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                                        MEMOIRES d'OUTRE-TOMBE, CHATEAUBRIAND  et annotations sur les faits de l'époque

 

           Plâtre 100 cm de hauteur - Aimé Millet 1875

                Musée de Bretagne, Rennes

   

 François- René de Chateaubriand 1768 (Saint-Malo) - 1848 (Paris ....Grand Bé Saint-Malo) Le vicomte de Combourg fut un "légitimiste à tous crins quand il s'entend avec le pouvoir, et libéral, voire anarchisant, quand il est écarté des hauts emplois. En bon Breton, il se complaît dans l'opposition têtue".Il a deux bêtes noires : Louis-Philippe et Lafayette et est obsédé par Napoléon...De mouvance royaliste, plusieurs fois ambassadeur, ministre des affaires étrangères sous la Restauration, son goût aux voyages en Amérique et dans le bassin méditerranéen est partagé avec celui de la stabilité et de la nostalgie d'une monarchie qui s'éteint. Charles de Gaulle dira de lui : "C'était un désespéré. On le comprend, il avait prévu l'avenir"... Il eut de nombreuses "liaisons" comme ses contemporains Balzac, Dumas, Hugo, Lamartine et Vigny...On lui doit le "goût à l'ennui" qui se transforma ensuite en "spleen" cher à Baudelaire. C'était un imaginatif qui enjolivait ses récits : on le surnomma l'"Enchanteur"! A 14 ans, Victor Hugo, notre (futur!) plus grand écrivain, déclame : "Je veux être Chateaubriand ou rien!" De nos jours, Philippe Mouazan nous présente l'écrivain avec le roman historique :             "Yacinthe Pilorge, le porte plume de Chateaubriand"

     Extraits des "Mémoires d'Outre-Tombe" :

"J'ai profité du hasard de mon berceau....à l'aristocratie dont la dernière heure a sonné..."

"Lorsque le temps était beau, les pensionnaires du collège sortaient le jeudi et le dimanche.On nous menait souvent au Mont-Dol, au sommet duquel se trouvaient quelques ruines gallo-romaines : du haut de ce tertre isolé, l'oeil plane sur la mer et sur des marais où voltigent pendant la nuit des feux follets, lumière des sorciers qui brûle aujourd'hui dans nos lampes..."

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Nota : "Dernier rejeton d'une famille de dix enfants; pas désiré, pas attendu, il avait passé son enfance à courir le sillon malouin avant d'aller se cloîtrer dans l'enfer d'un pensionnat catholique à Dol-de-Bretagne. Les dimanches et les vacances n'étaient guère plus réjouissants. Il les passait dans la pénombre glaciale d'un château médiéval à Combourg entre un père militaire et une mère mélancolique. Ce petit frère rendait souvent visite à ses soeurs fougeraises. Elles l'entraînaient dans des fêtes et des mondanités pour lui remonter le moral..." "Yacinthe Pilorge". 

     Le père du futur grand écrivain, René de Chateaubriand, était issu d'une famille disposant d'armoiries - accordées par Saint-Louis - "de gueules semé de fleur de lys d'or" d'où la devise "mon sang teint les bannières de France". A la naissance de François- René, le non-désiré, les de Chateaubriand vivaient en l'hôtel de la Gicquelais de Saint-Malo. Les revenus, pour partie, étaient associés au transport d'esclaves sur le vaisseau "l'Apollon" oeuvrant entre Guinée et Antilles. Ayant tout d'abord vécu depuis 1768 à Saint-Malo, Plancoët, Dol, Rennes, Brest et Dinan, François-René vint habiter au château de Combourg à l'âge de seize ans. Ce comté de Combourg et la baronnie d'Aubigné avaient été achetés au duc de Duras pour la somme de 370 000 livres en 1761. Arthur Young indique dans son "Voyage en France" qu'en 1770 "la ville de Combourg est une des places les plus sales et les plus rudes qu'on puisse voir; des maisons de terre sans vitres et un pavé si rompu qu'il arrête les passagers. Qui est ce M. de Chateaubriand qui a des nerfs assez forts pour résider au milieu de tant d'ordures et de pauvreté? Au-dessus de cet amas hideux de misère est un beau lac environné d'enclos bien boisés." Mais l'écrivain déclarera plus tard : "C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j'ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j'ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité." Les habitants de Combourg sont surnommés "les gros chevaux" : nécessaires pour circuler dans leurs mauvais chemins!

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Le collège de Rennes (St Vincent) : "Dans les bosquets du jardin des Bénédictins, appelé le "THABOR" nous nous servions de compas de mathématiques attachés au bout d'une canne, ou nous en venions à une lutte corps à corps plus ou moins félonne ou courtoise.Les babouins bretons sont d'une humeur hargneuse. Il m'en coûta quelques horions....Je rencontrai à ce collège un homme devenu célèbre : Moreau le général.

1787-88 : "Les troubles particuliers qui annoncèrent ceux de la nation éclatèrent-ils dans deux pays d'Etats, la Bretagne et le Dauphiné...

 

Parlement de Bretagne 1788

Nota : Le Dauphiné est riche avec ses ganteries, draps, filatures de soie, toiles... Malgré cela la hausse des denrées alimentaires et la menace royale de chasser les parlementaires de Grenoble suffit à unir la bourgeoisie et le peuple. Le 7 juin 1788 les Grenoblois jettent des tuiles sur la troupe et six semaines après cette "journée des tuiles" les Etats du Dauphiné demandent et obtiennent à leur "Assemblée de la Vizille" la réunion des Etats Généraux (et la liberté pour tous les français). Le mécontentement général est tellement important que le roi Louis XVI autorise cette assemblée à condition de se tenir à plus de trois lieues de Grenoble. A l'invitation du bourgeois Claude Perier qui dirige une manufacture d'impressions sur cotonnades, 50 prêtres, 276 membres du Tiers-Etat mais aussi 165 nobles se réunissent le 21 juillet 1788 dans la salle du jeu de paume de son château de la Vizille, acheté avec le marquisat en 1780. Cette assemblée aura un tel retentissement dans toute la France qu'elle obligera le roi à convoquer les Etats Généraux en mai 1789. En août 1831, l'historien Jules Michelet : "Les Provençaux appellent les Dauphinois les "Franciaux"!"

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"Le temps de la tenue des Etats en Bretagne était un temps de galas et de bals; on mangeait partout, et l'on buvait! Malheureusement on jouait trop. Les bals ne discontinuaient... Les Bretons sont remarquables par leurs danses et  par les airs de ces danses. Madame de Sévigné a peint nos ripailles politiques au milieu des landes, comme ces festins des fées et des sorciers qui avaient lieu la nuit sur les bruyères... Ils y font des pas de Bohémiens et des Bas-Bretons avec une délicatesse et une justesse qui charment.

     La Bretagne avait ses revenus particuliers, qui lui servaient à faire face à ses charges : le grand et le petit devoir; enfin les sommes rentrant par le "fouage". On ne se doute guère de l'importance du fouage dans notre histoire; cependant, il fut à la révolution de France ce que fut le timbre à la révolution des Etats-Unis. Le fouage était un cens, ou une espèce de taille, exigé par chaque feu sur les biens roturiers. Avec le fouage graduellement augmenté, se payaient les dettes de la province.L'injustice était de le faire porter sur la seule propriété roturière. Les communes ne cessaient de réclamer; la noblesse ne voulait pas entendre parler d'un impôt qui l'aurait rendue taillable. Telle était la question, quand se réunirent les sanglants Etats de Bretagne au mois de décembre 1788.

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Nota : "fouageables" et corvéables de tous côtés : Les revenus du duc de Bretagne provenaient à 4% de son domaine propre. 65% des impôts directs, surtout le "fouage" qui était supporté essentiellement par les ruraux et par feu. 3% seulement du budget venait des aides payées par les villes. Les impôts indirects concernaient les taxes sur les marchandises et droits de douane qui finançaient 25 à 30% le budget. La dîme ecclésiastique s'y ajoutait pour les roturiers. Notons enfin diverses "corvées", comme celle d'aller entretenir routes et chemins soit 3 à 6 jours par an et par homme. Le général de la paroisse avait en charge la gestion de la milice chargée du maintien de l'ordre. Ses hommes étaient payés sur la contribution des fouages.

    En prenant appui sur le "Cahier de doléances" d'Acigné en Assemblée électorale le 30 mars 1789, on note pour environ 1900 habitants 25 signataires et d'autres ne sachant pas signer. Le pays est riche : en céréales (froment, seigle et blé noir), en fruits (dont on fait du cidre) et assez de pacages pour le bétail. Le bois est également très présent avec une grande quantité d'arbres de futaie.  De quoi se plaignent les comparants du tiers-état de plus de 25 ans, payants des impositions, et convoqués la veille à la grand'messe?

- La réparation et entretien de la route Rennes Paris, située à un tiers de lieue du clocher. Ce qui dépeuple les campagnes des gens riches qui migrent en grande ville pour ne point être contribuables à cette corvée et augmente la misère du pauvre laboureur par cette absence de petits emplois payés par les plus fortunés. Que désormais les grandes routes soient entretenues aux frais du trésor public. 

 La corvée des gens d'Acigné durait de 8 à 40 jours par an pour une portion s'étendant sur 2 kilomètres entre le "Pas Hamon" (en Cesson) jusqu'à la "Justice de Servigné" (en Noyal). La carrière de pierres se situant au "Val" (Froment).

- le tirage à la milice, parce qu'il enlève des enfants nécessaires à l'agriculture et pour le soutien de leur famille, pendant que les domestiques des ecclésiastiques et gentilshommes en sont exempts. En 1786, sur 102 jeunes d'Acigné présentés au tirage, 61 ont été exemptés ou ajournés.

 Exemption : si l'on est assez riche pour payer un remplaçant, les domestques des gens riches, les enfants dont les pères ne peuvent plus travailler, l'infirmité ou ne pas mesurer 1,62 m. Dans un chapeau, les prétendants au tirage tiraient un billet, un ou deux étaient indiqués "milice" ce qui engageait à s'entrainer dans l'armée royale pendant quelques semaines en temps de paix ou partir à la guerre...

- des corvées et servitudes féodales trop étendues et onéreuses, donnant lieu à la vexation des officiers des seigneurs et à la dévastation des campagnes. Possédant les fiefs du Chesnay (ais) et d'Espinay (ais), l'abbaye de Saint-Georges de Rennes demandait de "charroyer le bois à chauffage" et un "droit de coutume" sur des marchandises s'en allant à la foire de Saint-Pierre à Rennes , et ce durant les deux semaines précédant et suivant la date du 29 juin.

- des fuies (petits pigeonniers) et garennes qui enlèvent au cultivateur une partie de ses semences et récoltes. Les propriétaires doivent les démolir et les détruire.

- l'inégalité de répartition des impôts et le nombre insuffisant de représentants entre le Tiers Etat et les deux autres ordres nobles et écclésiastiques. Que les impôts soient supportés d'une manière égale par les trois ordres de l'Etat, en proportion de sa fortune. Que les suffrages soient comptés par tête. L'injustice des impôts particuliers, fouages, casernement, milices et garnisons, francs-fiefs, droits sur l'eau-de-vie, entrée de ville, ...

- Le reflux d'eau des moulins qui occasionne la perte des meilleures prairies; le marquis d'Acigné possédait ces moulins ainsi que les fours et pressoirs banaux. On demande que les moulins soient visités par des experts afin d'en diminuer la hauteur, éviter les inondations et remettre en production les terrains noyés.

- la multitude des degrés de juridiction, ce qui occasionne souvent la ruine des plaideurs. Obtenir une juridiction seigneuriale par paroisse.

- l'exemption de la dîme sur le chanvre et le lin dont les grosses toiles à voiles, dites noyales, par les ecclésiastiques, surtout l'abbaye Saint-Melaine de Rennes. Qu'il soit établi un bureau pour le soulagement des pauvres avec versement d'un tiers des revenus écclésiastiques au dit bureau. Entretien des presbytères à la charge des décimateurs.

- Obtenir le sel à meilleur marché; les terres produisent plus avec le sel qu'on y sème.

- Qu'il soit permis d'accéder à toutes espèces de charges et emplois, sans distinction de rang ni de fortune.

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    " La noblesse bretonne, de sa propre autorité, s'était convoquée à Rennes pour protester contre l'établissement de la Cour pleinière. J'étais étourdi et amusé des cris que j'entendais. On montait sur les tables et sur les fauteuils; on gesticulait, on parlait tous à la fois. Douze gentilshommes furent choisis pour porter une déclaration au Roi; à leur arrivée à Paris, on les coffra à la Bastille, d'où ils sortirent bientôt en façon de héros; ils furent reçus à leur retour avec des branches de lauriers. Nous portions des habits avec de grands boutons de nacre semés d'hermine, autour desquels boutons était écrite en latin cette devise : "Plutôt mourir que de se déshonorer". Nous triomphions de la cour dont tout le monde triomphait, et nous tombions avec elle dans le même abîme."

     "Les Etats étaient semoncés pour la fin de décembre 1788. La commune de Rennes, et après elle les autres communes de Bretagne, avaient pris un arrêté qui défendait à leurs députés de s'occuper d'aucune affaire avant que la question des "fouages" n'eût été réglée... Le résultat de nos délibérations fut que la noblesse traiterait d'abord des affaires générales, et ne s'occuperait du fouage qu'après la solution des autres questions; résolution directement opposée à celle du tiers. Les gentilshommes n'avaient pas grande confiance dans le clergé, qui les abandonnait souvent..." 

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Nota : La Bretagne était l'une des rares régions, avec le Languedoc et la Provence, a avoir une assemblée composée de trois ordres : noblesse, clergé, tiers-état, qui décident des prélèvements fiscaux, notamment le don gratuit consenti au roi depuis que François Ier a signé avec la Bretagne le traité d'autonomie du Plessis Macé en 1532. Les Bretons, qui n'ont pas à devoir la "gabelle" (car région productrice de sel) et la "taille", paient moins d'impôts que les autres; trois fois moins que les Normands dont le Parlement de Rouen n'a aucun pouvoir, sauf la justice... Le Parlement de Bretagne siège à Rennes, ville de 35 000 habitants. Les sénéchaussées sont Nantes 80 000 habitants, Vannes 12 000 habitants et Quimper 8 000 habitants. Saint-Brieuc est une juridiction royale de 6 000 habitants. Brest compte 27 000 habitants.

     "Au XVIè siècle, en Bretagne, on jouissait du gouvernement le mieux réglé de l'Europe. Dans cette contrée, profondément attachée aux croyances de ses pères, la société religieuse tenait en politique une place fort importante. Elle était représentée aux Etats par neuf évêques, neuf délégués des chapîtres, et tous les abbés commandataires. Cette représentation n'a jamais varié. Il en fut de même pour le Tiers-Etat. Cet ordre était représenté par quarante-deux communautés ou villes qui envoyaient aux Etats les maires, nommés par le Roi, les membres des présidiaux et enfin un ou deux échevins par communauté. Mais dans l'ordre de la noblesse, il y eut de graves, d'importantes modifications. Dans le principe, les seuls membres qui siégeassent aux Etats, étaient les neuf grands barons de Bretagne, présidant à tour de rôle l'assemblée, les seigneurs bannerets ou grands vassaux, vassaux directs des Ducs, et enfin les officiers des ducs délégués. L'ordre de la noblesse ne comptait ainsi que soixante à quatre-vingts membres aux Etats.... Mais à la fin du XVIè siècle, après la réunion à la France, profitant des troubles de la Ligue et voulant se donner plus de force, les Etats de Nantes et de Rennes donnèrent un siège à tous les gentilshommes sans exception; transformation déplorable qui introduisit dans les délibérations l'esprit de caste. Les gentilshommes se trouvèrent parfois au nombre de six cent cinquante à sept cent soixante; le Tiers n'eut toujours que cinquante représentants et l'Eglise soixante. Les votes furent toujours émis en commun, mais ils se trouvèrent faussés par le fait même, l'un des ordres ayant un nombre de voix six ou sept fois plus fort que les deux autres réunis." "Association bretonne" 1873. Et, comme indiqué par Chateaubriand, la noblesse y venait pour y faire des galas et des bals qui ne discontinuaient; on mangeait partout et l'on buvait... on jouait trop ...

     La France est alors le pays le plus peuplé d'Europe avec 28 millions d'habitants, dont 80% dépendant des travaux agricoles.Ce 29 décembre 1788 les bourgeois, avocats, négociants venus de toute la Bretagne brandissent l'étendard de la révolte. Ils veulent une représentation égale à celle des deux autres ordres, le vote par tête, ... Le Parlement compte 1200 nobles, 50 membres du Tiers Etat et 40 du haut clergé. Curieusement le roi décrète de doubler la représentation des députés du tiers-état. La noblesse est aigrie. Dans les rues les empoignades sont régulières entre gentilshommes et étudiants.Le 7 janvier 1789, Louis XVI demande à l'évêque de Rennes Bareau de Girac de jouer les conciliateurs en suspendant l'assemblée pendant un mois. Les nobles continuent cependant à siéger seuls.

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"Un journal, la "Sentinelle du Peuple", rédigé à Rennes par un écrivailleur arrivé de Paris, fomentait les haines...."

Nota : il s'agit de Constantin Chasseboeuf de la Giraudais, natif de Craon en Mayenne en 1757. Savant rationaliste et athée, voyageur au Levant (y apprenant l'arabe) et aux Etats-Unis il prit le nom de "VOLNEY", contraction de Voltaire et Ferney. Elu au Tiers-Etat à la Révolution il s'insurge contre la "Terreur". Ami de Bonaparte qui le nommera Comte sous l'Empire.

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    " Les Etats se tinrent dans le couvent des Jacobins, sur la place du Palais."

                                                                                                                 

 

     Nota : Le couvent des Jacobins est situé place Sainte-Anne et nullement "place du Palais". Ce couvent des "Jacobins" fut édifié en 1369 grâce au duc Jean IV qui aura aidé les frères prêcheurs "Dominicains" - dits "Jacobins"- à dresser une église et un couvent. Avant la Révolution, sur 20 pauvres Dominicains qui enseignent au public la philosophie et la théologie, au moins 5 adhèrent à la Loge franc-maçonne de la "Parfaite union". Leurs 5 000 livres sont conservés de nos jours à la bibliothèque des "Champs-Libres". Le couvent sert actuellement d'espace pour des expositions , des colloques et conférences...Quant au Couvent des "Cordeliers", celui-ci se tenait près du Parlement de Bretagne, place du Palais, à l'angle de l'actuelle rue Victor Hugo. Il a été démoli au XIXème siècle. Dans ses souvenirs lointains, Chateaubriand aura confondu "Cordeliers" et "Jacobins".

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       "Nous entrâmes, avec les dispositions qu'on vient de voir, dans la salle des séances; nous n'y fûmes pas plus tôt établis, que le peuple nous assiégea. Les 25, 26, 27 et 28 janvier 1789 furent des jours malheureux. Le comte de Thiard avait peu de troupes; chef indécis et sans vigueur, il se remuait et n'agissait point. L'école de droit de Rennes, à la tête de laquelle était Moreau, avait envoyé quérir les jeunes gens de Nantes; ils arrivaient au nombre de quatre cents, et le commandant, malgré ses prières, ne les put empêcher d'envahir la ville. Las d'être bloqués dans notre salle, nous prîmes la résolution de saillir dehors, l'épée à la main; ce fut un assez beau spectacle. Au signal de notre président nous tirâmes nos épées tous à la fois, au cri de "Vive la Bretagne!" et, comme une garnison sans ressources, nous exécutâmes une furieuse sortie, pour passer sur le ventre des assiégeants. Le peuple nous reçut avec des hurlements, des jets de pierres, des bourrades de bâtons ferrés et des coups de pistolet. Nous fîmes une trouée dans la masse de ses flots qui se refermaient sur nous. Plusieurs gentilshommes furent blessés, trainés, déchirés, chargés de meurtrissures et de contusions.Parvenus à grande peine à nous dégager, chacun regagna son logis... Le jeune Boishue et Saint-Riveul, mon camarade de collège, avaient péri. Lecteur je t'arrête : regarde couler les premières gouttes de sang que la Révolution devait répandre.Passe maintenant, lecteur; franchis le fleuve de sang qui sépare à jamais le vieux monde dont tu sors, du monde nouveau à l'entrée duquel tu mourras.... Du moins la noblesse bretonne ne succomba pas sans honneur. Elle refusa de députer aux Etats-Généraux, parce qu'elle n'était pas convoquée selon les lois fondamentales de la constitution de la province; elle alla rejoindre en grand nombre l'armée des Princes, se fit décimer à l'armée de Condé, ou avec Charette dans les guerres vendéennes."

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Nota : "Les journées des BRICOLES" : ce 26 janvier 1789 la neige tapissait encore les abords du Parlement de Rennes. Une manifestation est organisée pour faire baisser le prix du pain qui est passé depuis l'été 1788 de 9 à 14 sols pour 2 kilos. Essentiel pour l'alimentation, on en mange environ 1 kg par jour et par personne. Alors que les rendements sont dix fois moindre que de nos jours, soit entre 7 et 8 quintaux par hectare, on note des pics de froid à moins 20° en 1788. D'où récoltes très basses, prix augmentés, regain de tensions sociales... On remarque très vite que c'était en fait des domestiques de la noblesse qui portaient encore des lanières de cuir, appelées "bricoles" qui servent à soutenir des seaux ou les chaises de ces "messieurs". L'objectif des Présidents était de porter le "petit tiers" vers le Parlement afin de lui faire jouer un rôle dans la baisse du prix du pain fixée par la municipalité et  faire miroiter monts et merveilles dont une meilleure répartition des impôts. On tentait également d'isoler le "haut tiers" des avocats et étudiants de Rennes. Le prévôt des étudiants en droit Jean-Victor Moreau et l'avocat Le Chapelier déclarent : "Ces gens ont été achetés par les nobles". Rassemblés dans un café de la place du parlement, les étudiants en droit sont pris à partie par les manifestants qui en assomment. 

