremise de l'ambassadeur d'Autriche qui dénuda sa jambe et la glissa sous les draps où reposait Anne...Vive réaction du roi Charles VIII qui occupe Nantes en mars 1491 et s'unit six mois plus tard par un mariage sans faste avec Anne - et la Bretagne - au château de Langeais. Après 7 années aux côtés d'un roi malade et fade, celui-ci décède.

NOTA : 1491 - 1911: on commémora à Rennes l'union de la Bretagne à la France royaliste avec une sculpture si offensante que les indépendantistes la firent exploser en 1932 (1532/1932). 1532 : François Ier prend une décision unilatérale avec un "édit" proclamant l'union de la Bretagne à la France. Il ne s'agissait pas d'un véritable "traité" signé par les deux parties.

     Le "CATHOLICON" de 1464 prouve le dynamisme culturel et technique de la Bretagne. On aura tout d'abord eu vers 1450 l'invention de notre "Gutenberg". Jean Brito de Pipriac, au nord de Redon, donne naissance à l'imprimerie et permet à un plus grand nombre de communiquer et obtenir des savoirs. Vint ensuite le "Catholicon": le chanoine de Tréguier aura demandé à Jehan Lagadeuc de rédiger le premier dictionnaire mondial trilingue  (breton, françois et latin) qui sortira de l'imprimerie Jehan Calvez en 1499.

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     Vint alors une période plus heureuse avec un nouveau mariage à 23 ans entre Anne et l'ancien duc d'Orléans qui règne sous le nom de Louis XII. Il lui laisse une relative liberté d'action dans son duché. Cela rejaillira dans de nombreux domaines intellectuels et artistiques et la notoriété de la Bretagne mais aussi près du peuple qui lui fera un triomphe en 1505 sur les routes menant de Nantes à Vannes, Quimper, Tréguier, Saint-Brieuc, Dinan et Vitré.

     Le 19 août elle est venue prier au pardon du Folgoët (Finistère), accueillie dans la basilique par un "Veni Creator" chanté en latin (créé au IXème s.) et également en breton, oeuvre de son confesseur né à Plouvorn, près du Folgoët, et futur évêque de Rennes en 1507. Il serait à l'origine du poème officiel écrit en lettres d'or sur la grande scène où trônait le portrait de Brutus, chef mythique troyen devenu premier roi des Bretons! On croyait à l'époque que les Bretons descendaient de ce peuple de la Grèce antique.... Brutus s'exprime en breton : "moi et ma femme, de partir en douce du pays grec, afin de conquérir sans coup férir cette ci-devant Bretagne. Mes descendants parlent la vraie langue de Troie, laquelle restera en usage jusqu'à la fin des temps." Bernez Roux

     Le "Tour de Bretagne" très populaire de juin à septembre 1505 va l'immortaliser. Cependant, il convient aussi de savoir qu'Anne aura quitté le duché à 14 ans et que pendant 23 ans de règne elle n'y aura résidé que 6 à 8 mois dont ce fameux "Tour"! Morte en 1514, à 36 ans, Anne de Bretagne restera jusqu'à nos jours la "bonne duchesse" intelligente et obstinée à défendre sa province. Elle fut aussi autoritaire, pieuse austère, et portée vers le faste avec 24 maîtres d'hôtel, 25 commis de cuisines et 48 valets.

     Adolphe ORAIN, de Bain-de-Bretagne, écrivait en 1899 : "il y a des noms tellement gravés dans la mémoire des paysans bretons que, ni la lecture des journaux qui pénètrent aujourd'hui dans les plus humbles chaumières, ni les soucis du présent, ni les préoccupations de l'avenir ne parviennent à les effacer. On ne parle qu'avec respect de la bonne duchesse, la brette (femme bretonne) de Louis XII, comme on l'appelle. toutes les voies romaines sont des chemins de la reine Anne...."

     Anne de Bretagne avait effectivement beaucoup d'atouts pour être la "coqueluche" des petites gens. Avec ses sabots, elle n'était pas fière! chanson :

" C'était Anne de Bretagne,

  Duchesse en sabots,

  revenant de son domaine,

  En sabots mirlitontaine,

  Ah!Ah!Ah!Ah!Ah!Ah!Ah!

  Vive les sabots de bois!

  Revenant de son domaine,

  Avec ses sabots,

  rencontre trois capitaines,

  En sabot mirlitontaine, etc...

Les trois capitaines saluèrent leur duchesse et lui offrirent un pied de verveine en lui prédisant que, s'il fleurissait, elle serait reine. La verveine fleurit et la duchesse devint Anne de France.

  

  4 - ACIGNE et la Duchesse Anne

En 1490 la Bretagne est un petit Pays convoité par les Grands d'Europe. A sa tête une gamine de 14 ans entourée de conseillers ambitieux, prétentieux et sans scrupules, soucieux de leurs intérêts.Tantôt Bretons,tantôt Français, tantôt Anglais, tantôt Espagnols. Treize prétendants essaient depuis quelques années de demander la main de la petite duchesse à son père - François II - dernier des ducs de Bretagne,mort en 1488 après la défaite de St Aubin du Cormier. Parmi eux, le roi de France Charles VIII, déjà fiancé à la fille de Maximillien d'Autriche, lequel vient d'épouser par procuration en décembre la petite Anne de Bretagne.

     Au printemps 1491 les troupes françaises occupent la Bretagne et nombreuses sont les villes défaites. Les troupes bretonnes chargées de protéger la duchesse qui réside à Rennes stationnent entre autres à Acigné, bourgade sise à trois lieues de la capitale.Les soldats se comportaient parfois en soudards désoeuvrés et la population vit dans la crainte d'exactions. Anne de Bretagne leur envoie ce message : "Ordre aux gens de guerre étant à la Motte d'Acigné et à Châteaugiron de ne pas contraindre à la bêche les paroissiens d'Acigné, Noyal sur Vilaine, Brécé, Servon et Broons, ni de les contraindre à leur porter ou bailler vivres ou ustensiles sans les payer raisonnablement..."

     Arrive l'été 1491. Nantes est livrée au roi de France par un conseiller de la jeune duchesse (Alain d'Albret) et l'armée française vient camper à Bain de Bretagne avant de s'établir en août entre Voeuvre (Chevré) et Vilaine, c'est à dire à Acigné! Trois autres corps d'armée prennent ensuite position à St Sulpice la Forêt, Vern et Liffré pour cerner Rennes qui "devient un îlot parmi les villes prises et parties ébranlées". Louis d'Orléans (futur Louis XII) qui avait pourtant combattu du côté des Bretons à St Aubin du Cormier en 1488, arrive à Rennes pour convaincre Anne de Bretagne d'épouser Charles VIII. 
     Devant la misère, la faim, les récoltes anéanties et les exactions des soldats, elle se bute puis se résigne à épouser le fils de Louis XI pour sauver son peuple. "Elle fut tant persuadée par remontrances et grandes raisons (de son entourage) qu'à la fin elle se laissa induire à prendre ce parti..."

     Charles VIII est à Rennes. Prétextant des dévotions à Notre Dame de Bonne Nouvelle (aujourd'hui place Ste Anne) il se présente au logis des ducs, rue des Dames. Il y trouve la duchesse "tant belle, gracieuse, bénigne et humble et bien servie de corps". Les fiançailles ont lieu à la chapelle des Jacobins de Rennes en novembre, puis le mariage est célébré le 6 décembre 1491 à 8H du matin au château de Langeais. Anne de Bretagne devient ainsi reine de France. Sept ans plus tard Charles VIII meurt en heurtant un linteau de porte basse au château d'Amboise. Anne de Bretagne épousera Louis d'Orléans à Nantes en janvier 1499. Elle sera reine une seconde fois.