     Le 27 janvier, les étudiants se retrouvent dans l'église des "Toussaints". Ils veulent répondre à la stratégie de la noblesse et décident, par provocation, d'aller porter plainte au Parlement. Au fur et à mesure,  les rangs grossissent... En début d'après-midi quelques nobles se fraient un passage parmi les étudiants de droit pour rejoindre leurs amis gentilshommes occupant depuis un mois la salle des Cordeliers. Peu après des nobles sortent, épée et pistolet à la main, suivis de porteurs de chaises. Au premier plan le fameux Marquis de La Rouërie , le héros de Yoktown et de l'Indépendance américaine, toujours aussi prompt aux combats...Les jeunes étudiants le reconnaissent et sont médusés...Beaucoup s'enfuient, certains touchés par balles tombent sur le sol gelé. Rapidement d'autres étudiants armés arrivent sur la place et les rues alentours. Les cris des femmes se mêlent aux gémissements des blessés; le coup de feu parti de la fenêtre de M. de Botherel, procureur-syndic, foudroie un malheureux porteur. "Tuez la noblesse! Exterminez-là" hurlent des femmes. On parle d'au moins dix morts. La maréchaussée arrive et ramène le calme.Parmi les morts M. de Boishue fils, capitaine de cavalerie, le jeune M. de Saint-Riveul, de Lamballe et un porteur aurait été tué, dont l'identité n'a pas été révélée. L'armée, peu sûre, selon ses chefs, ne fut pas utilisée. Elle finit par se ranger au côté de la bourgeoisie et du peuple. Rennes sera attentif au mouvement parisien mais de manière modérée. Sous la Terreur, son maire Jean Leperdit (1752 - 1825) s'opposera à Carrier (très actif à Nantes) et sauvera de nombreuses vies. Leperdit résida au N°2 de la place Sainte-Anne, laquelle fut agrandie suite aux incendies de 1747 et 1755. L'état de siège fera de Rennes la républicaine un camp retranché de 1793 à 1800, au milieu d'un pays acquis à la chouannerie.

16 avril 1789 : Sous la présidence du comte Louis de Boisgelin, la noblesse bretonne s'est prononcée pour le refus d'élire ses députés. Elle n'aura pas de représentation aux Etats généraux. 

                                                     

Bonnet phrygien repris par le club breton

 

5 Mai 1789 : aux Etats généraux la délégation du Tiers état comprend une majorité de bourgeois, futurs fondateurs du Club Breton qui ira s'installer dans le couvent des Jacobins et deviendra le Club des Jacobins, dont Robespierre prendra la présidence en 1790. Pour la première fois depuis 1614 les représentants des provinces vont se réunir à Versailles. Ils étaient alors 464 députés dont 192 du tiers état. Cette fois, ils devraient être 1 154 dont 285 pour la noblesse (selon l'attitude bretonne!), clergé 291 et tiers 578.  Finalement seuls 1118 députés sont présents (moins les nobles bretons). Cette fois-ci, le tiers ordre sera plus important que les deux autres ordres réunis. On comprendra ainsi l'importance de l'enjeu pour le vote par tête. Dans le tiers état représentant la Bretagne on compte 7 députés pour la sénéchaussée de Rennes dont 4 juristes, mais aussi Michel Gérard, laboureur de Montgermont. Avec un autre paysan de Lignol - Corentin Le Floc'h,venu aux Etats-généraux en costume breton- Ils seront deux du monde paysan breton à représenter 80% des habitants de France! ... LIGNOL (56) est située près de Guémené-sur-Scorff. C'est dans le presbytère de cette petite commune que fut arrêté en décembre 1719 le marquis de Pontcallec, accusé de conspiration contre l'Etat. En 1791 son recteur, M. Allanic, prêta le serment à la constitution civile du clergé. Il fut assassiné dans sa chambre en 1794. Il en fut de même du vicaire François Jollivet. Quant au député-maire, Corentin Le Floc'h, il fut fusillé dans le manoir de Quanquisern sous les yeux de ses trois enfants. Comptant 1900 habitants en 1793, Lignol est passée à 900 en 2014.

     Les sous-sols du Café AMAURY, 36 avenue de Saint-Cloud à Versailles : En attendant l'ouverture des Etats une vingtaine d'élus bretons s'y retrouvent le 28 avril pour aborder la "votation par tête" : le "père" GERARD se remarque facilement avec son costume régional. Lorsque Louis XVI vint à la procession d'ouverture des Etats généraux à Versailles, le seul député du Tiers Etat qu'il remarqua fut Michel Gérard car il était habillé en paysan, et c'est le seul à qui il adressa la parole en le saluant d'un cocasse : "bonjour, bonhomme"!...  On y retrouve les rennais LE CHAPELIER (qui déclara aux Etats :"il n'y a plus de député d'ordre ou de province, mais des représentants de la Nation!", LANJUINAIS, Defermon mais aussi Julien Palasne de Champeaux, Legendre et Coroller du Moustoir, Baco de La Chapelle et Blin de Nantes, Delaville-Leroulx de Lorient...

     On constitue des doléances : Création d'une convention pour la France, Séparation des pouvoirs, Droit de faire des lois et de voter l'impôt, Egalité devant la loi et l'impôt, Soumission du clergé à l'impôt, Abolition de la féodalité, Abolition des trois ordres, Gratuité de la justice, Liberté de la presse, Création d'écoles de campagne, Entrée aux universités par concours, Limitation du pouvoir royal. C'est une continuité du "Code paysan" des "Bonnets rouges" de Bretagne ...

     C'est là que le "salon breton" s'entretient chaque jour avec également Constantin François de Chasse-boeuf, comte de Volney, venu de Craon en Anjou ou encore l'avocat d'Arras, Maximilien de Robespierre (certains disent Robert Pierre). Il y avait également 2 députés du "Dauphiné" : Mounier et Antoine Barnave, maire de Grenoble, pourtant un des plus virulents en mai 1789, qui sera ensuite guillotiné à Paris en 1793 suite à une entrevue avec Marie-Antoinette d'Autriche. Dans ce "Dauphiné" turbulent, la Marquise de Sévigné séjournait régulièrement au château de Grignan...lequel fut détruit et reconstruit au XXème siècle.

     Cet ami de collège de Chateaubriand - Jean MOREAU-  était natif de Morlaix. Tout comme son père avocat il fit des études de droit. Actif avant la Révolution il devint en 1789 capitaine des canonniers de la garde nationale de Rennes. Devenu lieutenant-colonel du 1er bataillon de volontaires d'Ille-et-Vilaine en 1791 il fut nommé à 30 ans seulement général de brigade deux ans plus tard. Accusé d'avoir comploté, Bonaparte le fera arrêter et condamner à deux ans de prison. Il s'exile aux Etats-Unis jusqu'en 1813. Il sert ensuite de conseiller au Tsar de Russie. Mais à la bataille de Dresde il a les deux jambes emportées par un boulet. Il mourra le 2 septembre 1813 ,à 50 ans.

     Michel GERARD : retiré de la vie politique après les Etats Généraux, longtemps honoré et loué pour son bon sens, il mourut le 8 décembre 1815 sur sa ferme, près de Rennes, à 78 ans. (Lire ci-après "L'Almanach du "Père Gérard)

     LA FRANC-MACONNERIE  "a été bien accueillie en Bretagne. "La Parfaite Union" à Rennes, ou les "Amis de Sully", à Brest, font partie des loges les plus anciennes de France. Sur une terre pourtant très catholique il s'agit d'une forme d'éternel esprit de rébellion face à Paris et à Rome. Des liens très forts ont existé entre jésuites et francs-maçons. Comme eux, les jésuites s'intéressaient aux questions sociétales, faisaient de l'entrisme, de la diplomatie, s'opposaient à Rome.Le bonnet phrygien de notre Marianne républicaine n'est autre que celui des bonnets rouges de Sébastien Le Balp, lors de la révolte contre la taxe sur les papiers timbrés, en 1675. La quasi-totalité des députés bretons, convoqués aux Etats généraux, étaient francs-maçons. Ce club des députés bretons, qui avaient tous leur bonnet rouge dans la poche, a joué un rôle majeur dans l'abolition des privilèges, dans la nuit du 3 août 1789. D'autre part, il existe, et cela perdure, des liens entre franc-maçonnerie et DRUIDISME. C'est en Bretagne que sont nées la franc-maçonnerie forestière et celle du bois." D'après "Le compas et l'hermine" d'Arnaud d'Apremont, 388 pages, 24,90 euros, publié aux éditions Coop Breizh. Egalement en mémoire DEC Diplôme d'Etudes Celtiques UHB Rennes 2. (Le Marquis de La Rouërie, franc-maçon de Fougères, s'enfuira en Amérique avec des contacts de Loges)

 1790 : Adieu vieilles provinces, bonjour les 83 départements. Pour la Bretagne historique, le comité de constitution aura travaillé dans la "salle du Manège" près des "Tuileries" où réside la famille royale. On garde le contour de l'ancien pays d'état, la Bretagne,  mais en voulant y proposer 6 départements dont celui de Saint-Malo. Devant le refus, cette cité corsaire demande sans succès son rattachement à Saint-Brieuc car les rennais souhaitent un débouché sur la mer. On s'en tient à Rennes, Nantes, Vannes, Saint-Brieuc et Quimper. Mais des polémiques s'élèvent pour les chefs-lieux des districts:  Lorient/Hennebont, Rochefort/Questembert, Josselin/Ploërmel, Rennes n'obtient pas Dinan mais Vannes lui cède Redon, et Nantes cède La Roche-Bernard à Vannes tout en récupérant Châteaubriant... Et que dire de Combourg qui ne veut pas de Dol "cité trop malsaine sur le bord d'un marais" et Hédé qui pose les mêmes réserves concernant Combourg! Deux départements furent inspirés dans leur appellation par les rivières. Le Finistère aurait voulu s'appeler en breton "Penn ar bed", le bout du monde.Par contre le député d'Hennebont Coroller du Moustoir fit nommer en breton son département "Mor-Bihan", la "petite mer" au lieu de "Côtes du sud". C'est le seul emprunt à une langue régionale. En Maine-Anjou on a échappé au projet d'une Mayenne avec Laval pour centre, jusqu'à Chateau-Gontier au midi, Vitré et Fougères au couchant, Domfront au nord et Villaines à l'orient.

1791 : le refus du serment du clergé en Bretagne : dans le sud de l'Ille-et-Vilaine et l'est du Morbihan plus de 90%, il atteint 95% dans le district de Ploërmel et 98% dans celui de Rochefort pour arriver à 100% dans celui de Redon et dans le pays de Léon en Finistère. Par contre en Cornouaille, les chiffres oscillent entre 55% et 65% de non-jureurs pour tomber à 40% dans les districts de Pontrieux et Guingamp.

- La loi Le Chapelier : le libéralisme en marche! "la proposition de loi du député rennais Le Chapelier ne fera probablement pas l'unanimité dans les milieux populaires. Ce texte interdit les coalitions ouvrières et, par là même les grèves. Quant aux compagnonnages - déjà réprouvés sous l'Ancien régime - ils sont considérés comme subversifs. En fait, il s'agit dans l'esprit du législateur de "créer un système économique libéral mettant face à face les patrons et ouvriers dans un "libre marché" du travail. Les corporations ou maîtrises entravent l'initiative du commerçant et de l'industriel" a déclaré M. Le Chapelier. C'est dans ce même souci que les douanes intérieures sont supprimées et la circulation des marchandises totalement libérée. Les propriétaires ne manqueront pas de louer le député breton qui a également décrété "la propriété inviolable et sacrée". Il est à craindre que la paysannerie n'applaudisse pas à cette initiative qui donne le droit au propriétaire de clore ses champs et, ainsi, de mettre fin à la "vaine pâture". En 1794, Le Chapelier sera guillotiné le même jour que Malesherbes.

1792, l'almanach du "Père Gérard" : pour vulgariser l'esprit révolutionnaire, Collot d'Herbois utilise le costume breton du laboureur de Montgermont Michel Gérard et réalise des scènes patriotiques avec des maximes du style : "En prononçant nos opinions, respectons celles des autres", "La terre de France ne porte que des hommes libres. Tous les hommes bons et vertueux sont frères. La bonté, le courage, la patience, l'humanité ne sont-elles pas le partage des noirs comme des blancs?". Cet assemblage se retrouve ainsi dans les campagnes en guise de nouveau catéchisme. L'almanach fut édité en 35 langues du territoire français! dont le breton.... "Ra vevo ar bobl! Vive le (s) peuple (s)". Cependant en 1794, Barère du Comité du salut public dénonce "les dépenses pour la traduction des lois dans les divers idiomes de France! comme si c'était à nous à maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent plus servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires. Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton"; 

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" Enfin, au mois de janvier 1791, je pris sérieusement mon parti. Le chaos augmentait : il suffisait de porter un nom aristocrate pour être exposé aux persécutions : plus votre opinion était consciencieuse et modérée, plus elle était suspecte et poursuivie... Je rencontrai, à Fougères, le marquis de La Rouërie : je lui demandais une lettre pour le général Washington. Le "colonel Armand" (nom qu'on donnait au marquis, en Amérique) s'était distingué dans la guerre de l'indépendance américaine. Il se rendit célèbre, en France, par la conspiration royaliste. Rival de La Fayette, le marquis de La Rouërie avait plus d'esprit: il s'était plus souvent battu: il avait enlevé des actrices à l'Opéra... Il fourrageait les bois, en Bretagne, avec un major américain, et accompagné d'un singe assis sur la croupe de son cheval.Les écoliers de droit de Rennes l'aimaient, à cause de sa hardiesse d'action et de sa liberté d'idées : il avait été un des douze gentilshommes bretons mis à la Bastille. Il était élégant de taille et de manières, brave de mine, charmant de visage..."

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Nota  : Le marquis Armand Tuffin de la Rouërie : sa vie est un vrai roman. Ce natif de Fougères passa son enfance dans cette ville et dans son château du XVIIè siècle à Saint-Ouen-La-Rouërie qu'il quittera à 15 ans pour les "Gardes françaises". Fantasque, séducteur, duelliste,l'un des véritables héros de la guerre d'indépendance américaine sera présent aux côtés de La Fayette et George Washington. Avec sa légion portant son surnom "Armand" il participe à de nombreuses batailles contre les anglais, dont Yorktown. Franc-maçon et royaliste libéral il sera défenseur des lois et coutumes de Bretagne, emprisonné à la Bastille par le roi, pourchassé par les républicains avec son "Association bretonne" et initiateur de la "Chouannerie". Lire www.Armand Tuffin de la Rouërie _ wikipedia.org On peut également se procurer l'ouvrage : "La Rouërie, rival de La Fayette" de Thierry de Navacelle, Le Temps éditeur 320 p. 18 euros Cet écrivain est aussi producteur de cinéma et de séries. Il a monté un docufiction sur le personnage, dont l'histoire est racontée par son ami américain George Shaffner. sur "Bretons" n°167 - 2020 : "Devant fuir la France à la suite d'un duel, se mettant à la disposition des révolutionnaires américains, créateur de l'Association bretonne et à l'origine d'une contre-Révolution en 1792, le marquis de La Rouërie mérite plus que la petite place qu'on lui accorde dans l'histoire."

   - Août 1792 : Le rôle exact du marquis Tuffin de la Rouërie, actuellement en fuite, après que son "complot aristocratique" eut été étouffé dans l'oeuf . Rappelons les faits qui se sont déroulés en mai. Une nuit, le maire de saint-Ouen-La-Rouërie, dans le district de Dol (Ille-et-Vilaine) apprend que plus de deux cents hommes sont rassemblés au château du marquis. Ils portent fusils, sabres et pistolets. C'est suffisant pour que le maire - jusqu'alors en bons termes avec l'aristocratie - prévienne le district qui, lui-même, avise Rennes. C'est, sans aucun doute, un complot que les administrations rattachent aussitôt aux divers incidents dans le Trégor. Le marquis se dit d'abord outré. Il adresse un libelle aux "Bretons vrais citoyens" en rappelant sa carrière militaire, son rôle dans la guerre d'Amérique, son sens de l'ordre et de la propriété.

     Mais, il est désormais suspect et, ce mois d'août, Rennes et Saint-Malo ont expédié un millier d'hommes, garde-nationaux, dragons, infanterie et même gendarmes pour cerner le château et le fouiller. Résultat négatif. Le marquis s'est avéré introuvable. Et des perquisitions dans les châteaux du Rocher-Portail et de la Ballue, près de Saint-Malo, n'ont rien apporté. Cependant, l'enquête menée prouve que des hommes ont été recrutés en son nom à Rennes, Vannes, Lorient et à La Roche-Bernard où, par suite d'une dénonciation, tout un réseau de racolage à été démantelé, dont Thomas Caradec, meneur de ce qu'on appelle ici "le clan des Thomas" et Coisy, "entrepreneur des tabacs". Par ailleurs une trentaine de personnes ont été arrêtées : bourgeois, marchands, artisans, un maître d'école - Maignan - déjà connu pour ses sentiments anti-patriotiques.  Alors que La Rouërie court toujours, il est désormais démontré que le marquis était en rapport avec des émigrés et avait été investi de la mission de regrouper les adversaires de la Nation. En particulier dans les villes où il utilisait le mécontentement populaire. La Rouërie cachait à peine sa méfiance envers les paysans qu'il jugeait peu aptes au combat. La "conujuration" un peu grossie a été dévoilée à Danton. Mais il ne semble pas qu'elle ait pu mettre notre pays en péril. La Rouërie mourut de pneumonie dans une chambre glacée du château de La Guyomarais près de Lamballe

Nota : La Rouërie possède un tempérament de feu. Officier dans la Garde royale, il blesse dans un duel un ami du roi Louis XVI, le comte de Bourbon-Busset. Cet épisode l'emmènera se faire oublier en Amérique où il se couvrira de gloire sous le nom de Colonel Armand à la guerre d'Indépendance des Anglais, dont la bataille de Yorktown. Il y devient brigadier général en mars 1783. Revenu en Bretagne été 1784, il partage un amour romanesque avec sa jeune cousine Thérèse de Moëlien. Cependant, le mariage avec la riche Louise Guérin en 1785 s'achèvera par la rencontre avec le médecin Valentin Chevetel de Bazouges-la-Pérouse qui ne pourra sauver la jeune épouse. La Rouërie sera alors un défenseur des droits de la noblesse bretonne qui revendique son statut particulier. Suite à sa requête avec 12 députés bretons il purgera un mois de Bastille à Paris et sera acclamé à son retour. Franc-maçon, ce libéral souhaite certaines réformes mais reste attaché aux privilèges et particularismes bretons que la jeune Révolution française supprime. Il va alors créer l'Assemblée bretonne, ébauche de la future chouannerie. Elle comptera 10 000 hommes en 1792. Le confident médecin Chevetel sera aussi l'informateur de Danton. Poursuivi alors par les Républicains il devra se réfugier au château de La Guyomarais près de Plancoët où il succombera à une pneumonie. 12 prévenus, dont sa cousine Thérèse, seront condamnés à mort par Fouquier-Tinville le 18 juin 1793.

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     1791 " l'aspect de Philadelphie est monotone. En général ce qui manque aux cités protestantes des Etats-Unis, ce sont les grandes oeuvres de l'architecture...A cette heure de ma vie j'admirais beaucoup les républiques...

Le général Washington  Nota (1732 - 1799) : "je retrouvai la simplicité du vieux Romain : une petite maison, ressemblant aux maisons voisines, était le palais du président des Etats-Unis: point de gardes, pas même de valets. Je frappai : une jeune servante ouvrit. je lui demandai si le général était chez lui; elle me répondit qu'il y était.... Au bout de quelques minutes le général entra : d'une grande taille, d'un air calme et froid plutôt que noble. Je lui présentai ma lettre en silence; il l'ouvrit, courut à la signature qu'il lut tout haut avec exclamation : "Le colonel Armand!" C'était ainsi qu'il l'appelait et qu'avait signé le marquis de La Rouërie. Nous nous assîmes. Je lui expliquai tant bien que mal le motif de mon voyage. Il me répondit par monosyllabes anglais et français. Je lui dit : mais il est moins difficile de découvrir le passage du nord-ouest que de créer un peuple comme vous l'avez fait"

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Nota : "Chateaubriand a peu vécu en Bretagne mais il y est toujours resté très attaché, fasciné par l'archaïque, par la nature primitive. Comme un paradis perdu, qu'il va chercher chez les Indiens Natchez, en Amérique du Nord. Mais il invente, Chateaubriand, qualifié de "menteur magnifique" par un de ses biographes, M. de Jaeghere, il invente cette rencontre avec les Indiens Natchez, comme il invente cette entrevue avec Georges Washington".(JM Le Boulanger "être breton?")

 1792 : Dès le 30 juin, une bagarre éclatait entre Gardes nationaux "Les La Fayettistes" et un bataillon de Fédérés arrivés de Marseille en chantant "le chant de guerre pour l'armée du Rhin" qu'on appelle déjà la "Marseillaise". Le 3 août, 47 sections de Paris (sur 48) demandaient la déchéance du roi. Dès le lendemain, la cour faisait défendre les Tuileries par des Suisses. Le 9 août, le lugubre son du tocsin donnait le signal de l'insurrection. Les sans-culottes parisiens des sections donnaient l'assaut en arborant le drapeau rouge. Aux premières escarmouches, le roi et sa famille se réfugiaient auprès de l'Assemblée Nationale toute proche. Et sans doute aurait-on assisté à une accalmie (les Suisses fraternisant avec les émeutiers) si des coups de feu n'avaient été tirés par des aristocrates. C'était le début d'un combat acharné que les Fédérés Brestois et Marseillais, arrivés à la rescousse, allaient faire tourner à l'avantage de l'insurrection. Mais à quel prix! Plusieurs Brestois auraient été pris pour des Suisses, en raison de la couleur identique de leurs uniformes et auraient été tués par leurs alliés! An Un de l'Egalité. Le bilan global est lourd : un millier de tués et blessés chez les patriotes.