     En 1513 le nouveau pape Léon X accorde des privilèges à Anne de Bretagne, à sa fille Claude et à cinquante dames et gentilshommes de son choix. Anne choisit pour cette liste Jean VI d'Acigné, Gilette de Coëtmen sa femme, et leurs trois enfants : Louis, Pierre et Marie d'Acigné...

     Nous commémorons en ce mois de janvier 2014 le 500 ème anniversaire de la mort d'Anne de Bretagne. Je ne sais si elle portait des sabots, si elle aimait les pieds de verveine ou autres légendes plus ou moins farfelues. Par contre le nom d'Acigné ne lui était pas indifférent!

Philippe MOUAZAN (Association "Acigné Autrefois")

5 - LA MALEDICTION DU CHATEAU D'ACIGNé :

     aux confins des forêts de Rennes et de Chevré, le bourg d'Acigné, situé à une dizaine de kilomètres à l'est de la capitale bretonne, s'est édifié sur les coteaux qui bordent un large méandre de la Vilaine. Bourgade paisible de quelques milliers d'âmes, on y coule des jours tranquilles, bercés au rythme d'une rivière qui s'étire sage et monotone le long des berges. Gare, pourtant! Car on ne saurait trop se fier à l'apparente nonchalance des eaux un rien brunâtre de la rivière. Ici, comme nulle part ailleurs, des crues torrentielles peuvent soudain déferler et tout anéantir sur leur passage. Les déluges peuvent s'abattre sur la ville et réveiller les eaux endormies de la Vilaine, provoquant ainsi d'impétueuses et dévastatrices inondations...

     C'est du moins ce qui, en des temps reculés, se produisit à Acigné. Mais quand était-ce exactement? Et qui s'en souvient encore? Dans cette histoire extraordinaire, de nombreux détails font défaut, et certaines incohérences ou l'intervention de forces occultes laissent planer un doute sur la véracité des événements qui se sont déroulés. Et pourtant, la légende demeure.

     Sans remonter à l'époque du paléolithique, période au cours de laquelle Acigné et ses environs étaient peuplés de vaillants chasseurs simplement habillés de peaux de bête, un retour de quelques siècles en arrière s'impose pour camper le décor.

     Au début du XIè siècle, Rivalon, dit le "Vicaire", est un puissant seigneur qui règne sur un fief important incluant Vitré, Marcillé-Robert et Acigné. Vers 1010, il va structurer ses terres en seigneureries vassales à la tête desquelles il place ses fils. Renaud, son troisième garçon, deviendra ainsi le premier seigneur d'Acigné. C'est sur un îlot de la Vilaine que le nouveau seigneur décide de faire construire une motte, c'est-à-dire une butte artificielle fortifiée de remparts très hauts et sur laquelle on édifie un château flanqué de tours imposantes : "le fort de la Motte". Plus tard, sur un autre îlot proche, on fera ériger une chapelle. De ces deux constructions féodales, il ne reste plus rien aujourd'hui, si ce n'est une motte de terre et une vieille légende...

     Plus de trente descendants illustres portèrent le titre de seigneur d'Acigné, jusqu'à la Révolution française, où leurs traces se perdent. "Ils ne craignent pas même les monstres" : cette devise attachée à leur nom en dit long sur leur bravoure et leur valeur au combat. Prenant les armes contre Richard Coeur de Lion, afin d'obtenir la libération de Constance, la duchesse de Bretagne, contre Jean Sans Terre, pour venger l'assassinat du duc Arthur de Bretagne, ou encore lors de la bataille de Nicopolis, les seigneurs d'Acigné étaient de vaillants chevaliers, ce qui leur conférait une juste renommée en Bretagne. Toutefois, ils ne se montrèrent pas tous preux, honnêtes et sans reproche.

     Ainsi, l'un d'eux avait eu deux fils. Le premier, fier et digne descendant de cette haute lignée, était de caractère doux et aimable, bon époux et bon père de famille. Le second, au contraire, d'un tempérament méchant et envieux, sournois et querelleur, menait une vie trouble et dissolue : quelque peu sorcier, il était craint et unanimement détesté aux alentours. Pour le vieux seigneur fatigué qui avait passé sa vie sur les champs de bataille et qui déjà se voyait déclinant, il n'y avait plus à tergiverser : le château et l'administration du domaine iraient à l'aîné, tandis que le cadet n'aurait pour héritage que quelques fermes et terres sans valeur. C'était pour lui l'assurance que le glorieux blason ne serait pas terni. Le cadet, révolté par l'injustice qui lui serait bientôt faite, n'attendait que son heure pour agir.

     A la mort du vieux seigneur, les biens furent partagés comme convenu : l'aîné hérita de tout et le second du reste, autrement dit, de rien ou presque. Tandis que le premier régnait sur la châtellenie et demeurait au château en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, le frère se résolut à quitter les lieux en se jurant qu'il y reviendrait un jour en maître. La haine éprouvée pour le père qui l'avait dépossédé se tournait désormais vers son frère aîné et sa famille. Car tout bien calculé, il ne suffisait pas que le seigneur d'Acigné décède pour qu'il puisse hériter à son tour, mais bien qu'aucun de ses descendants ne lui survécussent. Son plan se tramait et, doté de certains pouvoirs maléfiques, il ne lui fut pas difficile de le mettre à éxécution. Seule un peu de patience lui serait nécessaire pour parvenir à ses fins.

     C'est ainsi qu'il confectionna quatre petites poupées de cire, représentant chacun des membres de la famille abhorrée. Chaque jour, il faisait fondre un peu de cire, la juste quantité pour que le sortilège puisse agir. Chaque jour, la santé de son frère, de sa femme et des deux enfants se déteriorait davantage. Tous les médecins appelés au chevet des malades y perdirent leur latin; aucune potion, aucun remède ne vinrent les soulager, on ne pouvait les guérir ni déceler l'origine de ce mal incurable. Il fallait s'y résoudre, ils allaient tous mourir.

     Plein d'une affection feinte et d'une sollicitude hypocrite, le frère cadet ne manquait pas de prendre régulièrement des nouvelles de la famille et de s'interroger à voix haute sur l'étrange et terrible mal qui les frappait. Un tel revirement dans son attitude ne pouvait qu'alerter le seigneur d'Acigné. Trop tard, pourtant : le sortilège opérait, et avançait même à grands pas; il n'y eut bientôt plus de cire sur les figurines. C'est ainsi que le jeune seigneur, son épouse et ses enfants s'éteignirent.

     L'assassin n'attendit pas que la dernière poignée de terre fut jetée sur la tombe de ses victimes pour s'installer au château. Plus que satisfait par l'accomplissement de ses sombres desseins, il hérita enfin des biens auxquels il aspirait tant et devint à son tour seigneur d'Acigné. Mais au village, en ce temps-là, vivait saint-Martin. Cet homme pieux et charitable était vénéré dans toute la région. Il était venu de Tours pour convertir les païens et les mener sur le chemin du Christ et de la foi. Alentour, on lui prêtait maints pouvoirs. Capable d'invoquer la foudre et l'orage, saint-Martin avait en outre le don de guérir les malades, de rendre la vue aux aveugles et la parole aux muets. Mais le plus grand de tous ses pouvoirs était de ressuciter les morts. Il n'accomplit aucun miracle de la sorte pour le jeune seigneur d'Acigné qui venait de périr avec les siens. En revanche, il décida de détourner la malédiction vers l'assassin. Peu de temps avant de mourir, le seigneur d'Acigné, convaincu que la maladie qui l'emportait n'était pas naturelle, pensa qu'il avait été ensorcelé. L'étrange conduite de son frère le lui prouvait de manière indiscutable. Il était donc allé voir saint Martin, lui avait fait part de ses soupçons et l'avait prié de le venger. Ce dernier, qui toute sa vie durant avait pourchassé les démons, avait accepté.