Le 15 août : en Mayenne, les hommes disent "non à la conscription" dans une bonne douzaine de chefs-lieux. Cette loi du 22 juillet rétablit le principe d'une réquisition d'hommes, rappelant la milice déjà honnie sous l'ancien régime. Dans le district de Laval à Saint-Ouen-des -Toits les patriotes de La Brûlatte ont demandé à former leur contingent. Sur le chemin du retour, ils se font rosser par une troupe de 400 à 500 hommes, parmi lesquels on remarque Jean COTTEREAU, dit Jean CHOUAN. Cet ancien faux-saulnier est connu des services de police. La justice du roi s'est intéressée à lui à plusieurs reprises. En avril 1781 elle l'a même condamné à la potence pour coups mortels dans un cabaret. Contumax, il a seulement été pendu en effigie. La justice révolutionnaire pourrait bien être moins clémente.

     Mars 1793 : "Levée des 300 000 hommes" : les volontaires de 1791 ayant regagné leurs foyers par dizaines de milliers en décembre, ainsi que les y autorisait leur contrat d'engagement, la baisse des effectifs et l'entrée en guerre de l'Espagne aux côtés de l'Angleterre et de la Hollande, la Convention réclame des hommes. Elle se heurte dans l'ouest à une forte résistance : à Pluméliau près de Pontivy 3 gendarmes, 25 garde nationaux et 2 commissaires de district ont été massacrés par les paysans venus en grand nombre des paroisses voisines. Le 13 mars à l'église Toussaint de Rennes, des célibataires de 18 à 40 ans ,réunis pour le tirage au sort, ont crié "Vive le roi! Tous royalistes!".

1793 : Le calendrier républicain remplace le grégorien - datant de 1582 - ce 24 novembre 1793 déclaré 4 frimaire An II. Le poète André Chénier aura fait adopter les propositions de la commission Romme et Monge, mathématiciens, et Fabre d'Eglantine (M. il pleut il pleut bergère!) On aura maintenu les douze mois en commençant par le 1er Vendémiaire (vendanges) ex-22 septembre jour de l'équinoxe d'automne, symbole d'égalité. Puis on aura Brumaire (brumes), Frimaire (froid), Nivôse (neige), Pluviose (pluie), Ventôse (vent), Germinal (germination), Floréal (fleurs), Prairial (prairies), Messidor (moissons), Thermidor (chaleur) et Fructidor (fruits). On compose 3 décades par mois avec 10 jours (primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi et pour remplacer le dimanche : Décadi. Les cinq jours restant de l'année seront jours de fêtes républicaines nationales : "Sans-Culottides", les Fêtes du "Génie", du "Travail", de la "Vertu", et "des Récompenses et de l'Opinion". On remplace les jours des saints par des noms liés à l'économie rurale : chicorée, cochon, nèfle, mâche, chou-fleur, miel, sapin, ajonc, bruyère, grillon, ... On peut ainsi proposer : Mois de l'ère vulgaire Lundi 25 année 1793 : Frimaire 3ème mois, 1ère décade, Quintidi 5, Cochon.

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     "Venise, septembre 1833 : Les Bretons et les Vénitiens.

     Je cherchais, en me réveillant, pourquoi j'aimais tant Venise, quand tout à coup je me suis souvenu que j'étais en Bretagne : la voix du sang parlait en moi. N'y avait-il pas au temps de César, en Armorique, un pays des Vénètes, civitas Venetum, civitas Venetica? Strabon n'a-t-il pas dit qu'on disait que les Vénètes étaient descendants des Vénètes gaulois?

 - Stendhal reprendra en 1837 : "J'ai passé la nuit à Vannes, capitale des Vénètes, qui sont allés donner leur nom à Venise"

     On a soutenu contradictoirement que les pêcheurs du Morbihan étaient une colonie des pesctarori de Palestrine : Venise serait la mère et non la fille de Vannes. On peut arranger cela en supposant (ce qui d'ailleurs est très probable) que Vannes et Venise sont accouchées mutuellement l'une de l'autre. Je regarde donc les Vénitiens comme des Bretons; les gondoliers et moi nous sommes cousins et sortis de la corne de la Gaule, cornu Galliae."

 Mises en forme et compléments Alain GOUAILLIER

     En 1736, le voyage de Paris vers Rennes prend huit jours. Les voyageurs passent par Orléans et longent la Loire jusqu'à Nantes en remontant enfin vers la capitale bretonne.Une diligence circulait à 6 kilomètres par heure.Un cheval parcourait seulement 25 à 30 kilomètres par jour.Le changement d'attelage s'effectuait toutes les 3 à 4 lieues dans les relais de Poste souvent couplés avec une auberge permettant d'y passer la nuit.A Acigné, elle se situait en face de l'église, à l'angle bas de la placette des halles.A pied ou avec des chevaux? En "marche forcée" les légionnaires romains pouvaient réaliser 7 kilomètres en 50 minutes, puis 10 minutes de récupération, et ce pendant 9 heures, avec un équipement de 35 à 40 kilos.

 

     Progrès considérable, en 1857, avec la voie ferrée qui réduit à 10 heures la distance entre la capitale française et l'autre, bretonne. Le 19 août 1858, Napoléon III vint inaugurer la gare de Noyal/Acigné. A l'instigation de l'abbé Barbedet, celui-ci demande à l'acignolaise Marie Besnard d'offrir une motte de beurre frais à l'impératrice en lui confiant les soucis financiers du curé d'Acigné pour achever l'école des filles. Mission accomplie avec l'arrivée de fonds providentiels.

              Jules MICHELET : "Tableau de la France : Bretagne 1831" - Extraits

     Jules Michelet, né à Paris en 1798, aura presque parcouru le XIXème siècle (décès à 76 ans en 1874). On l'appelle le "père de l'Histoire de France" et l'"instituteur de la Nation". De famille catholique originaire de Picardie et des Ardennes, il deviendra surtout Républicain avec des positions anticléricales. L'été 1831, il se rend en Bretagne, nous dessinant et nous racontant avec ses yeux ébahis de parisien récemment nommé chef de la section historique aux Archives nationales et professeur suppléant de Guizot à la Faculté des Lettres de Paris.

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     "La pauvre et dure Bretagne, l'élément résistant de la France, étend ses champs de quartz et de schiste, depuis les ardoisières de Châteaulin près Brest, jusqu'aux ardoisières d'Angers. C'est là son étendue géologique... La langue bretonne ne commence pas même à Rennes, mais vers Elven, Pontivy, Loudéac et Châtelaudren. De là, jusqu'à la pointe Finistère, c'est la vraie Bretagne, la Bretagne "bretonnante", race rude de grande noblesse, d'une finesse de caillou. Les paysans qu'on rencontre, sérieux, les cheveux noirs, la figure sèche vous regardent obliquement. Les femmes frappées de méridionalité, quelquefois jolies. Mais ce n'est pas la longue figure des Normandes. Ici, le visage est rond. Imaginatifs et spirituels, ces descendants des opiniâtres "Kymris" (peuple celte ancêtre des Gallois.../...), n'en aiment pas moins l'impossible, les causes perdues. Si le Breton perd tant de choses, sa langue, son costume, une lui reste, le caractère. Ce pays a été longtemps étranger au nôtre, justement parce qu'il est resté trop fidèle à notre état primitif; peu français tant il est gaulois, il nous aurait échappé plus d'une fois si nous ne l'avions tenu serré, comme dans des pinces et des tenailles, entre quatre villes françaises d'un génie rude et fort : Nantes et Saint-Malo, Rennes et Brest.

     Et pourtant, cette pauvre vieille province nous a sauvés plus d'une fois; souvent lorsque la patrie était aux abois et qu'elle désespérait presque, il s'est trouvé des poitrines et des têtes bretonnes plus dures que le fer de l'étranger. Quand les les hommes du Nord (Vikings) couraient impunément nos côtes et nos fleuves, la résistance commença par le breton "Noménoé" (Nominöé); il se mit à la tête du peuple, battit les "Northmans" (Normands), défendit contre Tours l'indépendance de l'Eglise bretonne. (évêché de Dol-de-Bretagne) Les Anglais furent repoussés au XIVème siècle par Duguesclin; au XVIIème, poursuivis sur toutes les mers par Duguay-Trouin (de Saint-Malo). Les guerres de la liberté religieuse, et celles de la liberté politique, n'ont pas de gloires plus innocentes et plus pures que Lanoue et Latour d'Auvergne, le premier grenadier de la République. C'est un Nantais, si l'on n'en croit la tradition, qui aurait poussé le dernier cri de Waterloo : "la garde meurt et ne se rend pas".

     Le génie de la Bretagne, c'est un génie d'indomptable résistance et d'opposition intrépide, opiniâtre, aveugle; témoin Moreau, l'adversaire de Bonaparte - (Moreau, natif de Morlaix, ami de collège de Châteaubriand et acteur républicain à la "Journée des Bricoles" de Rennes en 1789). La chose est plus sensible encore dans l'histoire de la philosophie et de la littérature. Le Breton Pélage, qui alluma l'étincelle dont s'éclaira tout l'Occident, qui mit l'esprit stoïcien dans le christianisme, et réclama le premier dans l'Eglise en faveur de la liberté humaine, eut pour successeurs le Breton Abailard et le breton Descartes. Tous trois ont donné l'élan à la philosophie de leur siècle. Toutefois, dans Descartes même, le dédain des faits, le mépris de l'histoire et des langues, indiquent assez que ce génie indépendant, qui fonda la psychologie et doubla les mathématiques, avait plus de vigueur que d'étendue.

     Cet esprit d'opposition, naturel à la Bretagne, est marqué au dernier siècle et au nôtre par deux faits contradictoires en apparence. La même partie de la Bretagne (Saint-Malo, Dinan et Saint-Brieuc) qui a produit, sous Louis XV, Duclos, Maupertuis et Lamétrie, a donné, de nos jours, Châteaubriand et Lamennais.

      Jetons maintenant un rapide coup d'oeil sur la contrée. A ses deux portes, la Bretagne a deux forêts, le Bocage normand et le Bocage vendéen; entre deux villes, Saint-Malo et Nantes, la ville des corsaires et celle des négriers. Saint-Malo ... petite ville, riche, sombre et triste, nid de vautours ou d'orfraies, tour à tour île et presqu'île selon le flux ou le reflux; tout bordé d'écueils sales et fétides, où le varech pourrit à plaisir. Au loin, une côte de rochers blancs, anguleux, découpés comme au rasoir. La guerre était le bon temps pour Saint-Malo; ils ne connaissaient pas de plus charmante fête; ils préparaient ainsi leurs corsaires, organisaient bourgeoisement à leur profit l'héroisme et la mort. De Saint-Malo, Duguay-Trouin et tant d'autres héros de la marine.

     A l'autre bout, c'est Brest, le grand port militaire, la pensée de Richelieu, la main de Louis XIV; fort, arsenal et bagne, canons et vaisseaux, armées et millions. La force de la France entassée au bout de la France : tout cela dans un port serré, où l'on étouffe entre deux montagnes chargées d'immenses constructions... C'est un prodigieux tour de force, un défi porté à l'Angleterre et à la nature. Plus d'un vaisseau a péri à la passe de Brest. Toute cette côte est un cimetière. Il s'y perd soixante embarcations chaque hiver.

     La rareté de nos ports si clairsemés, de Brest à Saint-Malo, à Cherbourg, au Havre, la difficulté de leurs entrées, leur ensablement, montrent que la mer n'aime pas la France; elle est anglaise d'inclinaison. L'Angleterre regarde de partout l'Océan; nous, nous avons à peine de petites fenêtres percées sur lui, à travers nos falaises et nos rochers. La Bretagne est pis qu'une île : ni fleuve, ni port; nul accès ni par terre ni par mer. Rien de sinistre et formidable comme cette côte de Brest, c'est la limite extrême, la pointe, la proue de l'ancien monde. Là, les deux ennemis sont en face : la terre et la mer, l'homme et la nature... C'est qu'en effet, il y a pis que les écueils, pis que la tempête. La nature est atroce, l'homme est atroce, et ils semblent s'entendre. Naguère encore, dès que la mer leur jetait un pauvre vaisseau, ils couraient à la côte, hommes, femmes et enfants; ils tombaient sur cette curée. Souvent, dit-on, une vache, promenant à ses cornes un fanal mouvant, l'amenait sur ces écueils.

     L'homme est dur sur cette côte. Fils maudit de la création, vrai Caïn, pourquoi pardonnerait-il à Abel? La nature ne lui pardonne pas. La vague l'épargne-t-elle quand les terribles nuits d'hiver, il va par les écueils attirer le varech flottant qui doit engraisser son champ stérile, et que si souvent le flot apporte l'herbe et emporte l'homme? L'épargne-t-elle quand il glisse en tremblant sous la pointe du Raz, aux rochers rouges où s'abîme l'"enfer de Plogoff", à côté de la "Baie des Trépassés", où les courants portent les cadavres depuis tant de siècles? C'est un proverbe breton : "Nul n'a passé le Raz sans mal ou sans frayeur" et encore: "Secourez-moi, grand Dieu, à la pointe du Raz, mon vaisseau est si petit et la mer est si grande."Là, la nature expire, l'humanité devient morne et froide. Nulle poésie, peu de religion; le christianisme y est d'hier. Dans les îles de Sein, de Batz, d'Ouessant, les mariages sont tristes et sévères. La femme y travaille plus que l'homme, et dans les îles d'Ouessant elle y est plus grande et plus forte. C'est elle qui cultive la terre; lui, il reste assis au bateau, bercé et battu par la mer, sa rude nourrice. Les animaux aussi s'altèrent et semblent changer de nature. Les chevaux, les lapins sont d'une étrange petitesse dans ces îles.

     Asseyons-nous à cette formidable pointe du Raz. C'est ici le sanctuaire du monde celtique. Ce que vous apercevez, par delà la baie des Trépassés, est lîle de Sein, triste banc de sable sans arbres et presque sans abri. Cette île était la demeure des vierges sacrées qui donnaient aux Celtes beau temps ou naufrage, berceau de Myrdynn, le Merlin du Moyen-Age. Son tombeau est de l'autre côté de la Bretagne, dans la forêt de Brocéliande, sous la fatale pierre où sa Vyvyan l'a enchanté. Tous ces rochers que vous voyez, ce sont des villes englouties; c'est Douarnenez, c'est Is, la Sodome bretonne; ces deux corbeaux, qui vont toujours volant lourdement au rivage, ne sont rien autre que les âmes du roi Grallon et de sa fille; et ces sifflements, qu'on croirait ceux de la tempête, sont les "crieren", ombres des naufragés qui demandent la sépulture.

     A Lanvau, près Brest, s'élève une grande pierre brute. De là, jusqu'à Lorient, et de Lorient à Quiberon et Carnac, sur toute la côte méridionale de la Bretagne, vous ne pouvez marcher un quart d'heure sans rencontrer quelques-uns de ces monuments, rudes et muettes pierres qu'on appelle "druidiques". Vous les voyez souvent de la route dans des landes couvertes de houx et de chardons. Qu'on veuille y voir des autels, des tombeaux, ou de simples souvenirs de quelque événement, ces monuments ne sont rien moins qu'imposants. Ce sont de grosses pierres basses, dressées et souvent un peu arrondies par le haut; ou bien une table de pierre portant sur trois ou quatre pierres droites. Nulle inscription, nul signe, si ce n'est peut-être sous les pierres renversées de Loc Maria ker. Si vous interrogez les gens du pays, ils répondront brèvement que ce sont les maisons des "korrigans", des "Courils", petits hommes lascifs qui, le soir, barrent le chemin, et vous forcent de danser avec eux jusqu'à ce que vous en mouriez de fatigue. Ailleurs, ce sont les fées qui, descendant des montagnes en filant, ont apporté ces rocs dans leur tablier. Ces pierres éparses sont toute une noce pétrifiée.

     On ne sent bien l'histoire de Bretagne que sur le théâtre même des guerres bretonnes, aux roches d'Auray, aux plages de Quiberon, de Saint-Michel-en-Grève, où le duc fraticide rencontra le moine noir.... Je n'oublierai jamais le jour où je partis de grand matin d'Auray, la ville sainte des chouans, pour visiter, à quelques lieues de là, les grands monuments druidiques de Loc Maria Ker et de Carnac. Le premier de ces villages "avec ses îles du Morbihan, plus nombreuses qu'il n'y a de jours dans l'an". Il tombait du brouillard, comme il y en a sur ces côtes la moitié de l'année. Nous avançions en dansant, péniblement, sur les rocs, les branches des arbres nous frappant le visage, nous lançant l'eau, déchirant les chevaux et le postillon. Les manoirs bretons semblent plus compter pour leur défense sur la difficulté des approches, sur les forêts broussailleuses, les marais qui les cachent que sur une position élevée. De temps en temps un paysan au nez pointu qui passe sans regarder; mais il vous a bien vu avec son oeil oblique d'oiseau de nuit. Cette figure explique le fameux cri de guerre, et le nom de chouans, que leur donnaient les "bleus". Point de maisons sur les chemins; ils reviennent chaque soir au village. 

     Partout de grandes landes, tristement parées de bruyères roses et de diverses plantes jaunes; ailleurs ce sont des campagnes blanches de sarrasin. En avançant vers Carnac, c'est encore pis. Véritables plaines de roc où quelques moutons noirs paissent le caillou. Au milieu de tant de pierres, dont plusieurs sont dressées d'elles-mêmes, trapues comme les hommes du pays, les alignements de Carnac n'inspirent aucun étonnement... Quiberon, de sinistre mémoire! Entre Auray et Vannes, les yeux se heurtent à un objet funèbre; sur une vaste prairie, une seule tombe : ce sont les prisonniers vendéens pris à Quiberon que les soldats ne purent sauver, qu'il fallut fusiller là.

      Le Morbihan sombre d'aspect l'est aussi de souvenirs; pays de vieilles haines, de pèlerinages et de guerre civile; terre de caillou et race de granit. Là tout dure; le temps y passe plus lentement. Les prêtres y sont très forts. C'est pourtant une grave erreur de croire que ces populations de l'Ouest, bretonnes et vendéennes, soient profondément religieuses : dans plusieurs cantons de l'Ouest, le saint qui n'exauce pas les prières risque d'être vigoureusement fouetté. En Bretagne, comme en Irlande, le catholicisme est cher aux hommes comme symbole de la nationalité. La religion y a surtout une influence politique. Un prêtre irlandais qui se fait ami des Anglais est bientôt chassé du pays. Nulle église, au Moyen-Age, ne resta plus longtemps indépendante de Rome que celle d'Irlande et de Bretagne. La dernière essaya longtemps de se soustraire à la primatie de Tours, et lui opposa celle de Dôle (Dol-de-Bretagne, Nominoë).

     Les familles étaient d'autant plus nombreuses en Bretagne qu'elles étaient plus pauvres. C'était une idée bretonne d'avoir le plus d'enfants possible, c'est-à-dire le plus de soldats qui allassent gagner au loin et qui raportassent. Dans les vraies usances bretonnes, la maison paternelle, le foyer, restait au plus jeune; les aînés étaient mis dehors; ils se jetaient dans une barque ou sur un mauvais petit cheval, et tant les portait la barque ou l'indestructible bête, qu'ils revenaient au manoir refaits, vêtus et passablement garnis. La noblesse innombrable et pauvre de la Bretagne était plus rapprochée du laboureur. Il y avait là aussi quelque chose des habitudes de clan. Le vasselage n'y était pas un simple rapport de terre, de service militaire, mais une relation intime entre le chef et ses hommes non sans analogie avec le "cousinage fictif des highlanders écossais". Une foule de familles de paysans se regardaient comme nobles; quelques-uns se croyaient descendus d'Arthur ou de la fée Morgane, et plantaient, dit-on, des épées pour limites à leurs Champs.

     Ne nous étonnons pas que cette race celtique, la plus obstinée de l'ancien monde, ait fait quelques efforts dans les derniers temps pour prolonger encore sa nationalité; elle l'a défendue de même au Moyen-Age. La Bretagne sous forme de duché et comme telle, classée parmi les grands fiefs, était au fond tout autre chose, une chose si spéciale, si antique que personne ne la comprenait. Pour que l'Anjou prévalût au XIIème siècle sur la Bretagne, il a fallu que les Plantagenets devinssent, par deux mariages, rois d'Angleterre et ducs de Normandie et d'Aquitaine. La Bretagne, pour leur échapper, s'est donnée à la France, mais il leur a fallu encore un siècle de guerre entre les partis français et anglais, entre les Blois et les Montfort. Quand le mariage d'Anne avec Louis XII eut réuni la province au royaume, quand Anne eut écrit sur le château de Nantes la vieille devise du château des Bourbons (Qui qu'en grogne, tel est mon plaisir), alors commença la lutte égale des Etats, du Parlement de Rennes, sa défense du droit coutumier contre le droit romain, la guerre des privilèges provinciaux contre la centralisation monarchique. Comprimée durement par Louis XIV, la résistance recommença sous Louis XV, et La Chalotais, dans un cachot de Brest, écrivit avec un cure-dent son courageux factum contre les jésuites.

     Aujourd'hui la résistance expire, la Bretagne devient peu à peu toute France. Le vieil idiome, miné par l'infiltration continuelle de la langue française, recule peu à peu.Le génie de l'improvisation poétique, qui a subsisté si longtemps chez les Celtes d'Irlande et d'Ecosse, qui chez nos Bretons même n'est pas tout à fait éteint, devient pourtant une singularité rare... Nos Bretons sont, dans leur langage, pleins de paroles tristes, ils sympatisent avec la nuit, avec la mort. De toutes les populations celtiques, la Bretagne est pourtant la moins à plaindre, elle a été associée depuis longtemps à l'égalité; la France est un pays humain et généreux. Sa tristesse lui vient de s'être attachée aux causes perdues.