     Une nuit, alors que tous dormaient au château, saint Martin invoqua la foudre et l'orage, qui bientôt s'abattirent en pluies diluviennes sur le fort de la Motte. Après plusieurs jours d'un déluge comme on n'en vit jamais plus dans le pays, la Vilaine bouillonnante se remplit, quitta son lit et se transforma en un torrent d'une violence inouïe qui emporta tout sur son passage. Les deux îlots d'Acigné furent submergés, et rien ne résista à la puissance de la vague. Du château, du seigneur assassin et de ses serviteurs, il ne restait plus rien. Seuls les deux îlots mis à nu refirent surface après la décrue.

     La chapelle fut également engloutie par le torrent. On raconte cependant que tous les ans, à Noël, résonne encore aux douze coups de minuit, une cloche sous les eaux de la Vilaine. Et gare à celui qui l'entend, car c'est l'annonce de sa mort prochaine...

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Analyse des faits et hypothèses AG :

- en 1010, le baron de Vitré, Rivallon le vicaire (ou "vicomte"), également seigneur de Marcillé-Robert et Acigné, avait cédé le territoire d'Acigné à son troisième fils RENAUD. Il aura alors fait ériger un "château" avec des palissades en bois sur une motte érigée sur un îlot route de Servon, en quittant le bourg. Ce fut effectivement le premier "seigneur d'Acigné" du fort de la "Motte". Venant de Mayenne, la "Vilaine" agrémente le site qui sera positionné avec, en amont,  les moulins du "Gué" en Servon-sur-Vilaine, de Brécé et de "Moncorps" en Noyal-sur-Vilaine et, en aval, le moulin d'Acigné. Un second îlot accueillera une chapelle, en 1240.

Enquête en 3 temps : qui étaient le seigneur et ses deux fils de la légende?

- Concernant les deux fils du seigneur de la légende, le bon et le sorcier, on notera que parmi les trente descendants on évoque les combats contre Richard Coeur de Lion (1157 - 1199) et Jean sans Terre (1166 - 1216). Richard, poète et écrivain, est élevé dans les régions occitanes, parmi les troubadours. Il s'exprime avec la langue d'oc (doc) et, bien que Roi d'Angleterre, il ne parlera jamais l'anglais et n'y séjournera que quelques mois. Alain 1er d'Acigné avait pris les armes contre lui pour faire libérer la duchesse de Bretagne,Constance, en 1198. La duchesse ne voulait pas épouser l'ami de Richard Coeur de Lion, le comte de Chester! Cinquième et dernier fils du roi Henri II d'Angleterre, descendant des Plantagenets normands et d'Aliénor d'Aquitaine, Jean n'était pas destiné à monter sur le trône. Il fut donc surnommé "Sans terre" par son père.  Mais la révolte ratée de ses frères aînés vers 1173/74 en fit le fils préféré d'Henri II. Il devra cependant attendre la mort de ses trois frères  Geoffroy, Guillaume et Henri puis une compétition avec le neveu Arthur (assassinat évoqué) pour accéder au pouvoir à la mort de Richard en 1199. Ses contemporains présentaient Jean comme un tyran, un personnage cruel, repris ensuite par Shakespeare et les aventures de "Robin des Bois". A nouveau, Alain 1er d'Acigné reprendra les armes en 1203, contre Jean sans Terre cette fois-ci, pour venger l'assassinat du jeune duc Arthur de Bretagne, avec pour devise "Necque terrent monstra" ("ils ne craignent pas même les monstres"... qu'on peut retrouver jusque sur des vitraux de l'église de Marcillé-Robert).

     On a alors la trame du père Henri II, les deux fils, l'un bon (Richard) et l'autre méchant (Jean le sorcier). Cette version serait trop belle pour être crédible, Acigné n'a que le droit d'y rêver.

     Revenons alors à la généalogie d'Augustin du Paz : il indique la lignée des premiers seigneurs d'Acigné avec, pour père du seigneur Rivallon d'Acigné, Martin de Rennes le "puîné"!, fils  de Juhaël Béranger, comte de Rennes et frère de Conan l'aîné dit le "Tort" (parce qu'il boitait). Ce Conan était quand même duc de Bretagne! Martin de Rennes reçu en héritage les seigneureries de Vitré, Marcillé-Robert et Acigné... Son fils, Rivallon le vicaire, partagea ses terres en 1010 entre Tristan (ou Triscan) l'aîné, qui reçut Vitré; Robert le cadet Marcillé et Renaud le plus jeune la seigneurerie d'Acigné qui devait être bien modeste. Mais, on le verra, la lignée sera récompensée, après des parcours en France et hors de France, pour s'achever au début du XVIIème siècle en marquisat.

     Dans cette descendance de Renaud d'Acigné qui nous intéresse, un seigneur avait eu deux fils, l'un bon et l'autre auteur d'un crime. On ne peut que supposer :

- Hervé, témoin du duc en 1031,mort en 1060. Descendance non connue.

- Geoffroy 1er, témoin d'une donation en 1087. Descendance non connue.

- Raoul 1er, caution du baron de Vitré en 1107. Descendance non connue.

- Hervé II, époux de Mayence de Dol. Descendance non connue.

On écarte : Pierre 1er car il eut trois fils et pas deux comme dans la légende. Tout comme Péan (ou Payen), père de quatre enfants ou Pierre III, père du seul Jean 1er.

Alors quel est ce père qui n'aura eu que deux fils avérés? :

- On peut désigner Alain 1er, vaillant combattant contre Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre. Il eut bien deux fils : Adam et surtout Alain II qui devint seigneur d'Acigné et participa à la bataille de Chateaubriant en 1222. C'est lui qui fit construire la chapelle de la "Motte"d'Acigné en 1240. Aurions-nous Alain II "le bon" et Adam le "sorcier? Ce prénom d'Adam rejoint également l'histoire d'Adam qui pêcha avec Eve. Et cela nous arrange bien... Ajoutons que le successeur de Alain II fut Pierre II d'Acigné qui y demeurait en 1263, toujours sous le règne de saint-Louis. Il aurait du s'appeler Alain III. Ou alors serait-il le fils de Adam d'Acigné, le deuxième fils d'Alain Ier qui aurait pris le pouvoir en éliminant son frère Alain II? Ce qui crédibiliserait la solution à cette affaire mêlée de "légende dissimulatrice" émise après "Nicopolis".

- pour l'allusion à "Nicopolis", il faut s'en aller en Bulgarie, en 1396, où Jean II d'Acigné participa à une bataille contre les Turcs. Ayant perdu avec une coalition, parmi lesquels des Français ou Hongrois, le seigneur d'Acigné fut relaché après rançon ainsi que deux autres chevaliers bretons.

                 La réponse de Alain RACINEUX, historien local :

                   "Je pencherais plutôt pour le destin des deux fils de Jean II d'Acigné.       L'aîné, Pierre, mourut mystérieusement à Marseille, et son frère cadet lui succéda en 1403, année de la mort du père Jean II, et décida de s'appeler Jean III. A cette époque, il décida de quitter Acigné et de s'installer chez sa femme au manoir de "Fontenay" en Chartres-de-Bretagne en 1408. Il n'y vécut pas longtemps puisqu'il y mourut en 1410. Tout cela est propice aux soupçons évoqués dans la légende.

     A la fin du XVème siècle, l'historien Pierre Le Baud, qui fréquentait la cour du seigneur de Châteaugiron, écrivit pour la première fois la "légende de l'engloutissement de la ville d'Ys". On y trouve les mêmes ingrédients que dans la légende d'Acigné : recours au paganisme, châtiment divin par engloutissement de la ville, dont on entend parfois les cloches sonner sous la mer lors de certaines marées. Il se peut alors que c'est Pierre Le Baud qui a inventé la légende d'Acigné."