     Compléments avec des notes servant à établir son "Tableau de la France" de 1833 :

- 12/8/1831 : Curseuil (Curiosoliti) à deux lieues de Dinan (Corseul en pays Curiosolites), maison du temple et tombeau des Beaumanoir - "les Malouins plus vifs que les Bretons!" - "Le paysan n'a guère gagné à la Révolution. Seulement les bourgeois des villes ont succédé aux nobles dans la propriété. "La limite de la langue bretonne est entre Loudéac et Pontivy, entre Chatelaudr(e)in et un village séparé par un ruisseau, de sorte que les bêtes de M. de Kergariou sont dans les deux langues. Les Bretons envoient leurs enfants apprendre la France" -

- 13/8/1831 : "La Bretagne est beaucoup moins étendue qu'il ne semble. Pour le géologue et le politique, elle va jusqu'à Fougères et Nantes; mais sous le rapport de la race et de la langue, elle comprend seulement Tréguier, Léon, Cornouailles et Vannes. Quelle est la limite de la langue du côté du Morbihan? Elven. A Roscoff les paysans parlent dès trois ans le breton, le français et l'anglais."

- 15/8/1831 : "Morlaix : les paysans attachent des traditions aux pierres druidiques.Près de Morlaix, un paysan chargé blasphème; il est avalé par la lune, mais auparavant, il inscrit du doigt une croix sur la pierre où il avait jeté son fardeau. - Brest, colonie française en Bretagne, ainsi que Nantes et Saint-Malo. Beaux hommes, noirs de vêtements à Landivisiau, canton du Léonais -

- 16/8/1831 : "Aller à pied de Lorient à Carnac et Locmariaker. Il y a des monuments tout le long de la côte. Voir les hiéroglyphes à Lokmariaker sous le dolmen principal. - Brest, le bagne moins effrayant que je ne l'aurais cru. Les bonnets verts sont à perpétuité. Ce qu'il y a de plus horrible, c'est cet accouplement de la chaîne. Ils paraissent abattus ou insouciants. Cependant il s'en sauve tous les jours. Nous entendons trois coups de canon."

17/8/1831 : " la Bretagne est schiste, silex et granit. A Châteaulin et à Angers, ardoises. Race dure. - Les pères de famille de Léon portent la clef de leur maison à leurs bragubras (braccae, grandes culottes). Ils trouvent près de Carhlaix  que leur curé crie trop fort; ils sont sensibles au mot de "liberté".

19/8/1831 : "Auray : parti à quatre heures du matin, entre chien et loup, pour Locmariaker. Chemins très âpres et souvent périlleux. Théâtre sinistre de la guerre des chouans. Ce nom de hiboux caractérise admirablement ces hommes au nez pointu, à l'oeil oblique, cette guerre du crépuscule dans les bruyères et les taillis. Plantes très épineuses. Partout des domens sur les bruyères élevées, ou des pierres préparées pour l'être. La Bretagne semble repousser l'étranger, avec ces plantes et ces rocs hostiles.... ses îles du Morbihan aussi nombreuses qu'il y a de jours dans l'an. Ponts dangereux sur des marais. Brume et pluie battante... Carnac, maison de Georges Cadoudal et maison de son frère... au loin, dolmen naturel (maison du druide?). Vastes champs, où le granit perce partout la bruyère. Une foule de croix de granit, dont plusieurs à jours et artistiquement ouvragées. C'est le menhir chrétien, plus complet, rayonnant comme une étoile. Ces champs de pierre sont l'introduction naturelle de Carnac et font disparaître le miracle. Peut-être fêtes religieuses où l'on allumait des feux sur toutes les pierres. Ces pierres basses sont le point de départ de l'élan architectural dans l'Occident, comme en Egypte les grottes. Le second pas est le dolmen, grotte artificielle.

- 20/8/1831 : Auray-Nantes par Vannes : "Passé le matin par le Champ des Martyrs (prisonniers de Quiberon fusillés) , simple et beau dans un des plus beaux lieux du monde. Pèlerinage de sainte Anne ; portrait d'un paysan qui, en 1625, découvrit l'image de sainte Anne. Aux Jésuites.... dans le Morbihan, point de chansons, mais seulement des cantiques. Bon marché des vivres à Vannes, sauf le pain : deux poulets pour vingt sols.... De Vannes à la Roche-Bernard, toutes les auberges "à la Croix verte"; châtaigniers; ils doivent nourrir le peuple dans d'autres parties de la Bretagne.

                                              STENDHAL : revenant du soleil d'Italie, son éditeur lui demande de parcourir nos provinces - dont la Bretagne - en juillet 1837. Las, il enchaîne un circuit de Nantes, Vannes, Lorient, Rennes avec des conditions climatiques désagréables : pluie, vent, .... Ses écrits témoignent d'un dédain éclatant. Heureusement, le final à Saint-Malo sauvera les "mauvaises apparences" :

"... Hier, j'ai pris un bateau pour faire le tour des îlots noirs qui, suivant moi, gâtent beaucoup la vue de saint-Malo du côté de la mer; ensuite je suis allé errer le long de la jolie côte couverte d'arbres qui termine l'horizon au couchant. Le vent étant agréable et la mer tranquille, j'ai fait mettre la voile, et suis allé au loin vers le couchant, toujours lisant mon roman ("La princesse de Clèves"). J'avais oublié tout au monde. Si l'on m'eût demandé où j'étais, j'aurais répondu : A la Martinique.... J'ai manqué ainsi, à mon grand regret, l'heure du bateau à vapeur qui conduit à Dinan. On dit que les bords de la rivière sont charmants et hérissés de rochers singuliers; et d'ailleurs on trouve, près de cette ville toute du Moyen-Age, un menhir de vingt-cinq pieds de haut : ces monuments informes font réfléchir et je commence à m'y attacher, à mesure que je vois augmenter mon estime pour les Bretons.... Une vérité m'assiège à chaque heure du jour, depuis que je suis en Bretagne : - Bravoure des jeunes enfants bretons de la côte de Morlaix, qui se cachent à bord des navires qui partent pour la pêche de la morue sur le banc de terre-Neuve; on les appelle des "trouvés" (trouvés à bord du navire, quand il est loin des côtes). On pourrait lever ici une garde impériale de marins. Du temps de l'Empire, les corsaires bretons attendaient, pour sortir, quelque tempête qui ne permît pas aux vaisseaux du blocus anglais de se tenir près de leurs rochers de granit noir. Quelle différence pour Napoléon, si, au lieu de faire des flottes, il eût équipé mille corsaires? Que n'eût-il pas fait avec des Bretons!

Victor Hugo se rendra en août 1834 à Saint-Renan rejoindre sa maîtresse Juliette Drouet après une dispute.

" J'arrive. Je suis encore tout étourdi de trois nuits de malle-poste, sans compter les jours. Trois nuits à grands coups de fouet, à franc-étrier, sans boire, ni manger, ni respirer à peine....la tête est lasse quand, par une aube de vent et de brume, on descend au grand galop dans Brest, sans rien voir que la vitre abaissée sur vos yeux contre la pluie....

     Cette nuit, à quatre heures je partirai pour Auray sur l'impériale de la diligence. Je vais voir Quiberon et Karnac. De là je compte remonter la Loire par Nantes jusqu'à Tours par le bateau à vapeur, puis de Tours à Paris.... Le 12 août : me voici à Vannes. Je suis allé hier à Karnac dans un affreux cabriolet par d'affreuses routes, et à Lokmariaker à pied. Cela m'a fait huit bonnes lieues de marche qui ont crevé mes semelles; mais j'ai ramassé bien des idées et bien des sujets... Tu ne peux te figurer comme les monuments celtiques sont étranges et sinistres. A Karnac, j'ai eu presque un moment de désespoir; figure-toi que ces prodigieuses pierres de Karnac, dont tu m'as si souvent entendu parler, ont presque toutes été jetées bas par les imbéciles de paysans, qui en font des murs et des cabanes. Tous les dolmens, un excepté qui porte une croix, sont à terre; il n'y a plus que des peulvens. Te rappelles-tu? un peulven, c'est une pierre debout comme nous en avons vu une ensemble à Autun en 1825.

     Les peulvens de Karnac font un effet immense. Ils sont innombrables et rangés en longues avenues. Le monument tout entier, avec ses cromlechs qui sont effacés et ses dolmens qui sont détruits, couvrait une plaine de plus de deux lieues. Maintenant on n'en voit plus que la ruine. C'était une chose unique qui n'est plus. Pays stupide! peuple stupide! gouvernement stupide!

     A Lokmariaker, où j'ai eu beaucoup de peine à parvenir avec les pieds ensanglantés par les bruyères, il n'y a plus que deux dolmens, mais beaux. L'un, couvert d'une pierre énorme, a été frappé par la foudre, qui a brisé la pierre en trois morceaux. Tu ne peux te figurer quelle ligne sauvage ces monuments font dans un paysage....

     1836 , à Louis Boulanger : Une ville qu'il faut aussi que vous voyiez avec moi, c'est Fougères

Nota :Fougères, lieu de naissance de Juliette Drouet, née Gauvain, même nom que son personnage dans "Quatre-Vingt Treize".

Toute cette Bretagne, au reste, vaut la peine d'être vue. Quelquefois dans une petite bourgade, comme Lassay, par exemple, vous trouvez tout à coup trois admirables châteaux dans le même tas. Pauvre Bretagne! qui a tout gardé, ses monuments et ses habitants, sa poésie et sa saleté, sa vieille couleur et sa vieille crasse par-dessus.

Nota : Lassay n'est pas en Bretagne mais en Mayenne dans le Maine. Victor Hugo y séjournera le 20 juin 1836 avec Juliette Drouet, marquant un arrêt entre Alençon et Fougères. Il dessinera deux des trois châteaux : celui de Lassay, ancienne place forte des huguenots, qu'il ne pourra visiter. Le domestique prétextant que "Monsieur ne reçoit pas les vagabonds". Et le deuxième château du XVème, du Bois-Thibault, d'où Jehanne, dernière descendante de la famille de Logé, s'en alla se réfugier en Anjou pour épouser Jean du Bellay, donnant lignée au poète Joachim du Bellay. Au Vème siècle Lassay fut une cité très marquée par l'ermite auvergnat Fraimbault qui inventera un personnage servant au XIIème siècle de trame à Lancelot du lac, chevalier du roi Arthur et aux récits de Chrétien de Troyes. Il y eut également un curé devenu maire, virulent pendant la période révolutionnaire....

     Je reviens de Fougères. Je veux absolument que vous voyiez Fougères. Figurez-vous une cuiller; grâce encore pour ce commencement absurde. La cuiller, c'est le château ; le manche, c'est la ville. Sur le château rongé de verdure, mettez sept tours, toutes diverses de forme, de hauteur et d'époque : sur la manche de ma cuiller entassez une complication inextricable de tours, de tourelles, de vieux murs féodaux chargés de vieilles chaumières, de pignons dentelés, de toits aigus, de croisées de pierre, de balcons à jour, de mâchicoulis, de jardins en terrasses; attachez ce château à cette ville et posez le tout en pente et de travers dans une des plus vertes et des plus profondes vallées qu'il y ait. Coupez le tout avec les eaux vives et étroites du Couesnon sur lequel jappent nuit et jour quatre ou cinq moulins à eau. Faites fumer les toits, chanter les filles, crier les enfants, éclater les enclumes; vous aurez Fougères; qu'en dites-vous?

     Eh bien! il y a dix villes comme cela en Bretagne, Vitré, Sainte-Suzanne (?), Mayenne (?), Dinan, Lamballe, etc...; et quand vous dites aux stupides bourgeois, qui sont les punaises de ces magnifiques logis, quand vous leur dites que leur ville est belle, charmante, admirable, ils ouvrent d'énormes yeux bêtes; et vous prennent pour un fou. Le fait est que les Bretons ne comprennent rien à la Bretagne. Quelle perle et quels pourceaux!

     Fougères : Bien qu'accompagné par sa maîtresse, la fougeraise Juliette Drouet, Victor HUGO écrit à sa femme : "Je suis à cette heure dans le pays des fougères, dans une ville qui devrait être pieusement visitée par les peintres, dans une ville qui a un vieux château flanqué de vieilles tours les plus superbes du monde, avec des moulins à eau, des ruisseaux vifs (...). J'ai vu tout cela au soleil, je l'ai vu au crépuscule, je l'ai revu au clair de lune, et je ne m'en lasse pas. C'est admirable."

     Saint-Malo, 25 juin 1836 : ... Arrivé à Saint-Malo, j'étais pénétré de poussière, j'ai couru à l'océan, et je me suis baigné dans les rochers qui entourent le fort du môle et qui font à la marée basse mille baignoires de granit. J'ai été assez avant dans la mer, courant de roche en roche malgré la lame qui m'a jeté une dizaine de fois à la renverse sur de diaboliques rochers fort pointus. N'importe, c'est une admirable chose chaque fois qu'elle vous enveloppe et vous secoue dans son écume. Comme j'ai fait une douzaine de lieues à pied au soleil depuis quatre jours, bout par bout, j'ai le visage tout pelé, je suis rouge et horrible. Du reste, j'avais besoin d'eau. Depuis que je suis en Bretagne je suis dans l'ordure. Pour se laver en Bretagne il faut bien l'océan. Cette grande cuvette n'est qu'à la mesure de cette grande saleté....
     Ton Pontorson est en Normandie. Il est vrai, la carte dit en Normandie, mais la saleté dit : en Bretagne. Du reste, dans ce pays-ci, les cochons mangent de l'herbe. Il n'y a qu'eux qui soient propres en Bretagne.... laquelle barrière ressemble à un peigne. Cela devrait bien donner aux Bretons l'idée de s'en servir (de peignes).

 

      "LE MARQUIS DE FAYOLLE", roman-feuilleton inachevé de Gérard de Nerval (1808-1855), parut dans le "Temps" en 1849. L'action se situe dans le "Pays de Vitré" :

     Le plus beau moment pour voir la Bretagne est le mois de septembre : l'automne commence; les ormeaux au feuillage velouté, les chênes et les hêtres prennent des teintes plus sombres, et leurs feuilles se nuancent de belles couleurs jaune et rouge; les fougères sèches se mêlent aux ajoncs toujours en fleurs, et vers la fin du jour les grands arbres des montagnes se baignent dans des lointains violets.

     On rencontre des deux côtés de la route des masures en terre blanchie à la chaux avec leurs toits de mousse, des hangars de paille, çà et là des paysans aux membres noueux et trapus, aux traits rudes et vigoureusement dessinés, avec leurs peaux de chèvre, leurs sarraux, leurs gamaches de toile, coiffés de bonnets rouges. Plus loin, des enfants en guenilles jouant avec les poules et les chiens de la basse-cour.

     Vers la fin de septembre, deux voyageurs, dont l'un écrit ces lignes, avaient entrepris une tournée en Bretagne. Tous deux fouillant le passé et cherchant dans les châteaux en ruine des enseignements pour l'avenir. Notre récolte s'était bornée d'abord à quelques croquis de clochers à jour, de dolmens et de menhirs, à des dessins de costumes riches et variés.

     Au point du jour, la diligence s'arrêta à VITRE. Vitré est peut-être la ville de France qui a le mieux conservé sa physionomie du Moyen-Age. Elle a toujours ses vieux porches en bois grossièrement sculptés, ses maisons d'ardoise avec pignon sur rue, ses fenêtres étroites et bizarrement percées, suivant les caprices ou les besoins des nouveaux propriétaires, ses rues longues et ses lourdes portes chargées d'inscriptions bibliques. Vitré est la ville des Rohan et des La Trémoille, le berceau de la Réforme en Bretagne. Cette grosse tour, qui défend le pont-levis converti en rue, est la tour de Mme de Sévigné.... en sortant de la ville, nous aperçûmes sur l'enseigne d'un cabaret le nom de JEAN LE CHOUAN.

     "Il serait assez curieux, dit le plus savant d'entre nous, de retrouver là un descendant de ces fiers "gars" qui ont remué la Bretagne pendant vingt-cinq ans, donné la main aux Vendéens, résisté à Hoche, et que seul Napoléon a pu dompter en les incorporant dans l'armée d'Italie".

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     Gustave FLAUBERT 1847 : "Par les champs et par les grèves",

       notes complémentaires de son ami Maxime Du Camp

     Jusqu'au bourg de Batz marais salins, pas un arbre; paludiers - cabaret, vieille abbaye d'un bon gothique, toute découverte, femme qui met sur les murs de la bouse de vache, ça remet les pierres et sert de mortier - Jusqu'au Croisic plus rien que des plaines de sable recouvertes d'une herbe maigre; les vaches sont petites, les moutons noirs. Guérande les fortifications entourées d'arbres, petits peupliers; à gauche de l'entrée nord l'eau baigne le pied des tours; nous retrouvons ce que nous avons vu à Clisson - Caractère doux de ces ruines; ces fortifications me font penser à Avignon. - Piriac, désert, bon air de la mer, les rues pleines de sable - Inconcevable auberge : du veau et des oeufs; le soir à manger du veau et des oeufs! toujours le veau! De Locmariaquer à Carnac, genêts, genêts, haies d'ajoncs, avec des aubépines par places - La route monte et descend, se perd - On ne parle presque plus français - Vieillard grave, figure maigre avec son énorme chapeau. Carnac, chapelle Saint-Michel bâtie sur un BORRAN; on monte par un escalier, on descend par une pente - La mer, la campagne verte, séparée en carrés bruns ou gris par des haies et des murs en pierres sèches - Les pierres de Carnac nous ont un peu émus; elles vont grandissant vers le côté de la mer à mesure qu'elles s'en éloignent et elles diminuent et finissent par devenir presque des bornes... Pour en revenir aux pierres de Carnac, la nuit, quand la lune roulait dans les nuages et que la mer mugissait sur le sable, les druidesses errantes parmi ces pierres devaient être belles il est vrai avec leur faucille d'or, leur couronne de verveine et leur traînante robe blanche rougie du sang des hommes. Longues comme des ombres, elles marchaient sans toucher terre, les cheveux épars, pâles sous la pâleur de la lune. D'autres que nous déjà se sont dit que ces grands blocs immobiles peut-être les avaient vues jadis, d'autres comme nous viendront aussi là sans comprendre... A Quiberon, nous déjeunâmes chez le sieur Rohan Belle-Isle qui tient l'hôtel Penthièvre. Ce gentilhomme était nu-pieds dans ses savates, vu la chaleur, et trinquait avec un maçon, ce qui ne l'empêche pas d'être le descendant d'une des premières familles d'Europe. Un noble de vieille race! un vrai noble, vive Dieu! qui nous a tout de suite fait cuire des homards et s'est mis à nous battre des biftecks.

         Hippolyte TAINE 1865 l'écrivain voyageur à Carnac

     Vers Carnac, tous les champs se hérissent de barrières de pierres; à cet effet, les monuments celtiques ont été dévastés; on estime qu'il a péri deux mille menhirs, il en reste onze ou douze cents. Nous en visitons les deux plus grandes files, surtout l'une qui s'avance jusqu'en vue de la mer, énormément longue, cinq rangs de pierres alignées de l'orient à l'occident, espacées, debout, beaucoup d'entr'elles renversées, les plus grandes hautes de dix pieds; toutes, simples rochers non taillés, plantés en terre par un de leurs bouts. - En soi le spectacle n'a rien d'intéressant; les blocs de Fontainebleau sont bien plus vastes et leurs traînées sont d'un effet bien autrement grandiose. Mais, comme signe historique, ces pierres frappent beaucoup. Il fallait un âge bien barbare pour qu'on se contentât d'un pareil temple. Est-ce une oeuvre de ces druides qui, vivant dans les bois et n'ayant pas de temple couvert, ont voulu, sur cette plage sans arbres, imiter les files de leurs forêts et consacrer de vagues intuitions géométriques? En tout cas, ces blocs ont été remués par des bras nus de sauvages et des rouleaux. Il y a eu là des assemblées de guerriers, des sacrifices d'hommes; et la bruyère, les ajoncs, le coin bleu de la mer à l'horizon sont les mêmes qu'alors.

       Au sommet de la colline, quelques maisons se sont juchées entre les plus hauts blocs; leurs lignes droites marquent les limites des jardins. Une maison a enserré sa cour entre quatre de ces blocs gigantesques; des légumes y poussent; des champs de millet les bordent de leurs panaches pâles et tombants; les poules y grimpent. - Là, l'effet est frappant; un bout de culture et de civilisation régulière, soignée, fait comprendre le lointain de cette barbarie. Impossible de concevoir un monument plus voisin de la nature: sauf la régularité et l'orientation des files, ce temple est une MORAINE. Un "téménos" grec, un "templum" primitif, étrusque ou romain, était-il autre chose?

Nota : "moraine", amas de blocs de rochers lors d'un glissement glaciaire. "téménos" : enceinte consacrée autour d'un temple grec ou des cultures antiques

     Sur la côte et plus avant dans les terres, quelques grands dolmens : c'est un cercle de pierres brutes dressées, sur lequel une autre pierre plate énorme, brute aussi, a été posée en guise de couvercle; elle ne pose que par trois ou quatre endroits. On n'imagine pas une invention plus primitive : il y a des accidents semblables dans les éboulements de rochers. On entre dans cette caverne plus bas, parfois par une longue rigole; les Papous, les Vitiens, pourraient prendre un pareil endroit pour autel. Etaient-ce des tombeaux? On nous montre dans une maison voisine un collier d'or, un "torques" gaulois, qu'on y a trouvé. Peut-être dans le fond, sur le corps, égorgeait-on des prisonniers, des esclaves? En tout cas, les bras qui ont remué ces masses étaient aussi vigoureux que grossiers. Quelques-uns de ces dolmens sont sur la cime de la côte, en vue de la mer. Y avait-il une croyance attachée au voisinage du soleil couchant et de la mer infinie, l'espérance d'une résurrection? Les druides croyaient à l'âme immortelle, aux renaissances futures. - Il faudrait étudier ce point, savoir si vraiment ces monuments sont gaulois. peut-être datent-ils de la première apparition des Gaulois, de l'époque du jade. On ne peut s'empêcher d'effacer d'un trait toute notre culture, de penser aux temps où l'espèce humaine a vagué dans les bois, parente des aurochs et des élans qui ont disparu.