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- Notons le parcours très original de Pierre d'Acigné, frère cadet de Jean II : vaillant et adroit aux armes, on le surnomma, avant Bayard, "chevalier sans peur et sans reproche". Il suivit Louis d'Anjou, frère du roi Charles V, dans les guerres qu'il eût en Guyenne et Poitou contre les Anglais, puis lors de la conquête du comté de Provence. Après la mort du duc, il servit son fils Louis II d'Anjou, à la conquête de Naples. Très satisfait de ses services, Louis II, duc d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile, nomma Pierre d'Acigné "Grand sénéchal de Provence" et lui accorda diverses seigneureries dont celle de SAINT-TROPEZ! cela méritait d'être relevé.

    Le dernier seigneur d'Acigné, Jean VIII, était marié à Jeanne du Plessis. Il mourut en 1573. Son portrait peut se voir sur un tableau dans la salle du conseil municipal d'Acigné. Sa fille, Judith d'Acigné, épousa  en 1579 Charles de Cossé, duc de Brissac, gouverneur de Paris, maréchal de France, qui, pour fait historique, décida d'ouvrir les portes de la capitale à Henri IV en 1594. En récompense, la seigneurerie d'Acigné fut érigée en marquisat en 1609.

 - Quant à Saint-Martin de Tours "vivant à Acigné", on est bien loin du décor et de l'espace Temps mais cette présence évoquée librement en rajoute à l'intérêt porté par le lecteur ou l'auditeur de la légende! Vénéré à Acigné, l'église lui est dédiée, mais il est décédé vers 396/400. Notons alors la mémoire du peuple et le bon souvenir des disciples du saint. 

 - Le "château"/fort de la "Motte"de Alain II, seigneur d'Acigné, ou plus précisément son "manoir" a bien été détruit par des soudards au printemps 1234 sur ordre de Pierre dit "Mauclerc", Duc de Bretagne, pour avoir pris le parti de Saint Louis. Le bourg et le (s) moulin (s) furent également incendiés. Ayant perdu cette guerre, Pierre de Dreux fit dédommager les habitants d'Acigné. La chapelle fut construite à la "Motte" en 1240 et un mariage y fut célébré en 1636. Ses ruines ont été détruites au XIXè siècle par le fermier de la Basse Motte. La lignée des seigneurs d'Alain II obtint du roi trois fleurs de lys de France sur son blason. Remerciant envers Louis IX (1214/1270), les acignéens ont gardé la mémoire de Saint-Louis en le représentant avec une statue positionnée de nos jours à l'extérieur de l'église. Une grande fête en son honneur se déroula fin août depuis des temps éloignés. La dernière eut lieu en 1990.

- Des inondations importantes étaient régulières sur le territoire d'Acigné. De nos jours 3 barrages en amont vers Vitré  retiennent les excès des crues de la "Vilaine". Ces faits répétés sont en lien avec des "pluies diluviennes et un déluge".

- Pour indice de l'importance d'une troupe locale, on peut signaler l'aide apportée par Jean IV d'Acigné, qualifié de "capitaine", qui participera au siège de Pouancé en janvier/février 1432 avec 20 hommes d'armes et 20 hommes de trait.

En conclusion, on peut présenter cette légende avec un fait avéré, 1234 et la destruction du château/manoir, le souvenir d'une lignée de seigneurs valeureux, le report de personnages sur ces frères Richard et Jean ou Adam,  Alain II, Jean II, ... le tout avec Saint-Martin, Saint-Louis et une bonne dose de pluviométrie et sorcellerie du Bas Moyen-Age. Situons le récit après l'évocation de Nicopolis de 1396, très probablement écrit par Pierre le Baud.