 

 

 L'Histoire du Camp de CONLIE (24 octobre 1870 - 25 janvier 1871)

      Début décembre 1870, le maire de Rennes, M. BIDARD, alla trouver le préfet : "Les Prussiens marchent sur la Bretagne; nous avons à Conlie près du Mans 50.000 hommes qui ne demandent que des fusils; ces fusils arrivent à Brest, et au lieu de les leur donner, on les expédie ailleurs au Havre. Il est "donc certain, évident, que la délégation de Tours ne veut pas nous armer..."

     Le préfet répondit : "C'est vrai, mais aussi on a eu tort de faire une armée de bretonsQue voulez-vous, à Tours, ces messieurs craignent que ce soit une armée de chouans..." 

     Le 14 octobre 1870, M. de Kératry, ancien préfet de police, quitte Paris en ballon et propose à Tours au Ministre de la guerre et de l'intérieur Léon GAMBETTA de marcher sur Paris avec une "armée de Bretagne".Ce Léon GAMBETTA est né à Cahors en 1838. Son grand-père venant de Ligurie en Italie s'y était installé pour commercer. Après des études de Droit Léon GAMBETTA se fait naturaliser français à 21 ans puis devient avocat.Il se lance en politique comme républicain avec des idées assez radicales pour l'époque. Son programme de Belleville en 1869  parle de "séparation des églises et de l'état, l'élection des fonctionnaires, la suppression des armées permanentes, ..." A seulement 32 ans en 1870 il devient membre du gouvernement de la Défense nationale et prend une position de "guerre à outrance".

     Le 22 octobre 1870 un décret nomme cette armée "Forces de Bretagne" qui doivent se regrouper à Laval ou Le Mans sous les ordres du Général de division M. de Kératry. Léon GAMBETTA promit des "fusils à tir rapide", des canons à longue portée et des mitrailleuses perfectionnées. On mobilise dans les 5 départements bretons les hommes valides, les gardes mobiles, les anciens soldats de 25 à 35 ans, les volontaires et les corps francs avec pour consigne : "Que les vrais Bretons marchent en avant; que votre seul cri de ralliement soit : Dieu et Patrie!".

     Un ingénieur de Brest vient aplanir et fortifier un terrain situé à Conlie près du Mans, proche de la ligne de chemin de fer Brest/Paris. Le 6 novembre 1870 on comptait 6.000 hommes, le 15 il y en avait plus de 13.000 et le 23 plus de 25.000. Venus de Brest et Nantes 2.000 hommes avaient amené des fusils "Sniders". D'autres étaient équipés de médiocres fusils à percussion, de dix modèles ou calibres différents, en très mauvais état ou d'usage impossible. Ils avaient été donnés par les compagnies de pompiers - alors armées - ou les gardes nationales.Ainsi seulement 2.000 hommes sur 25.000 avaient un armement adéquat. Et beaucoup n'avaient pas d'armes.

     Le 28 octobre M. de Kératry télégraphie de Brest à Gambetta : "je n'ai pas de fusils; ici l'arsenal de guerre à 3.200 "chassepots" disponibles. Je vous conjure de me les donner..." Réponse le 31 : "Que demandez-vous? Mais n'exagérez pas vos demandes!" Le 3 novembre Gambetta "autorise seulement de livrer les fusils ou carabines à percussion et sous aucun prétexte les fusils ou cartouche "chassepot..." Et il n'y avait plus de fusils à percussion.M.de Kératry ne réussit alors à obtenir que 2.000 Remingtons de modèle espagnol et 500 revolvers. Cependant tout le monde savait qu'à Brest il restait encore plus de 15.000 armes à tir rapide. On attendait également 2 bateaux venant d'Amérique et d'Angleterre. L'un des bateaux fut dérouté au Havre malgré le beau temps à Brest. Un membre de la Commission d'armement fit savoir que les mobilisés bretons pouvaient se contenter de fusils à percussion et qu'ils n'avaient pas le droit à un armement perfectionné. Deux tiers des 25.000 hommes étaient non armés le 19 novembre et au 25 novembre il y avait à Conlie 35.000 hommes disposant de 9.181 fusils à "percussions antiques", tous mauvais, 5.000 carabines Spencers et 200 Remingtons... Gambetta déclare alors à M. de Kératry : "Je crois m'être acquitté de mes devoirs envers le pays et envers vos soldats...Je vous conjure d'oublier que vous êtes Breton..." On réussit à obtenir encore 3.600 fusils à percussion ayant besoin de réparations et 1.400 "chassepots" ne disposant que de 600 cartouches à se répartir!

     Gambetta vint au Camp de Conlie où il ne trouva "pas assez d'esprit républicain!" Une entrevue avec M. de Kératry qui ne voulait aller au combat pour exposer la plupart de ses soldats désarmés à une perte certaine s'acheva par :" Pourquoi cette froideur entre nous? Il y a de votre part trop de préventions politiques vis-à-vis de la Bretagne!" Le 26 novembre 1870 Gambetta transfera le commandement de l'Armée de Bretagne autonome aux ordres du Général Jaurès. Conlie était un camp de boue d'hiver(appelé en breton "KERFANK" la ville de boue), piétiné par 40.000 hommes portant des sabots. Ils n'arrivaient pas à trouver de souliers assez grands... Pendant ce temps-là dans les cales du bateau "Pereire" mystérieusement dérouté au Havre on comptait plus de 38.000 armes à tirs rapides laissées sans emploi... et non distribuées aux mobilisés bretons.

        A la démission de M. de Kératry le nouveau commandant passe en revue des soldats bretonnant : "D'ar ger, ma general, d'ar ger!" clament-ils, ce qui signifie :non pas à la guerre mais à la maison! Avec évidemment une mauvaise interprétation du commandant.....

     A partir du 18 décembre 1870 le camp fut progressivement évacué. Le 12 janvier 1871 le mauvais état des armes rendait impossible l'emploi des bataillons d'Ille-et-Vilaine, auxquels ordre fut donné de battre en retraite... L'armistice fut signé fin janvier.

     1914 - 1918 : " le sacrifice breton", avec environ 150.000 hommes pour la Bretagne, dont 49.000 pour l'Ille-et-Vilaine. La proportion très élevée des morts bretons en France tient au caractère très rural de la population, ce qui orientait les recrues vers l'infanterie, principale "chair à canon" de la guerre dans les 10ème corps de Rennes et 11ème de Nantes.

     "Le breton est excellent dans la guerre défensive, pseudo défensive, demi défensive. Je préfère une autre troupe dans l'attaque." expliquait Jean Joubert des Ouches, un général d'origine bretonne.

     "Le breton n'a pas peur. Ca tient à une certaine lourdeur de corps et d'esprit. Il ne voit pas vite", ajoutait-il. Il semble que la ténacité de nos compatriotes, bien connue du haut commandement, ait conduit celui-ci à utiliser des troupes bretonnes pour "tenir" là où d'autres régiments lâchaient prise. En outre, le "fatalisme breton", nourri bien souvent par son éducation religieuse, en faisait des troupes sures. Enfin, dans cette guerre de terrassiers, dans la boue et l'insalubrité des tranchées, les bretons , encore majoritairement ruraux et paysans, avaient une rusticité appréciée et exploitée par l'état-major. Cela suffit à expliquer l'hécatombe.

      Quant à cette "lourdeur d'esprit", le breton du XXIème siècle apprend désormais dans les deux meilleures Académies de France : à Nantes et  Rennes....et l'agriculteur breton est devenu un technicien de haute technicité.......

 

                                              GAUGUIN en Bretagne : Jean-Marc PINSON (O.F. 30/05/18)

" Gauguin viendra dès 1886 au Pouldu. Une nature vierge, des dunes et des landes. La mer. Donc les vagues. A l'époque, la nature, là-bas, est sauvage. Il a passé autant de temps à Pont-Aven qu'au Pouldu. Par contre, quand il parlera plus tard de la Bretagne, c'est toujours Le Pouldu qu'il mentionnera. Un décorum qui ne pouvait que plaire à celui qui disait :

"J'aime la Bretagne, j'y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur le sol de granit, j'entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture."

Gauguin est un homme qui n'a de cesse de larguer les amarres. Quand il arrive en Bretagne, il sort d'une autre vie : marin de commerce d'Etat, plusieurs tours du monde, employé à la Bourse de Paris, marié, cinq enfants. Il va se consacrer entièrement à la peinture, perdre sa famille, se ruiner la santé. Sans argent, il continuera pourtant à créer. Il ne peut plus acheter de la peinture? Qu'importe! il lui reste un canif pour sculpter le bois.

Le peintre s'échouera aux îles Marquises où il s'éteindra en 1903 dans sa "maison du jouir". Paul n'était pas un saint. Mais devant Gauguin, les amateurs d'art sont toujours aux anges. Une huile sur toile de 60 x 72cm avec trois rochers qui fendent le paysage; les flots les entourent et semblent jouer avec eux... La mer est bleue et verte à la fois : en breton il y a un mot qui définit les deux couleurs : "Glaz". Peint en 1888, ce bout du Sud-Finistère est parti, 130 ans plus tard, à plus de 35 millions de dollars chez Christie's.

 

 

 

 Commençons en l’année 800 et arrêtons-nous à la veille de la Révolution de 1789. Un millénaire de petite et grande histoire au galop.

La vie des paysans, nos ancêtres à 90 % et plus

On vit par saisons au rythme des saints Martin, Michel... et les jours n’ont pas de numéros. L’heure de l’aube est celle du coq et la cloche donne l’heure selon l’humeur du sacristain. L’angélus sonné : aube, midi et fin du jour, ce sera à partir du XIIème siècle.

Le paysan n’est alors plus achetable-vendable. Il se lève tôt et rentre tard dans la maison en bois. Dans l’unique grande pièce au plancher de terre battue, on allume le feu au milieu de la pièce; la fumée s’échappe par un trou dans le toit. La cheminée ne viendra dans les chaumières que trois ou quatre siècles plus tard. Vers le XIIIème siècle un gong de cloche en fin de soirée indique qu'il convient de couvrir les feux pour éviter les incendies. On l'appelle le "couvre-feu". Pour garder la chaleur on bouche les fenêtres avec du foin; la vitre n’arrivera qu’à la “Renaissance”. 

 

 

Une chaumière de paysan du moyen Âge, d’après un livre de classe (Histoire cours élémentaire, Fernand Nathan, années 1950).

 En hiver, on introduit quelques animaux qui dégagent de la chaleur mais aussi amènent des mouches qui bourdonnent sans cesse. Les deux couples, le vieux et le jeune, dorment dans le lit; les enfants sur des tas de paille.

On exécute les travaux à la main, à la bêche et à la faucille. Plus tard, l’Ancien Régime interdira l’usage de la faux, coupable de faire perdre des grains et de priver les pauvres de chaume. On lèvera l’interdiction en 1791, mais il faudra attendre une vingtaine d’années pour son utilisation généralisée, permettant de doubler la productivité avec 50 ares de blé moissonnés par jour de travail contre 20 à la faucille. Cependant, on garde parfois la faucille utilisée par les femmes payées moins cher. On reproche aussi à la faux de couper les tiges trop bas et de détruire les nids de caille.
La chape à capuchon protège du soleil et de la pluie et on se désaltère avec de l’eau de sa gourde en peau de chèvre. La braie flottante ne viendra qu’au Moyen Âge et la chemisette au XIVème siècle. Un réel progrès fut la charrette à quatre roues tirée par des boeufs fin du XIIème siècle, du moins pour les laboureurs les plus aisés.  

La convivialité villageoise

     La grande fête de “Pâques” est célébrée le dimanche suivant la pleine lune postérieure au 21 mars. Puis, au quarante et unième jour, on jeûne dix jours entre Ascension et Pentecôte. Le lieu central du village est une modeste église où l’on se tient assis, à genoux ou debout sur le foin. On s’autorise des réactions spontanées qui déclenchent l’hilarité. Les animaux de compagnie y sont autorisés.

     Avec la montagne de Sainte-Geneviève de Paris, l'autre butte sacrée sur la rive gauche, était un "monceau" sur la route romaine de l'ouest. En 542, CHILDEBERT Ier, revenant de guerroyer en Espagne, rapporta la croix d'or de Salomon et des reliques de Saint-Vincent. Il fit construire une basilique pour abriter ces précieux restes. C'est l'actuelle Saint-Germain-des-Prés. L'église prit ce nom lorsque la tombe de l'évêque Germain fut devenue un lieu de miracles. Elle fut le centre d'un des plus importants monastères du moyen-âge. Elle a été la seconde nécropole des rois francs. DAGOBERT inaugure la troisième, Saint-Denis.

     Le vitrail médiéval tient une place importante avec le développement des églises et des cathédrales entre 950 et 1240. Les thèmes peuvent aussi bien évoquer des rois et reines, l'Empereur Charlemagne en 1225 à Chartres,... mais aussi le boucher, boulanger, charpentier, drapier, le forgeron ou le simple porteur d'eau. Il présente des scènes de la vie religieuse et donne lieu à des ouvrages de grande qualité dont la Rosace sud de Notre-Dame de Paris du XIIè siècle avec ses 12 mètres de diamètre. Fabriquer un vitrail c'est aussi être proche d'une forêt et d'une rivière ou d'un fleuve car il fallait mélanger à la cuisson du sable avec des cendres de bois et de fougères. La couleur du verre émanait d'adjonctions d'oxydes métalliques : oxyde de cuivre pour le rouge, cobalt pour le bleu et du fer pour le vert. Pour fixer la peinture - dite "grisaille" - sur les morceaux de verres peints, on doit faire fondre de la poudre de verre et chauffer un four à 650° C. On associe avec des clous un moule en fer composé de deux parties bien étanches en y versant du plomb fondu.

Les couleurs ne sont pas mélangées : le blanc indique la pureté et la justice le bleu le ciel et la vérité éternelle comme le manteau de la Vierge Marie et des rois de France  ,

 le brun est couleur des saltimbanques, des poètes et musiciens, le jaune couleur des menteurs, trompeurs et tricheurs,  le  rouge est symbole du Christ, du sang et du feu  le vert désigne les créatures maléfiques, démons, dragons ou serpents Après l’art roman, les églises profiteront de l’art gothique du XIIIème siècle. Il faudra attendre le XIVè siècle pour rétablir bon ordre avec une chaire qui domine l'assemblée.

     On découvre progressivement des animations avec les “Pardons”, les “ballades” et kermesses avec des ripailles, jeux rustiques, chants, musiques et danses bien racontées plus tard au XVIème siècle, par Noël du Faïl. Période "charnière"à la "césure de l'AN 1 000", certains situent alors une "grande croissance" par l'effondrement de l'Etat carolingien au profit de la féodalité. Selon le médiéviste rennais Florian Mazel ,"Nouvelle histoire du Moyen Age",:  "il faut surtout insister sur la RéFORME GRéGORIENNE qui s'étire sur une longue période d'un siècle et demi, allant du milieu du XIè jusqu'au début du XIIIè. L'Eglise s'émancipe alors du pouvoir politique pour pénétrer tous les domaines de la vie sociale, économique et politique. On doit à cette réforme, entre autres, le célibat des prêtres ou le sacrement du mariage qui a bouleversé les rapports entre hommes et femmes... Il y a en Europe un héritage chrétien, avec plusieurs formes. Et il y a également un islam ibérique ou sicilien qui ont joué un rôle majeur dans l'époque médiévale." D'une manière générale, en Europe on indique que le Moyen-Age débute avec la fin de l'Empire Romain d'Occident en 476 et l'année 1453 qui marque la chute de Constantinople prise par l'Empire Ottoman. Ce qui achève l'Empire Romain d'Orient. On peut aussi prolonger le Moyen-Age jusqu'à 1492 et les découvertes des Amériques avec Christophe Colomb et Americo Vespucci.

 

 

La danse des paysans par Brueghel l’Ancien.

Mais la malnutrition et la malpropreté amènent la peste et la lèpre.

"La Quarantaine au Moyen Age" : A l'époque médiévale, contrairement à ce qui est parfois suggéré, les règles d'hygiène étaient bien observées. Les gens effectuaient une toilette journalière et se lavaient les mains avant et après les repas. C'est à compter de la "Renaissance", au XVIè siècle, que ces comportements évolueront car on prétendait alors que l'eau ouvrait les pores de la peau, laissant ainsi entrer les maladies dans le corps... Au Moyen Age, outre les actes réalisés par les chirurgiens, que l'on appelait des barbiers, et la présence de sages-femmes qui utilisaient beaucoup de remèdes à base de plantes tels que du thym ou des clous de girofle, il existait une autre médecine qui empruntait ses recettes à la MAGIE et à la chimie. Les personnes aisées portaient, par exemple, autour du cou une Pomme d'Ambre. Il s'agissait d'un bijou dont la cavité intérieure était garnie d'ambre gris et qui était censé protéger des maladies. Pour se préserver de la PESTE existait une autre superstition. Les personnes les plus riches pensaient qu'il fallait porter à la main gauche un diamant et on prétend que ce serait l'origine du "solitaire" qui symbolise de nos jours la bague de fiançailles... Lors de la pandémie de PESTE NOIRE qui a ravagé l'Europe de 1347 à 1352, on a pris conscience qu'il fallait isoler les malades en "quarantaine". Les personnes atteintes de la peste ou de maladies telle que a lèpre ou la dysenterie étaient alors placées dans des "MALADRERIES". Cette précaution de "quarantaine" allait à l'encontre des moeurs de l'époque médiévale car, lorsque l'on se sentait en fin de vie, on se rapprochait de sa famille. Cette attitude, malheureusement, permettait aux épidémies de se propager plus rapidement." par Stéphanie Vincent-Langlois  www.legendesethistoire.com O.F. 11/5/20

     A cela s’ajoutent les famines qui peuvent durer plusieurs années et entraînent le brigandage avec des routiers, des cottereaux qui ne craignent pas la pendaison par bandes entières.

Les puissants

L’aristocratie féodale est née de la pratique professionnelle de la guerre à cheval. Les  “barbares” étrangers de l’Est de l’Europe font découvrir l’étrier au début du VIIIème siècle. Cet atout décisif permettra à Charles Martel d’en équiper sa cavalerie et de vaincre en 732 les Arabes d’Abd al Rahman ibn Abdallah, qui y meurt. Le roi confisque alors les terres ecclésiastiques pour financer l’équipement d’un guerrier.Celui-ci représente alors le coût d’une vingtaine de boeufs. Et le cheval mange des céréales... L’aptitude de conduire un cheval à la guerre et à la chasse sera une marque culturelle amenant la chevalerie.Charlemagne sera un guerrier qui réalisera cinquante-trois campagnes militaires dont trente-quatre réservées aux Saxons. En 782, il en fera trancher la tête à 4 500 dans une journée. Pendant quarante-six années de règne, sa seule défaite sera devant Saragosse en Espagne (face aux Musulmans ou aux Vascons?), avec la fameuse retraite par Roncevaux. 

L'historien acignolais Alain Racineux : RONCEVAUX, "Ce ne sont pas des Sarrasins mais des Vascons, alias les Basques, qui ont tué Roland pour venger le sac de Pampelune ("Vita Karoli Magni", oeuvre écrite entre les années 829 et 836 par Eginhard, moine et chroniqueur). Les Vascons massacrèrent Roland et toute son armée à Roncevaux. Le roi Charles Ier, futur charlemagne, conduisit ses troupes à Saragosse en Espagne à la demande du wali de la ville Soliman ibn al-Arabi. Mais ce dernier ayant été remplacé entre-temps, Charles y trouva les portes de la ville closes. Pour compenser cet échec l'aile occidentale de l'armée franque, conduite par le roi, s'en prit à la ville navarraise de Pampelune qui avait pourtant résisté à la pression musulmane, mais dont les Francs rasèrent les défenses. Le 15 août 778, en représailles, des Vascons rattrappèrent et anéantirent l'arrière-garde de l'armée du roi Charles, lourdement armée, alors qu'elle progressait dans une vallée encaissée depuis Roncevaux. Roland et quelques autres nobles y trouvèrent la mort, ainsi que le comte du palais Anselme le preux. Et les Vascons reprirent le "BUTIN de PAMPELUNE".

La "CHANSON de ROLAND" fut créée pour glorifier la Maison de Charlemagne dans une période de crise dynastique. Une autre version fit jour avant la seconde croisade, vers 1146, pour servir les plans du prêcheur saint Bernard et la lutte contre les Sarrasins.

 

 

L’empereur à la barbe fleurie reçoit la soumission des Saxons (Mon Histoire de France, Hachette, début du XXe siècle).

 Le paysan, quant à lui, se contentera d’une invention considérable : le collier rigide d’épaules, posé au cou des chevaux de trait, pouvant tirer très fort.

Au Xème siècle les Capétiens pratiquent la chasse à courre pour se procurer du gibier ou détruire les grands animaux ravageurs des forêts et des champs. Le chevalier et homme d’épée, bien en selle avec ses étriers, domine le manant à qui il n’autorise pas le droit de chasse.

Il est dit que le “percheron” aux proportions parfaites serait issu d’un apport des chevaux arabes capturés à la bataille de Poitiers. Et aussi de chevaux tartares de prisonniers mongols. Et que dire du cheval “breton” de plus petite taille, léger et vivace, qui fit le bonheur des Bretons de Nominoé, tels des Indiens lançant leurs lances contre les Francs à la bataille de Ballon près de Redon en 845.

 Le pouvoir monarchique concentré sur la région parisienne veut s’agrandir avec l’apport de mariages dotés de territoires. Les guerres se succèdent contre les Plantagenets d’Angleterre, ces Normands aidés par 30% de Bretons qui ont conquis l’Angleterre en 1066. Le pape Urbain II lance la première croisade pour délivrer Jérusalem en 1096. Il en faudra huit, fort ruineuses, jusqu’à Saint-Louis qui mourra du scorbut. Et pourtant l’Orient disposait de tous les fruits qui l’auraient guéri : pastèque et melon, abricot, pêche originaire de Chine, le citronnier originaire des pieds de l’Himalaya, le cerisier, mais aussi les épinards et les échalotes, le céleri diurétique, l’asperge ainsi que l’artichaut, nourriture des ânes, et les prunes. Les chevaliers seront impuissants pour s’emparer de Damas, “pour des prunes”! En 1148, à la deuxième croisade, un moine ramène un prunier de Damas. On le "croise" avec un prunier cerise européen. Pour en faire un pruneau on sèche les prunes dix-huit heures au four, on les réhydrate trente minutes dans une eau à 80°C puis on les pasteurise au four pendant cinq heures. Le fruit sec de couleur noire sera un bien précieux, riche de vitamines, de fibres et de minéraux. Il s'adapte bien sur les bords du Lot. On dit "pruneau d'Agen" car il y embarquait pour rejoindre le port de Bordeaux.

Les premiers croisés ont rapporté la technique du moulin à vent, inventé au VIIème siècle par les Perses. Ils auraient pu aussi revenir avec une brouette d’Orient, inconnue en Occident. Le sucre ne sera importé d’Alexandrie qu’au XIIIème siècle.

Le vin et le tabac tracent leurs routes

     Avec la conquête romaine de la gaule la vigne gagne des terres d'est en ouest et vers le nord. Au IIIème siècle, le cépage gaulois s'étend selon les axes commerciaux de Béziers à Narbonne et Bordeaux par la Garonne, et le long des vallées du Rhône et de la Saône. Le christianisme renforce la place du vin dans la société. Les références à la vigne dans la Bible sont nombreuses. Les viticultures épiscopales et monastiques sont encouragées par le Concile d'Aix-la-Chapelle en 816. Pendant tout le Moyen-Age, la France est le premier exportateur de vin. 

     Dans l'église primitive, le fidèle se donne lui-même la communion, il peut même emporter chez lui des fragments de pain consacré pour communier en cas d'urgence. Jusqu'au XIIIè siècle, il est admis à la communion sous les deux espèces. (L'orthodoxe continue cette tradition). A partir de cette époque, pour éviter les abus, le vin est réservé à l'officiant. Le concile de Constance tint bon contre les Hussites et celui de Trente contre les Protestants qui réclamaient la double communion.La "consécration de l'eucharistie" : miracle par lequel Jésus devient présent dans les epèces consacrées. Au concile de Latran de 1215, il fut décrété que toute la substance du pain et du vin était changée en chair et en sang de Jésus : "transsubstantiation". Le concile de Trente promulgua à nouveau ce dogme.

Dès le XIIème siècle, fuyant les pillages de Vikings sur les bords de la Loire, des moines de Saint-Martin de Tours récupèrent des terres à Chablis grâce à Charles Le Chauve. Il se produira une concurrence directe avec les moines cisterciens de Pontigny. Et à l’arrivée une grande qualité du vin de Chablis.

On raconte aussi qu’un moine de Sancerre aurait utilisé vers 1040 son abondant vin pour l’associer au mortier servant à reconstruire son église détruite par le feu. Au XIIIème siècle, sainte Hildegarde ajoutera du houblon à la cervoise aromatisée au gingembre. On aura la bière. Au XIVème siècle, les papes français d’Avignon font couler le vin à flot dans la cité dénommée la “Babylone du siècle”. Tavernes et maisons de passe contribuent à ce surnom. Le pape Jean XXII y aura fait planter le “chateau neuf” (du pape). Sous Henri IV toutes les provinces donnent du vin, exceptés Normandie et Picardie, puis la Bretagne, qui préfèrent le cidre. Louis XV interdit les nouvelles plantations afin de limiter la production de vins médiocres. Les progrès techniques favorisent l'apparition de vins de qualité. La notion de "cru", référence de qualité, n'émerge qu'au XVIIIème siècle. Trois régions s'affirment : la Bourgogne, la Champagne et l'Aquitaine. Louis Pasteur localise les micro-organismes à l'origine de la fermentation. Il met au point la "pasteurisation" permettant notamment d'éliminer les bactéries aigrissant le vin. La rapidité des transports concourt à une meilleure qualité de conservation des vins. De nos jours le vin biologique et sans sulfites ajoutés permet une plus saine dégustation.

Parmi les découvertes de Christophe Colomb de 1492 à Cuba ou des Portugais au Brésil, le tabac mettra du temps à trouver le succès. Il faudra attendre 1559 pour que l’ambassadeur de France au Portugal, Jean Nicot, soigne son cuisinier avec un emplâtre de cette plante. 

 

 

 

Jean Nicot et son « médicament ».

 Le pétrin de poudre envoyé pour soigner les migraines de Catherine de Médicis lancera une mode et les apothicaires distribueront du tabac sous forme de lavements ou de purges. Bien que les brésiliens l’appellent “petun”, la plante sera l’herbe à Nicot (nicotine), mais aussi l’herbe sainte. Au début du XVIIème siècle on lui donnera nom de “tabago” provenant du roseau qui entoure les feuilles roulées. On le prise, on le chique et on le fume “en pipe”. Mais d’autres pays considèrent le tabac comme du poison : en Perse on coupe le nez aux priseurs et les lèvres aux fumeurs; en Turquie on perce le nez avec un tuyau puis on promène le damné sur un âne; enfin au Japon on devient alors esclave...

L’époque moderne pointe son nez

     La "Renaissance" est cette période qui s'étend du règne de Louis XII (1498) à l'assassinat d'Henri IV (1610). Avec les fastes des cours princières d'Europe, le renouveau artistique et scientifique sera aussi celui des herbes aromatiques qui complètent les épices mais surtout des consommations de légumes (artichauts, aubergines, asperges, choux-fleurs, concombres, melon, ..); des légumes auparavant ignorés car "poussant dans la terre", trop "peuple" devant s'abaisser à ramasser sa nourriture. L'apport des relations avec l'Italie et Catherine de Médicis sera décisif. Si les fruits sont également appréciés, les pâtes mettront du temps pour devenir un produit habituel contrairement au sucre qui détrône le miel ancestral sur les tables. Le "couvert" est une façon de couvrir son écuelle au Moyen-Age, par crainte d'empoisonnement. La fourchette est l'amie du péché de gourmandise et ne sera généralisée qu'au XVIIIè siècle. Même l'élégant Louis XIV mangeait avec ses doigts...Cependant, malgré son immense fortune, il devait lui aussi au terme de sa vie, s'adonner aux bouillies et mets hâchés. On y perdait alors facilement ses dents avec le grand âge.  Pour la cuillère et le couteau, chacun en avait comme compagnon de voyage. D'ailleurs ce couteau individuel qui se déplie avec sa pointe fine survivra dans nos campagnes jusqu'aux années 1960.

L’agriculture moderne tient dans l’oeuvre retenue dans l’ouvrage de 1600 de l’agronome calviniste Olivier de Serres “Théâtre d’agriculture et mesnage des champs”. Mais ce sera le fin M. de Sully, Maximilien de Béthune, qui fera autorité et déclarera : “labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France”.

Période de prospérité achevée avec l’assassinat du bon roi Henri. Sous les deux cardinaux-ministres qui lui succèdent les impôts doublent et les famines – “des orties, ils font leurs soupes” – , la peste et les guerres font des ravages. En 1675, Madame de Sévigné rapporte que les “bonnets bleus”, coiffure des pêcheurs de Cornouaille et région de Carhaix (Poher), demandent la suppression de tous les droits seigneuriaux comme “attentatoire à la liberté de la province Armorique”. Ils décident d’envoyer six députés aux Etats provinciaux et rédigent un “CODE PAYSAN” : abolition des corvées, des dîmes, de la banalité du moulin et réduction des droits sur le vin reçu de l’étranger. L’argent des “fouages anciens” devra être employé à acheter du tabac, distribué avec le pain bénit aux messes paroissiales. Le droit de chasse sera réglementé (à interdire du 1er mars au 15 septembre); les colombiers seront rasés; pleine liberté sera rétablie pour tous de tirer sur les pigeons; recteurs et curés seront salariés par leurs paroissiens; la justice ne sera plus rendue par le seigneur mais par un juge salarié; les mariages seront permis entre noblesse et paysannerie; les successions seront partagées équitablement... En fait, il faudra attendre encore un peu. 1675, également année de la révolte des “bonnets rouges” et du “papier timbré”.

 

 

Plaque de la rue du Papier Timbré à Rennes (photo de XIIfromTOKYO).

Le siècle des Lumières

En 1700 le royaume de France totalise 21 millions d’habitants, soit un Européen sur quatre. On aura ensuite 75 années, dit un presque siècle des “Lumières”avec des révolutions des esprits, de l’agriculture et de la technologie. Le servage royal sera aboli en 1779.

     Et nos colonies aux "Antilles" : bien que Louis XIII ait interdit par décret leur esclavage - les français étaient venus pour les évangéliser - les Caraïbes (Callinagos) ont du s'exiler sur les îles de la Dominique et de Saint-Vincent suite au traité signé en 1660 avec les colons. Les Petites Antilles avaient précédemment été peuplées par des Amérindiens venus du delta de l'Orénoque (Vénézuéla) : les ARAWAKS, des agriculteurs, chasseurs et potiers . Selon le "Petit Robert", le terme "cannibale" proviendrait des Caraïbes antillais qui pratiquaient certains rites anthropophages avec une pratique rituelle et non coutumière : seuls étaient mangés les guerriers Arawaks valeureux dont ils espéraient acquérir la force. Les Callinagos pratiquaient la culture sur brûlis et l'irrigation. Ces grands chasseurs, guerriers redoutables, étaient aussi à la période de l'arrivée des européens en 1493 des "nomades de la mer" allant de la Guyane à l'est de l'île de Saint-Domingue. Avec leur "Code noir" de 1685 les colons français ont fait des esclaves des "biens meubles", les plaçant ainsi au même niveau que les animaux ou les outils de travail. Les maîtres étaient tout-puissants, jusqu'à punir de torture et de mort les "marrons" (fugitifs" repris). Aboli une première fois par la Convention en 1794, l'esclavage est rétabli par Napoléon en 1802 - à la demande de Joséphine de Beauharnais son épouse créole! Bien qu'interdit en 1815, il faudra attendre la deuxième République de 1848 et Victor Schoelcher pour abolir l'esclavage. Il y avait alors 73 500 esclaves en Martinique sur une population de 125 000 habitants, et 87 000 esclaves en Guadeloupe, pour 130 000 habitants (dont 30 000 "gens de couleur" libres). L'abolition entraîna une baisse de la production sucrière, par manque de main d'oeuvre. Pour y remédier, des travailleurs indiens et chinois, sous-payés,mais aussi des Syriens du Liban, furent amenés dans les îles à la fin du XIXème siècle (25 000 en Martinique et 40 000 en Guadeloupe). L'esclavage a enrichi la bourgeoisie au XVII et XVIIIè siècles permettant à une classe sociale émergente de s'imposer face aux aristocrates. On aura compté 3 317 expéditions partant par ordre de Nantes, Le Havre, La Rochelle, Bordeaux et Saint-Malo, ainsi que 12 autres ports de France. Au XIXème siècle, l'empire colonial recule avec la vente de la Louisiane en 1803 et l'indépendance de Saint-Domingue (Haïti) en 1804, avant de regagner du terrain sous la Restauration et le Second Empire avec la conquête de l'Algérie en 1830. Puis s'ajouteront l'Indochine, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie, le Sénégal et les Côtes de Guinée et du Gabon...

     La langue créole s'est constituée à partir de la mise en contact de dialectes français (normand et poitevin) et de langues d'Afrique de l'Ouest. La musique, aux Antilles, a emprunté à la valse et à la mazurka européenne, mais aussi à des rythmes africains. Alors que Aimé Césaire aura cherché  à retrouver avec un outil de combat l'héritage africain des Antilles, la "Créolité", outil d'existence,  se définit comme "ni européens, ni africains, ni asiatiques, mais créoles".

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     "La mémoire des paysans, chronique de la France des campagnes 1653 - 1788" Jean-marc Moriceau

     "Jusqu'en 1700 les fléaux de la nature se conjuguent avec les destructions des guerres et la pression fiscale. En 1683, une terrible famine frappe le pays de Craon (Mayenne) et on broie des racines de fougères pour faire du pain car le prix du blé est trop élevé. Le sarrasin, le blé noir qui ne gèle pas ,semé en mai, a sauvé des populations de la famine. Le dérangement du temps est une hantise. Les rendements du blé varient entre 7 et 8 quintaux par hectares, dix fois moins qu'aujourd'hui. Et on mange cinq fois plus de pain, environ 1 kg par jour et par personne. C'est l'essentiel de l'alimentation. En 1788, des pics de froid à moins 20°C sont enregistrés, ça ruine les récoltes et crée des tensions sociales au début 1789. L'histoire du monde paysan est aussi faite de sécheresses ou des inondations qui impactent les récoltes, des impôts, de la guerre, de la peste, du typhus, de la fièvre aphteuse, des attaques de loups...  A partir de 1750, les marchands ambulants qui vendent des mouchoirs, peignes, miroirs ... apportent aussi les idées des "Lumières". La population a pris conscience de l'accroissement des inégalités. De plus en plus de paysans vont à l'école, savent lire et écrire. Environ 50 à 60% des hommes contre 25% au XVIIè siècle. Ils sont réceptifs à la lecture des journaux." O.F. Guillaume Le Du

     Retour en France, même si l’on passe d’un âge moyen de 20 ans des décès au début du XVIIème siècle à 29 ans à la fin du XVIIIème, la moitié des enfants n’atteignent pas l’âge adulte. Entre 1740 et 1789, sur 1000 enfants nés vivants, le nombre de survivants est de 525. On dit qu’il faut “deux enfants pour faire un adulte”. La mortalité infantile d’enfants de moins d’un an est estimée à 20%.

Toutefois, en raison des familles nombreuses, en 1790 la population sera de 27 millions, dont 22 sont des ruraux. Entre-temps la famine de 1770 donnera l’opportunité à l’Académie de Besançon de proposer des végétaux qui pourraient suppléer en cas de disette. Huit mémoires mentionnent la pomme de terre avec un premier prix pour Antoine-Augustin Parmentier. Ce pharmacien entré dans l’armée à 20 ans avait été capturé par les Prussiens où il avait eu pour ration ce légume. A l’occasion de la Saint-Louis, il fera préparer à la table du roi louis XVI vingt plats différents à base de pommes de terre. Il convaincra les citadins en faisant garder de jour mais pas de nuit la plaine des sablons à Neuilly où sont plantées des pommes de terre. 

Rien de tel pour stimuler l’envie de pommes de terre, et on y vole les plants de l’ancienne “papa” d’Amérique du Sud.

 

 

 

 

 

La tombe de Parmentier au cimetière du Père Lachaise.
Elle est régulièrement « fleurie » de pommes de terre.

 L’hiver qui précède les premières grandes dates de la Révolution est rigoureux. Il commence le 25 novembre 1788 pour s’achever le 20 janvier 1789. On tue du bétail faute de pouvoir l’abreuver. La liberté d’exporter le grain fait que les greniers sont vides dès 1788 et que les prix augmentent.

Partant du Dauphiné puis de Rennes la révolte gronde... pour finir en Révolution nationale.

Alain Gouaillier le 02/09/2019

Sources principales :

  • Les Paysans de France” d’Arthur CONTE, "Télérama" 2003

 

 

                             1 - La Civilisation des Riedones, la "Bretagne préhistorique"  

                             2 - extraits "César la guerre des gaules"

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                             1- La Civilisation des Riedones     

 A / Le Peuple des Riedones  B / Traces archéologiques C /Voies romaines (Acigné, Le Mans, Angers)   D/Peuplements/Condate      E/ Acigné/Servon  

                                

 

      Des arpentages (Acigné, Laillé, Langon, Redon, Pacé, Melesse, Chateauneuf, ...) : avec des champs disposés en portions de 710 mètres de côté, des séparations s'appelant des "limes" (chemins, fossés, ..). Découvrez l'étude (ci-dessous) de l'arpentage d'Acigné/Servon, son "Vieux Grand Chemin" qui franchit la "Vilaine" et deux nouveaux tracés de la voie romaine Rennes/Le Mans. 

  A - Le Peuple des Riedones

             Pour les "Bretilliens"(terme récent désignant les habitants d'Ille-et-Vilaine), il convient de connaitre cette civilisation dont ils sont issus; il en va de même pour ceux dont cet espace est devenu demeure de résidence, ainsi que toute personne curieuse d'Histoire. Le responsable de la revue "Archéologie en Bretagne"- René SANQUER- m'aura autorisé en 1990 à faire parcourir cet ouvrage d'Anne-Marie ROUANET-LIESENFELT :"La Civilisation des Riedones". Alors "Riedones" ou "Redones"? Rennes n'est pas "Riennes" et "Redon" "Riedon"../...Prenons le temps en partageant quelques extraits de l'ouvrage cité qui, en 1980, penchait pour un peuple de "Riedones":

    "On connait depuis 1868 l'inscription trouvée dans le rempart de Rennes qui mentionnait la (civ) itas ried (onum). On a alors désigné le peuple de "REDONES" que semblait appuyer la tradition littéraire. Les manuscrits de la "Guerre des Gaules" de César donnent la forme "Redones et parfois Rhedones". Cependant, la découverte de dédicaces de 1968 (T.Flavius Postuminus) se lisent au III ème siècle "Civitas Riedonum" et ainsi la forme "RIEDONES" s'emploie-t-elle dorénavant.                                                                                                                      

     RIEDONES : ce terme se décompose en un radical "Ried" et un suffixe -ones qui apparaît dans la formation de nombreux ethniques gaulois comme Santones, Pictones, Suessiones, .. Cette racine s'apparente à "Reidh" "conduire, être en mouvement" de langue celtique. Le gaulois "Reda" fait des Riedones "les gens aux chars" (lire dans la "Guerre des Gaules" la Bretagne (Grande-Bretagne) dont les habitants utilisent des chars au combat, mais l'image s'arrête là). Toutefois, la racine celtique "reidh" a pris des directions divergentes : "reidos" = mouvant, de parcours facile, a pris le sens d'"aisé, libre"; ainsi dans le gallois "rhwydd" et dans l'irlandais "reid". D'un autre côté, "reidos" "de parcours facile" a donné le sens de "dégagé, libre".On peut également se laisser tenter par "conduire, être en mouvement" avec ces habiles cavaliers bretons lançant leurs javelots à la fameuse bataille de Ballon près de Redon en 845... (rubrique Royaume de Bretagne, Légendes). 

     Autre hypothèse : le mot "RIED", dérivé de l'alemanique "RIETH", et qui se prononce "Rid" en alsacien, signifie "jonc" (roseau). En anglais "REED", le roseau. Le "RIED" d'Alsace, mais qui est également appelé ainsi en Bavière, Suisse, Autriche et Pays-Bas, désigne une région composée de prairies inondables, de haies et de petits massifs boisés qui créent un bocage ou un marécage. Ce "RIED" peut s'apparenter aux régions de marais de Redon (et le secteur de Ballon)  avant constructions au XXème siècle de plusieurs barrages. Les "RIEDONES" seraient les habitants d'un "RIED"?

     Les recherches actuelles soulignent que les Riedones peuvent être : les "rapides, les libres ou les généreux"; ou les "charretiers"; conducteurs de "chars". On retient surtout l'idée de "cavaliers" ou "conducteurs de chars". D'ailleurs, sur leurs monnaies, les Riedones sont surtout représentés en cavaliers.

     Pline L'Ancien, naturaliste mort en 79 de notre ère, auteur de 37 ouvrages "Histoire naturelle" : "Les Rhedones dont la ville est Condate 20°40 - 47°20"; des textes conservés au Musée de Rennes "CIVITAS RIEDONVM PERPE" (RIED) sont en l'honneur de Titus Flavius Postuminus, prêtre de Rome et d'Auguste, qui fut le premier à être honoré par la civitas des Riedones du flaminicat perpétuel de Mars Mullo.

     Inscription dite de la Porte Mordelaise à Rennes/Condate : "A l'empereur César Marcus Antonius Gordien, pieux, heureux auguste, grand pontife, revêtu de la puissance tribunicienne, Consul, le Sénat des Riedones" IMP (eratori) CAES (ari) M (arco) ANTONI (o) GORDIANO PI (o) FEL(ici) AVG (usto) P(ontifici) M (aximo) TR (ibunicia) P (otestate) CO (n)s (uli) O (rdo) R (iedonum).

     La Conquête romaine : En 57 avant JC, Publius Crassus (que César avait envoyé avec une légion anéantir la flotte des Vénètes (Morbihan).. ) cite les Riedones, "peuples marins riverains de l'océan",... et lui fit savoir que tous ces peuples avaient été soumis à Rome. Les Riedones formaient un peuple groupé autour du confluent de l'Ille et de la Vilaine car le nom de leur capitale "Condate" est un toponyme gaulois fréquent, que portent aussi le confluent de la Saône et du Rhône, près de Lyon (là où se dressait l'Autel Fédéral des trois Gaules), celui de la Seine et de l'Yonne, et bien d'autres encore... "Kemper", le nom breton de "confluent".

     Soumission fragile : les Riedones, nommés par Jules César "Redons", participèrent au grand soulèvement de Vercingétorix; pour l'armée qui devait secourir Alésia on demanda 20.000 hommes (à l'ensemble des 7 états formant l'Armorique).