     Notre historien local, Alain Racineux : "les châteaux d'Acigné et Chevré furent détruits sur ordre du duc de Bretagne, de nuit et à la faveur d'une trève. Cet épisode était peu glorieux pour tout le monde : pour les seigneurs rebelles, susceptibles d'être accusés de félonie envers leur suzerain; et pour le duc, susceptible d'être accusé de fourberie et mesquinerie. Aussi, certains entreprirent-ils d'effacer ce mauvais souvenir en inventant une légende pour créer une diversion et faire oublier la véritable histoire. Puisque les châteaux avaient été détruits par le feu, la légende, pour brouiller les pistes, raconta qu'ils avaient été tous les deux submergés par les eaux. Et, comme le duc de Bretagne, puissance terrestre, s'en était mêlé, la légende fit intervenir, à la place, des puissances invisibles : le diable et le bon dieu.

     Dans la seconde légende, le château de Chevré, autrefois appelé château de Gannes, était un château fort avec des murs et de grandes tours en pierres. Mais son seigneur, très riche, se comportait trop comme un païen. La nuit de Noël, il avait organisé un grand bal au lieu d'aller à la messe de minuit, et il s'était enivré de cidre. Aussi le châtiment divin vint-il le frapper sous la forme de la foudre et d'un orage démesuré qui engloutit le château et tous les danseurs dans un gouffre. A sa place se forma un grand lac aux eaux sombres. Pour rajouter un peu de piment à la légende, ses auteurs ont raconté qu'à chaque nuit de Noël, on entend de la musique et des cris provenant de l'étang de Chevré.

     Pour le récit de la "Motte" d'Acigné, plus troublante est l'allusion aux deux frères. Nous savons que Pierre, fils ainé de Jean II, décéda inopinement à Marseille, où il fut enterré dans l'église saint-Louis. Son frère cadet prit donc à sa place la sucession de la seigneurerie d'Acigné, sous le nom de Jean III. C'est celui-là même qui déplaça la résidence seigneuriale d'Acigné à Fontenay en Chartres de Bretagne, et qui mourut prématurement en 1410, deux ans après son mariage. Ces faits offrent des coïncidences symboliques avec la légende. Alors faut-il y voir un récit malveillant ou au contraire une vérité cachée? "Histoire d'Acigné et de ses environs", 1999, pages 47/48.

 

6 - La légende du Roi Arthur : Xavier de Langlais (1906 Sarzeau - 1975 Rennes)

     En 1975, Langleiz (Xavier de Langlais) publie la version bretonne du Roi Arthur, un classique de la littérature bretonne. Arthur, roi de la Petite et de la Grande Bretagne (Breizh-Vihan, Breizh-Veur) méritait un ouvrage en breton à la hauteur de sa réputation. Son "Romant ar roue Arzhur" publié en 1975 est un modèle de clarté et de limpidité lexicologique qui en fait un grand classique de la littérature bretonnante.

     Langleiz sait ciseler par des mots simples les célèbres aventures du roi comme celle de l'épée enlevée de l'enclume "Tous le virent s'agenouiller devant l'enclume, et prenant le pommeau de l'épée les mains jointes comme pour prier, il enleva sans difficulté la lame de sa gangue de fer". Par une recherche précise dans le vocabulaire guerrier, il restitue les batailles dans leur férocité médiévale : "le roi et ses compagnons fendirent la foule comme un bloc, laissant derrière eux des rangées d'hommes et de chevaux culbutés à terre comme par la main d'un géant."

     La légende du roi Arthur, c'est aussi l'amour qui le lie à Guenevièvre et qui enflamme les cours seigneuriales du Moyen-Age : "ils s'étreignirent et échangèrent un baiser si doux et si savoureux qu'ils n'oublieraient pas de sitôt". Arthur ne serait rien sans Merlin l'enchanteur : "Merlin qui commande aux orages, à la pluie, à la grêle et à la neige au nom des quatre piliers sacrés du monde : la terre, l'eau, le feu et le ciel". C'est aussi Merlin qui invente la table ronde qui réunit les chevaliers dignes de chercher le Graal, une quête spirituelle que Langleiz raconte dans cinq romans publiés en français. Un travail rigoureux salué par tous les spécialistes." Bernez Roux O.F. 13/5/18

A lire également du même auteur "L'île sous cloche".