Nota :  ARMORIQUE : "Arvorig" est l'équivalent breton de "ARMORICA", terme qu'utilisait Jules César pour désigner les peuples gaulois du bord de mer du Finistère à la Seine. C'est au IVè siècle que les Romains réutilisent le mot "ARMORIQUE" pour une circonscription administrative de l'Empire allant de la Garonne à la Seine. Quand les Bretons d'Outre-Manche s'installent sur le continent, ils appellent leur terre "BRETAGNE ARMORIQUE" pour la différencier de la Grande-Bretagne. En breton, le premier dictionnaire en 1499 nous donne "ARMOR ou ARVOR", "terre après la mer". En 1582, Bertrand d'Argentré intitule la première carte connue du duché "Description du pays "ARMORIQUE" à présent "BRETAIGNE". Bernez ROUZ

         
B - TRACES ARCHEOLOGIQUES

    Malgré les traces archéologiques nombreuses les prédécesseurs des Riedones nous sont mal connus. D'eux nous restent des haches de pierre, ou de bronze, à talon ou à douille, des armes, épées, pointes de lances ou de javelots, les traces d'un atelier de fondeur à Janzé, des bijoux, bracelets, lunules en forme de croissants, mais surtout le très beau "torque" trouvé à Cesson qui est conservé au Musée de Cluny.

    Dès l'Age du Bronze le TORQUE - qui apparait en même temps que l'épée - fait partie de la panoplie de protection des guerriers. On le trouve aussi bien chez les Hittites que dans l'Egypte Pharaonique. Ils étaient portés par les chefs de guerre pour se protéger des coups d'épées portés au niveau de la tête et du cou. Les torques étaient accompagnés de casques protège-nuque et protège-joues. Quant aux simples guerriers qui ne pouvaient s'offrir ces équipements, ils se laissaient pousser les cheveux qu'ils tressaient en nattes serrées afin de se garantir des tranchants d'épées cherchant les décapitations ou les blessures au cou. Progressivement, le torque en or et finement orné est devenu une parure de notable.

Ajout AG :"Notons la découverte en 1972 de bracelets de l'époque du Bronze (1000 ans av JC) près de la "Motte"d'Acigné. Ces bracelets avec des motifs géométriques avaient été incisés au burin." Des galons ont été réalisés à Lyon pour le "Moulinet" afin d'orner le bas des robes du groupe évoluant en costumes. A découvrir également sur le site du "Musée de Bretagne" www.musee-bretagne.fr ou www.leschampslibres.fr (rubrique Consulter en ligne, Collections -en partage - écrire "Acigné" : photographies,...) Ci-dessous : galon et bracelet bronze,une des quinze urnes cinéraires découvertes allée des Onglées d'Acigné. 

                                 Urne funéraire acignolaise    

Les Riedones de l'époque celtique frappaient des statères d'or ou d'argent fourré de cuivre d'origine macédonienne. : "au droit la tête masculine laurée à droite, au revers un cheval au galop, le plus souvent à droite, conduit par un aurige, armé d'un fouet terminé par un vexillum et sous le cheval une roue à huit rais". On a trouvé des statères d'or à Liffré et Noyal-sur-Vilaine...

   

   Nota AG : Ces statères en or ont été frappés à partir du 3ème siècle av J.C. Deux statères de gauche : " Riedones aux cheveux bouclés;  "cavalier chevauchant", qui tient dans la main gauche une EPEE courte et dans la droite un BOUCLIER ovale. Sous le cheval, LYRE debout à trois cordes; devant le cheval, au rendu très maigre, une rosace à sept ou huit branches."  statères de droite : 2ème s. av J.C., un cheval surmonté d'une LYRE et une ROUELLE à six rayons; la "cavalière" avec une épée, un bouclier, une LYRE typique de l'Est du Pays des "Redones".

         

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Statuette de JUPITER - TARANIS (La Bouëxière), l'énigme de "Rallion"

    

Décembre 1930, Théodore BOUTROT, cultivateur à la Blandinière dans la "Lande de Villeroy" en La Bouëxière (35), près de la nécropole de "Rallion", retourne un talus tout en abattant un if. Il découvre une statuette de bronze haute de 13 cm, représentant un homme nu seulement chaussé de sandales. Elle datait de la période gallo-romaine. Son authenticité est indiscutable, la patine qui la recouvrait ne pouvait avoir été créée en laboratoire (Victor COUEY membre de la Société  Archéologique d'Ille-et-Vilaine "Les découvertes de La Bouëxière" BSA I et V LX 1934 - 1935, p.143).Cependant sa description développée illustre le peu d'intérêt "expression niaise..., corps naïvement modelé, bras et jambes trop longs, les pieds trop grands. Ce n'est pas, malgré le mouvement élégant de l'ensemble une belle oeuvre d'art et son intérêt ne réside que dans ce qu'elle a d'énigmatique." On imagine donc la facilité avec laquelle cette pièce a pu rejoindre les collections d'un propriétaire privé plus perspicace! Elle disparait, devenant l'"énigme de Rallion"...

     Au jugement de Lantier à la Société des Antiquaires de France du 16/12/1934, le personnage masculin est représenté nu et debout sur un petit socle, orné d'une plinthe,

     les pieds chaussés de "COTHURNES" Nota : erreur, chez les Grecs et les Romains, chaussures de cuir enserrant la jambe jusqu'à mi-mollet et se laçant par devant.Parlons alors de sandales,

un bouclier ovale dans le bras gauche : Nota : autre erreur, le bouclier est "Polygonal",

tenant fermement de la main droite un SERPENT à TETE HUMAINE, s'appuyant sur ce serpent comme sur un bâton.Sa tête offre des traits fortement accentués, un menton court et proéminent, des joues aux larges méplats, un nez fort, des arcades sourcillières profondes abritant de lourdes paupières, dans lesquelles sont enchâssés deux yeux, en LAPIS - LAZULI : cette pierre polie couleur bleu azur est réputée pour réduire le stress, les migraines et insomnies ou l'amélioration de la vision nocturne. On la portait sur le front entre les yeux comme un troisième oeil - Nota : ici les pierres seraient deux yeux aux globules larges.

Ces yeux avec l'apport lapis-lazuli sont des indices d'une provenance étrangère, un individu de légion étrangère de l'armée romaine, selon la Société d'archéologie (Article du 7/2/1935 L'Ouest-Eclair où le journaliste parle même de "petit dieu égyptien"...La chevelure qui couvre le front est plaquée au crâne en mèches rigides. La tête humaine du serpent reproduit des traits identiques".

     Lantier rapproche la statuette de la plaquette de terre cuite de "CORBRIDGE" qui figure un "JUPITER gaulois", portant le casque, le bouclier, un bâton coudé (symbole du serpent) terminé par une tête de massue striée; en arrière est une ROUE RADIEE. Corbridge est un site romain au nord de l'Angleterre, proche du mur d'Hadrien.Une autre statuette, du même type, fut trouvée à l'oppidum de Boviolles à NAIX en Lorraine. Or, P.Lambrechts établit que le DIEU de la ROUE, appelé le JUPITER GAULOIS, est la même chose que TARANIS, dieu de la guerre, que figure la plaque de CORBRIDGE : c'est encore lui que représente la statuette au bouclier de la Bouëxière. Nous aurions donc affaire à une preuve, unique chez les RIEDONES, d'un culte de JUPITER GAULOIS - TARANIS. Le "Dieu de la roue" : c'est à ce culte que se rapporteraient les "AMULETTES" en forme de "ROUELLES" que l'on découvre par milliers en Gaule et qui semblent avoir été portées en collier. Or, un grand nombre de ces "ROUELLES" ont été trouvées dans la "Vilaine" (cf S.REINACH, Bronzes figurés de la gaule romaine, Paris, s.d., p.34) parmi des pièces de monnaies. Nous aurions donc là une preuve complémentaire de la vénération des RIEDONES pour TARANIS. Ayant déjà admis l'incinération, l'influence romaine a introduit chez les RIEDONES le nom de deux de leurs divinités.

     JUPITER, dieu romain qui gouverne la terre, le ciel et les êtres vivants, associé au dieu grec ZEUS. Par syncrétisme, on associe TARANIS, dieu du ciel et du tonnerre qui tient une ROUE, symbole du roulant du tonnerre et des révolutions terrestres. De la main droite il brandit la foudre et porte à l'épaule un cercle sur lequel sont accrochés des esses (éclairs).

     Venant de la voie romaine par Servon, Acigné et Cesson, on accédait à Condate (Rennes) par l'une des quatre portes, celle de "BAUDRAëRE" (rue Baudrairie). C'est à la hauteur de l'ancien pont Jean-Jaurès qu'on a trouvé un TRESOR avec l'amas d'une dizaine de milliers de pièces de monnaies d'or et d'argent qui s'étagent des temps républicains à la fin de l'Empire, sur une période de six siècles. Il s'agissait d'offrandes au fleuve de la Vilaine. Ce trésor aurait aussi été complété  vers 275, à une date où l'Empire romain subissait les attaques des tribus germaniques. Le pont Jean-Jaurès : appelé "pont de Berlin" en hommage à la Grande Armée qui marche sur Berlin en 1806, la population rennaise demanda le changement de nom en pont Jean Jaurès en 1915. Reliant la haute et la basse ville en créant une perspective depuis le Parlement, il fut construit avec une seule arche en 1835. Mais il s'écroule en 1837 pour s'ouvrir durablement en 1839. Il reliait la rue de Berlin (devenue Jean Jaurès) à la rue Maréchal Joffre. L'emplacement du pont où passait 200 tramways par jour laissa place dans notre période contemporaine à un recouvrement de la Vilaine.

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  Fort heureusement, la statuette a refait surface chez un antiquaire parisien qui demandait une autorisation pour l'exporter aux Etats-Unis. Et elle a rejoint le Musée de Bretagne par une acquisition de 55 000 euros, financée en octobre 2003 pour moitié par Rennes Métropole et pour moitié par le Fonds d'acquisition régional qu'alimentent conjointement l'Etat et la Région. La conservatrice, Françoise Berretrot, indique "une datation comprise entre le 1er siècle av J.C. et le 1er siècle ap J.C. Si les caractéristiques de la statuette sont romaines (bouclier, sandales); le traitement du visage, les pommettes hautes, les cheveux, le traitement de l'arme à figure humaine casquée, sont d'influence celtique". Elle précise que le travail de l'artiste est remarquable car "fait en une seule coulée".

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     Une anecdote avec la présence d'un IF : la statuette se trouvait dans un talus, prise entre les racines d'un if, et abritée sous une large pierre plate qui semblait placée là, exprès. Rien ne l'accompagnait. La présence d'un if est tout un symbole : c'est l'arbre qui représente autant la mort que l'éternité. Il est très présent en Irlande, Pays de galles, Angleterre, Normandie et Bretagne où il orne nombre de cimetières. L'if peut aussi donner la mort en servant à l'empoisonnement. César cite celui d'un chef Eburon (guerre des gaules VI - 31). En gaulois, l'if se nomme d'ailleurs "eburos". Les ifs femelles produisent des arilles, baies de couleur rouge, parfois jaune. On peut sucer la graine ou l'ingérer mais il ne faut pas la mâcher sous risques de fortes diarrhées ou de mort. Si l'oiseau ne s'intoxique pas c'est qu'il rejette la graine non broyée. Mais il n'en va pas de même pour les chevaux ou le bétail.

     Les archers gallois puis anglais étaient très réputés avec leur "longbow" (arc long) car l'if est un bois très souple et résistant. Cet arc de deux mètres fut utilisé pendant la guerre de Cent ans (1337 - 1453). Il pouvait atteindre une cible distante de 250 mètres avec 16 tirs minute à 200 km/heure. L'if est imputrescible, résistant à l'humidité et aux moisissures. Pouvant vivre 1 000 à 2 000 ans, avec son feuillage persistant, l'if est un conifère non résineux qui pousse très lentement. Il symbolise l'éternité sur terre ou ailleurs. On hésite à brûler des branches d'if dans les cheminées, craignant une intoxication. On craint de dormir dans un lit fabriqué avec l'if ou de déguster une soupe empoisonnée avec des rameaux... Arbre de l'éternité et de la mort il peut aussi devenir le "médecin des forêts". Des molécules extraites d'if du Pacifique peuvent soigner des cancers du sein, des ovules et du poumon. Un dicton indique : "tenir un bâton d'if dans ses mains est positif pour la prospérité et la santé du corps".

     Le lieu en La Bouëxière : la toponymie donne une origine gallo-romaine : Buxeria, le buxus, le buis. Chercher dans un lieu portant le nom de "bouëxière" donne toujours de bons résultats. Les gallo-romains entouraient leur villae de buis.

Le buis est très utilisé pour fabriquer des instruments à vent. Il possède une bonne longévité, jusqu'à 5 ou 600 ans. Il partage avec l'if l'aspect médicament ou poison ( la plante est toxique alcaloïde avec une action paralysante). L'if quant à lui est l'arbre des luthiers.

     Le Président de l'Association "BUXERIA", Histoire et Archéologie de La Bouëxière, trouve "pertinent la remarque sur les amulettes en forme de rouelle (dieu Jupiter Taranis) car il lui semble en avoir vu parmi des objets collectés sur la commune par un prospecteur. Concernant la toponymie de la Bouëxière, il indique qu'il a souvent entendu les anciens prononcer "La Boissière" (prononcé "Boëssière" sans le "x"). En gallo cela désigne un lieu boisé.

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     Quand Auguste organisa la Gaule en 27 av JC les Riedones, qui étaient déjà une unité constituée, formèrent l'une des soixante "Civitates" de Gaule. L'empereur leur affecta le territoire qu'ils possédaient déjà au temps de leur indépendance, approximativement le département d'Ille-et-Vilaine. Au nord la question se complique : les Riedones atteignaient-ils ou non la mer? Par la "Notitia dignitatum", nous connaissons un corps de "milites Martenses", en garnison à "Aleto", chargés du littoral, de l'embouchure du Gouët à celle du Couësnon. Là, ils étaient relayés par les "Milites Dalmati d'Abrincatuis" (Avranches). "Martis" et "Martenses", Fanum Martis (Corseul), capitale des Coriosolitae, amènent à penser que ALET (o) - Saint-Servan de nos jours - était Coriosolite; et qu'elle était sans doute devenue leur capitale aux IVe et Ve siècles au détriment de Corseul.

     Nota AG : Avec la décision du "TRACTUS ARMORICANUS et NERVICANUS" gérant la surveillance des côtes à partir de 370, la côte nord est confiée aux Coriosolites (signalé dans la Notice des Dignités, "Noticia Dignitatum", de 425).

        Les "BASILICAE" (Bazouges) étaient des marchés installés auprès des limites de cités.(sur la carte Ier et IVè siècle)

                                                                                               

     La frontière Nord/Ouest de l'évêché de Rennes, de Cintré à Bazouges-la-Pérouse est très artificielle, jalonnée par les bourgs des "Bazouges" sous-Gévezé, sous-Hédé et la-Pérouse; plus loin encore à l'est c'est Bazouges-du-Désert. Le toponyme "basilica" (d'où Bazouges) n'apparaît qu'au IVè siècle après J.C. Quant à Feins ce toponyme vient de "fines" et commémore les bornes que les Romains plaçaient sur les voies au passage d'une frontière.

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     Nota : Les bornes routières, en forme de colonne, portaient une inscription destinée à marquer les distances en milles romains d'environ 1 480 mètres. Leur hauteur varie entre 2 et 4 mètres pour un diamètre de 0,5 à 0,8 mètres. On peut trouver des bornes exprimées en lieues gauloises de 2 215 mètres ou romaines de 2 222 mètres. Ce sont des bornes "leugaires". La lieue (leuga ou leuca) est utilisée en Gaule et en Germanie. Sur les bornes des voies romaines, l'inscription est souvent abrégée LEVG ou L. Le mille de 1 000 pas vaut environ 1, 472 km. La lieue romaine est calculée par 1,5 mille, soit 1 500 pas qui représentent environ 2 222 mètres. 

L'ARMORIQUE

     "Armoricae" formé de "are" et "mor", voulant dire "proche de la mer", la formule de César "civitates maritimae qui Oceanum attingunt" est la traduction latine du terme gaulois. Une "civitates" peut être proche de la mer sans l'atteindre. Ce serait le cas des Riedones séparés de la baie du Mont-Saint-Michel par une bande très étroite du territoire des "Coriosolitae". L'Armorique d'avant César  -"Aremorica" en gaulois - s'étendait de l'estuaire de la Loire à celui de la Seine.

     L'origine du diocèse de Saint-Malo. La "noticia Gallarium" au Vème siècle ne connait pas la "civitas Coriosolitum" (Coriosolites) mais "Coriosopitum".  coriosoliteDeux civitates différentes ou la même dont le nom aurait été déformé ? Voir la carte désignant un peuple de "Corisopites-Venètes"au sud des "Ossismiens" et différenciés des "Coriosolites".  

 

  Au VIIème siècle Saint-Malo a fondé son évêché qui eut pour siège Alet(h) (Saint-Servan) jusqu'au XIIème siècle. Alet (h) était très probablement la capitale Coriosolite au IV et Vème siècles. Et sans doute rattachée à l'évêché de Quimper. Il est également avéré que l'évêché de Dol qui, du IXè au XII èmes siècles, eut des prétentions à devenir métropole de Bretagne, est une création de NOMINOE destinée à renforcer le pouvoir des évêques bretons contre celui des évêques francs partisans des Carolingiens.

 

     

C - LES VOIES ROMAINES : Rennes/Acigné/Le Mans/Angers et Rennes/Jublains

L'ouvrage : "on peut signaler la voie Vannes (Darioritum) Le Mans (Subdinum) qui passait par Condate, Cesson et Acigné (Pont Briand)."

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    Nota : Depuis 1987, le CERAPAR (Centre de Recherches Archéologiques du Pays de Rennes), basé à Pacé, est l'interlocuteur privilégié du Service Régional d'Archéologie. Plusieurs déplacements sur Acigné, dont une démarche d'archéologie aérienne, permettent depuis 20 ans d'émettre d'autres hypothèses, alors que l'ouvrage "La Civilisation des Riedones" (1980) n'offre qu'un seul tracé sud.

                                                                                 

Tracé grand chemin Acigné-Paris; au nord,la voie Rennes - Bayeux est en réalité Rennes - Jublains

     La voie Rennes /Acigné/Le Mans/Angers 

     1) Cette affirmation (tracé sud) proposée par Banéat, un historien du début du XXè siècle, s'ajoutant à l'existence d'urnes funéraires à proximité, dans l'allée des "Onglées", est problématique car peu conforme aux méthodes des géomètres romains. Ce tracé traverse deux fois la "Vilaine" "inutilement", se rallonge, se complaît dans des terrains bas et humides.", ce qui n'est pas habituel. D'ailleurs, la présence d'un chemin des "Gatinelles" (proche du champ Gatinel) démarrant après le "pont Maillé", peut être emprunté avant la zone inondable d'hiver, permettant alors un espace à sec sur cette période de l'année. L'axe Ouest/Est par le pont cessonnais et le"pont Briand"est toutefois souvent compromis sur cette période hivernale. 

 

Tracé voie romaine est-Acigné

     2) Tracé Nord, privilégié par Alain PROVOST à partir de l'analyse du cadastre napoléonien : le tracé passe au nord du "Plessis", route de Servon, traverse Acigné au nord des "Clouères" et rejoint le "Pont d'Ohin" en ligne directe. Il longe ensuite la route actuelle de Rennes en passant par la ferme même de "Monthélon", rejoint le rond-point "Pâtis du Moulinet" de Thorigné/Fouillard et l'échangeur de la quatre-voies. Ce tracé semble être le plus convainquant.
Le passage entre le nord du "Plessis" et la forêt de "Corbières" (extrémité de la forêt de "Chevré") fait l'unanimité. La voie passait également au nord de la "Heudinière" avec un "Vieux Grand Chemin" détruit vers 1950.

  3) Une "Troisième voie", intermédiaire, est envisageable et fait l'objet de recherches d'indices sur le terrain et dans le parcellaire ancien...

     Sur ces tracés, on ne trouve en rien les structures des voies romaines classiques et d'importance : largeur de 5,10 mètres, trois couches superposées : 0,16 m de marnes, 0,15 m de schistes, 0,40 m de cailloux roulés, noyés dans une terre argilo-sableuse. L'avantage des passages de voies romaines en forêts c'est leur fossilisation à travers les âges. En zones cultivées, le tracé peut persister sous forme de haies ou de chemins, mais les aménagements culturaux ont presque toujours complètement changé sa physionomie.

                                                

     L'association "Acigné Autrefois" est très présente dans le cadre de l'accompagnement à ces recherches www.acigne-autrefois.fr 

     La voie Rennes/Jublains (site gallo-romain en Mayenne) passant par Thorigné/Fouillard, et coupant dans la forêt de Rennes, est bien identifiée, en particulier en forêt où sa structure est bien conservée et a été l'objet de fouilles archéologiques conduites par le CERAPAR en 2006. On a longtemps considéré que cette voie menait vers Bayeux.

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    Chez les Riedones, la région étant toujours calme, les troupes romaines sont restées aux frontières. Les seules troupes présentes furent au Vème siècle des Lètes - francs, soldats-colons au nombre de 500 à 1 500 hommes. Des invasions et "Bagaudes" : après une grande invasion de barbares de 406 à 409, un mouvement social d'origine paysanne éclata, les "bagaudes", provoquant une sécession de l'Armorique entre 409 et 418. On essaya de se défendre par ses propres moyens puisque l'empereur Honorius s'en révélait incapable. En 435, nouvelle incursion des "Alains" du Caucasien Goar.

     L'immigration bretonne d'Ouest en Est commença vers 440 - 441. Sous la pression des Angles, Jutes ou Saxons, l'émigration bretonne (Grande-Bretagne), déjà amorcée depuis deux siècles, s'amplifia dans la seconde moitié du Vè siècle jusqu'à la fin du VIè siècle. L'Armorique, alors ruinée, ne put résister. A la fin du Vè siècle, quatre grands comtés bretons furent constitués : Bro-Erec (d'abord appelé Bro Waroch du nom du chef breton qui conquit ce territoire vénète), Cornouaille, Domnonée et Léon. Et trois comtés gallo-francs : l'est du Vannetais, Nantes (dans l'empire romain, deux noms sont portés : "Condivicnos/Condivincnum" et "Portus Namnetus", ce dernier nom évoluant fin d'empire en "Civitas Namnetum", nom du peuple. Le Haut Moyen Age en fit "Nametis" qui, après disparition du "e" non accentué, amena "NANTES"; le nom breton est "Naoned". Enfin, dernier comté : Rennes. Tenant compte de la toponymie, l'extension partie de Basse-Bretagne s'arrêtait au IXe siècle un peu à l'ouest d'une ligne Bourg-des-Comptes, Laillé, Bruz, Le Rheu, Gévezé, Vignoc, Langouët, Guipel, laissant à l'est Marcillé-Raoul et Roz-sur-Couesnon. Dans toutes les communes sises à l'Ouest de la ligne, on trouve des noms de lieux bretons ou en -ac, provenant de mots latins qui dans le reste de la "civitas" ont donnés des toponymes en - é; cependant, il s'agit, plutôt que d'une zone bretonnante, d'une zone mixte ou breton et roman ont été parlés simultanément, où les noms de lieux-dits ont évolué de deux façons.

     L'influence gallo-romaine domina toujours la "civitas" jusqu'à ce que l'Armorique reconnût la domination de CLOVIS, en 480, mais vraisemblablement après son baptême (496?) car les Armoricains n'acceptèrent l'alliance franque que parce que les Francs étaient chrétiens comme eux-mêmes (Procope "de bello gothico")

                                         CONDATE (RENNES), Capitale des Riedones

CONDATE, capitale des Riedones sous Auguste, lors de l'organisation de la Gaule Chevelue (27 av.J.C.), occupait une excellente position au milieu du bassin de Rennes, région la plus riche de la civitas. Les fleuves la défendaient de ses sinuosités et des marécages. Toutefois, posée sur une colline haute de 55 mètres,protégée sur trois côtés mais d'accès très facile à l'Est, la ville n'est pas un site de forteresse.                        

    Rennes I/IIIè s 1 Porte Mordelaise 2 Place St Michel 3 Pont Jean-Jaurès 4 Préfecture 5 Rue d'Echange 6 Rue Saint-Martin 7 Rue Hoche ,en grisé forte densité archéologique

    Rennes III/IVè s 1 Quai Duguay-Trouin 3 Rue de la Monnaie A Porte Mordelaise B Porte Aivière C Porte Baudraère D Porte St Michel 

                                      Le fleuve "VILAINE" a sa source en Mayenne et se jette dans l'Océan Atlantique au bout de 218 km. Grégoire de Tours , "Historia Francorum" IX, 9 cite la "Vicinonia". C'est de ce nom, ou de sa variante "Vicenonia", qui a donné la "Vilaine" par l'intermédiaire des formes "Visnogne", "Visnongne", "Visnègne", "Visnaine", selon J. Loth; par attraction paronymique - selon M. Dauzat 1946 - des mots île et "vilain". D'autre part, dans le "Cartulaire de Redon", on trouve les formes "Visnonia", "Vitisnonia", "Visnonius", "Visnonicum" flumen". "Visnonia", issu de la racine hydronymique pré-celtique "onna" (eau courante, rivière) et de l'indo-européen "ueis" (flot). En 1444, "Visnonia" devient "Villaigne".

     La "Vilaine" est reliée vers la Manche par le canal d'Ille-et-Rance jusqu'à Evran (Côtes d'Armor). Au sud de Rennes, elle se découvre en décor de "châteaux de la Loire" avec, entre autres, le "Petit Versailles Breton" à Bourg-des-Comptes, le magnifique château du Boschet (XVIIè s.) www.chateauduboschet.fr . Dans les années 1970, on a construit un barrage à Arzal (Morbihan). Les eaux des marées étaient ainsi freinées, permettant alors de maintenir le débit des eaux douces et neutralisant les crues régulières; sans toutefois calmer l'ardeur aux grandes marées à cause d'un écoulement trop lent. Malheureusement, l'évacuation de la vase a permis l'accentuation des méfaits des nitrates. Comme les marées ne remontent plus jusqu'à Redon, les civelles et les anguilles disparaissent. Le lent débit renforce l'herbe et conforte la présence néfaste des ragondins avec leurs urines polluantes. Vers Vitré en amont nord, on a construit 3 barrages : en 1978, la "Valière" pour des besoins en eau potable; en 1982, La Chapelle-Erbrée pour la protection des inondations hivernales du Pays de Rennes. Son bassin nautique est sujet à des attaques de cyanobactéries; en 1995, "Villaumur", sur l'affluent de la "Cantache" pour la protection contre les crues et une tentative du renforcement de la qualité des eaux...

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     Condate doit son développement non à des avantages stratégiques mais plutôt à son site de confluent - l'Ille et la Vilaine -, présence de ponts, de gués ou de bacs. C'était un important carrefour avec les routes de Carhaix (Osismis), Erquy (Reginae), Corseul (Fanum Martis), Vannes (Darioritum), Valognes et Avranches (Legedia), Lisieux, Bayeux, Jublains (Noviodunum), Angers (Juliomagus), Le Mans (Subdinum), Nantes (Condevicnum),  ... A Condate se rencontraient neuf routes de terre. Il faut rajouter l'Ille et la Vilaine, toutes deux navigables. A l'arrivée des Romains, on employait le nom de "Condate", ce jusqu'au Ie et IIe siècles (Table de Peutinger et itinéraire Antonin).

     La construction des remparts ne date qu'à la fin du IIIème siècle. On retrouve des traces place de la Mission, près de l'Hôtel de Coniac, rue de la Monnaie, porte Saint-Michel (détruite en 1868) et quai Duguay-trouin (Nos 2, 4, 8, 10, 14, 16, 18), avec des murs de 3 à 4 mètres d'épaisseur, pouvant atteindre 9 à 10 mètres de hauteur. C'est aussi à cette période que la capitale perdit son nom propre pour prendre celui du peuple. De même que "Lutetia Parisiorum" devenait Paris, "Subdinum", ville des "Cenomani" (le Mans), Condate s'est muée en "Civitas Riedonum" ou "Condate Redonum". Du latin "Redonica Urbis" au VIè siècle, "Rhedonas oppidum" ou "Rodonis civitate" au IXè siècle, "Rhedonis" au XIè siècle, la suppression du "d" entre les deux voyelles permit d'obtenir "Renes" en 1294 puis le nom de "RENNES" à partir du XIVè siècle. En breton, Rennes se dit "Roazhon". En 1890, les deux milliaires du mur d'enceinte gallo-romain, dédiés à l'empereur Maximin et au césar Maxime, attestent qu'en 237, la mutation était faite. Dans la "Notitia dignitatum utriusque imperii", on cite un préfet Lètes Francs avec sur le manuscrit "Redones" ou "Redonas". Avec quelque 3 000 habitants, c'était un centre d'administration, plus qu'un centre de défense. 

     Les quatre portes d'accès : Mordelaises, Chastellière, Aivières et Baudraëre. Par cette dernière on accédait aux voies Le Mans/Angers (direction Cesson Sévigné, Acigné, Servon sur Vilaine)... C'est en direction de cette porte "Baudraëre" qu'on a trouvé un  "trésor" avec l'amas d'une dizaine de milliers de pièces de monnaies d'or et d'argent qui s'étagent des temps républicains à la fin de l'Empire, sur une période de six siècles. il s'agissait d'offrande au fleuve de la Vilaine avec des pièces de monnaie jetées une à une. L'emplacement de la découverte, à la hauteur de l'ancien pont Jean-Jaurès, correspond au bac pris par les voyageurs qui se dirigeaient vers la porte d'entrée de ville "Baudraëre".Ce trésor aurait aussi été complété et  enseveli vers 275, à une date où l'Empire subissait les attaques de tribus germaniques. D'ailleurs, à partir de 276, sous Probus, des constructeurs ont travaillé en toute hâte, sous le coup des "invasions barbares". Faute de temps pour extraire des pierres, on aura utilisé des briques de façon massive, avec également l'apport de galets et de ciment. L'alimentation en eau de la ville était assurée par un aqueduc souterrain qui passait de la porte Mordelaise aux rives de l'Ille. L'Armorique a été ruinée au début du Vè siècle par la voracité du fisc romain. A cela s'ajoute la cupidité du préfet d'Empire, Aétius, qui aura livré la péninsule aux "Alains", avec l'objectif de les faire s'éloigner une fois le pillage accompli. Ce "marchandage romain" attira également des pirates saxons sur les côtes. Quelques siècles plus tard, le premier rempart médiéval du XIIè siècle s'était élevé sur ces solides fondations romaines.

DECOUVERTES et BATI : le bassin de Rennes est pauvre en bonne pierre à bâtir : le schiste briovérien résiste mal aux intempéries. C'est pourquoi la plupart des maisons rurales sont construites en Pisé. Et que l'on trouve peu de traces d'occupation des campagnes de l'époque gallo-romaine. D'ailleurs pour construire les remparts de Condate y domine de façon anormale au Bas Empire la brique.

     Les Gallo-Romains entouraient souvent leurs villae de buis, d'où le nom de "Buxaria" donné à ces emplacements. On trouve neuf lieux-dits et une commune - La Bouëxière ou Boissière - dans le territoire des Riedones. Contrairement aux constructions le buis a longtemps résisté : une fouille à une "Bouexiere" donne toujours des résultats.

     La Centurie, parcelle réglementaire du cadastre romain, est un carré de 710 mètres de côté, d'une superficie de 200 jugera. Nombre de routes sont écartées les unes des autres de 235 mètres, 175 ou 180 mètres, ou encore 145 mètres, toutes distances qui sont des sous-multiples de 710.

     TRESORS : des événements ont incité la population à mettre à l'abri des pièces de monnaies vers les années 200 à 270. Les 3 découvertes sont situées à Liffré, Coesmes et Dingé. Ajout AG : 1087 pièces ont été découvertes en 2012 à St Aubin du Pavail (Piolaine); d'autres à Amanlis en 1835.

     SEPULTURES : les plus remarquables sont situées en Acigné dans l'allée du château des Onglées. Ce champ d'urnes cinéraires comprenait 15 urnes espacées entre elles d'un mètre; toutes brisées sauf une elles contenaient des cendres et des ossements calcinés.On peut supposer à la présence d'un "fundus Aciniacus" dont ç'aurait pu être le cimetière. Les Gallo-Romains, à l'exemple des Romains, prirent l'habitude d'ensevelir leurs morts en bordure des voies.

     Saint-Martin : nous ignorons comment fut évangélisée la "civitas des Riedones". Ce ne fut certainement pas avant la fin de l'apostolat de Saint-Martin et de ses disciples, qui se place dans la seconde moitié du IVème siècle. Saint-Martin étant mort vers 396-400. Sous son nom, la dédicace portera sur cinquante-quatre paroisses du diocèse. Mais ce ne fut pas non plus l'oeuvre des Bretons qui ne conquirent pas la "civitas". Le premier titulaire est Athenius qui assistait en 461 au Concile de Tours. Plus tard en 511 l'évêque de Rennes est Melaine, gallo-romain de bonne famille né à Platz dans la commune de Brain.

                                                                        L'ARPENTAGE ANTIQUE

     L'ARPENTAGE ANTIQUE : un cadastre antique est un moyen d'organiser géométriquement un ou plusieurs domaines ruraux (fundi) d'étendue variable, en répartissant la terre en lots rectangulaires ou carrés de superficie identique, en prenant pour base le tracé d'une voie antique.

Théoriquement on se basait sur le croisement de deux axes routiers, perpendiculaires et jalonnés, la voie N/S s'appelant "Cardo maximus", la voie E/O "Decumanus maximus" des lignes agraires parallèles et équidistantes. Les divisions ainsi réalisées étaient appelées "centuries", soit pour des côtés mesurant 20 actus (2400 pieds = 710 mètres environ), 100 lots de jugères (=50,512 ha). Les lignes de séparation appelées "limes", limites figuraient au sol sous la forme de chemins, de limites de culture, de fossés, d'alignements empierrés...

                                                Le territoire d'ACIGNE/SERVON

     Le territoire d'Acigné/Servon : l'est du bassin de Rennes évoquait dès l'Antiquité un paysage de clairière, malgré la proximité d'une grande étendue boisée des forêts domaniales de Rennes et de Chevré. Ajoutons à ce paysage forestier la vallée de la "Vilaine" et l'on saisira l'aspect de "zone-tampon" du territoire, au total trop proche de deux obstacles majeurs pour laisser aux domaines ruraux un espace suffisant. D'où le souci d'opérer une division rigoureuse des finages, qu'on repère principalement de la boucle des "Onglées", formée par la "Vilaine" jusqu'à l'est de Servon. 

                                                                                            

     Il est admis qu'à l'est de Condate un tronçon de la grande artère impériale "Vorgium-Condate-Subdinum" (Carhaix/Le Mans) traversait ces territoires. Il se trouve qu'un tracé en lignes brisées et discontinues apparait dans les cadastres sous l'appellation "Vieux Grand Chemin", ce qui renvoie à la "Via antiqua" ou à l'ancienne route royale de Rennes à Paris, héritière elle-même de la première. Organe de distribution des terres ce "Vieux Grand chemin" contraint de franchir par trois fois la "Vilaine" et d'éviter la lisière de la forêt de Chevré :

      - à l'est d'Acigné, après le moulin de Sévigné au "Pont Briand" (Cesson) lorsqu'il sert d'allée au château des Onglées; à l'ouest au nord du château de la Motte; en Servon, à l'est de la "Croix Jallu" au nord de la ferme du "Champ Hervelin".
Malgré les inflexions provoquées par la géographie les arpenteurs ont su faire d'un simple trajet une succession de limites ou "decumani maximi". Tous les chemins ruraux forment un réseau routier orienté N/S aux éléments parallèles. Les photos aériennes révèlent, perpendiculairement à ces linéaments, des limites de culture étirées, équidistantes selon le module de l'arpentage romain avec des carrés de 710 mètres de côté. Les lignes decumanes s'allongent nettement, ici limite communale prolongée par une route (au sud de la ferme de "Vernay") là, humble chemin creux raviné (axe Joval/Récusses, Guichet).

     Les "limes" cardinaux figés, au sol usé et encaissés dans l'épaisse couche de limon, desservent des lieux habités très tôt. Le village de "Grébusson" apparaît dans les textes anciens dès 1037 lorsque le duc Alain III en confia la jouissance à sa soeur, abbesse de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes. On sait par les chartes de la même abbaye que plus loin le finage de type annulaire de "Bourgon" existait au XIIème siècle (Terra Sua de Borgum 1152-1158) alors prieuré puis intégré au XV ème siècle à la manse abbatiale.On y accédait par un chemin déformé au delà duquel coule le maigre ruisseau des Forges dont le lit introduit une nouvelle orientation des champs et des sentiers. En effet, à l'est de ce site le réseau des voies rurales révèle un canevas régulier.
     Le cadastre napoléonien permet de conclure également à l'existence de deux "fundi" différenciés. Tout d'abord le "pré" et le pont de "Maillé" centré sur le quadrillage ouest. Si le dictionnaire étymologique propose le nom d'homme latin Mallus, associé au suffixe -iacum, Hamlin préfère quant à lui le gentilice Mallus comme racine au nom de Maillé. Mallius ou Mallus représente le gentilice du propriétaire d'un domaine de 300 ha, premier domaine à la sortie de Rennes.

     La nécropole exhumée en 1921 dans l'allée du château des Onglées, sous la forme de 15 urnes funéraires, doit être rattachée à ce domaine.

                                                Acciniacus/Aquinius/Acinius/Acignei/Acigné

     Le domaine dont le nom est transcrit "Acciniacus" vers 1008, "Acignei" vers 1030 renvoie à Acigné, localité dont le premier sanctuaire est dédié à Saint-Martin. La forme latine "Acciniacus" mentionnée par J.Loth pourrait expliquer le nom d'Acigné; encore que les gentilices avancés par Holder "Aquinius" ou "Acinius" puissent convenir.Le suffixe gaulois "acus" (appartenance) a été latinisé en "acum" pour situer une propriété ou un domaine. En fonction d'une évaluation de surface sur les cartes on peut attribuer à cette propriété 12 centuries d'un seul tenant, soit 600 ha de bonnes terres labourables (les finages de Grébusson et Bourgon aux terres très convoitées). Cet arpentage avoisine la limite de navigabilité de la "Vilaine" fixée, pour la navigation traditionnelle, à Cesson. La grande partie du sol était ici mise en valeur. Restaient incultes les versants immédiats de la "Vilaine" au sud de l'axe décumal passant par "Vernay". Inculte également l'immense forêt ceinturant au nord ce "saltus". Peu ou pas de limon sous ce gigantesque domaine forestier, disséqué dès la période romaine, principalement entre la forêt domaniale actuelle et celle de "Chevré" où l'on constate dans les limites de l'actuelle clairière un resserrement de trois voies antiques.

    Notons enfin les toponymes le "champ ferré, la chemine, la maison rouge" qui laisse entendre que cet itinéraire rectiligne, dont le revêtement dû faire appel à des scories d'industrie, aboutissait à un site riche en débris de tuiles, de briques, de pierres rouges.

     Les arpenteurs concentraient leurs opérations sur des points assurant :  

         - des sols sains, bien aérés grâce à l'altérabilité du sous-sol schisteux ou granitique, dont l'affleurement est généralement peu profond, ce qui lui permet d'améliorer la porosité des mottes, leur aération et de donner une terre ne formant pas bloc.

        - des sols secs, grâce notamment à l'exposition sur des pentes tournées au midi, sur lesquelles la terre se réchauffe facilement au printemps. En arguant de ces remarques nous devinons que l'administration recherchait moins les terrains produisant en grande quantité que les champs assurant une récolte régulière.

Alain GOUAILLIER (ex) Secrétaire "d'Acigné Autrefois" www.acigne-autrefois.fr

     Compléments pour vos propres recherches :

     - BANEAT "Etudes sur les voies romaines du département d'Ille-et-Vilaine" BSA I&V 1928 et "Le vieux Rennes" 1904/1909

     - Abbé BRUNE "Répertoire archéologique, Département d'Ille-et-Vilaine" BSA I&V 1861

     - COUFFON "Limites des cités gallo-romaines et fondation des évêchés dans la péninsule armoricaine" BSA I&V 1942

     - LA BORDERIE "Hippolyte Vatar, Rennes"1894 et "Histoire de Bretagne", Rennes et Paris, 1896

     - MERLET "Formation des paroisses et des diocèses en Bretagne" Bull. Sté Archéologie de Bretagne XXX, 1950

    - TOULMOUCHE "Histoire archéologique de l'époque gallo-romaine de la ville de Rennes" (suite aux fouilles de 1841 à 1846; monnaies et antiquités),       étude des voies qui partaient de cette cité, trois cartes et 20 planches lithographiées, Rennes, Paris, 1847 

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                           Information : Article "Ouest-France" samedi 15 novembre 2014 : "La Bretagne préhistorique. Les peuplements des origines à la conquête romaine" racontée en 120 pages.

     "Le livre balaye un bon nombre d'idées reçues, notamment sur les menhirs ou l'invasion présumée de la Bretagne par les Celtes. Skol Vreizh Editions vient de publier un livre qui "dresse un tableau des peuplements qui se sont succédé sur la péninsule armoricaine sur un temps très long : du Paléolithique à la conquête romaine", explique Yannick LECERF, l'auteur de l'ouvrage. L'objectif était de montrer, au fil des changements climatiques, comment les hommes se sont adaptés à leur environnement. Comment de chasseurs-cueilleurs, ils sont devenus éleveurs-agriculteurs, ont élevé des mégalithes."

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 César, la Guerre des Gaules

       

Statue de Jules César, au jardin des Tuileries
Jules César naquit le 13 Quintilis (juillet de nos jours) de l'an 100 av J.C. Il fera ses armes en Asie et sera nommé dans le Premier triumvirat en 60 av J.C. avec Pompée et Crassus (le riche). Le mariage avec Julie, la fille de Pompée , lui donnera le pouvoir de 60 à 58 av J.C. en Gaule Cisalpine, en Gaule chevelue et en Illyrie. Une guerre civile opposera cependant César et Pompée en 49 et 48 av J.C. Après la traversée du Rubicon par César, Pompée sera assassiné en Egypte où César triomphera : "Veni, Vidi, Vici" (je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu). Ayant battu les fils de Pompée en Espagne, il se fera nommer "imperator", dictateur à vie. Mais il sera  assassiné par Brutus en mars 44 av J.C.                                                                                         

                    Aperçu général sur les "livres" "Commentarii de bello Gallico" : 58 à 51 av J.C. : neuf années pour vaincre la Gaule "un circuit de trois millions 200.000 pas". Nous sommes à l'automne 52 av J.C., Jules César a vaincu Vercingétorix. Il veut se faire réélire pour un second consulat. Aussi, en trois mois, il rédige les épisodes de sa conquête gauloise. Ses commentaires deviendront "La Guerre des Gaules" avec des souvenirs, des rapports de lieutenants ou adressés au Sénat ... et des cartes grecques erronées. Sans omission capitale, César présente sa version. Avec habilité il explique que ses différentes interventions étaient à la demande des peuples voulant se protéger d'autres envahisseurs. Quant à la Bretagne, il fallait bien briser ce lieu de résistance. La pacification fut toujours recherchée sauf si manque de sincérité. Les lois de l'époque étaient cruelles. César se défendait de commettre des massacres inutiles malgré ceux des quarante mille assiégés de Bourges ou les Vénètes d'Armorique. Il lui fallait aussi intimider l'adversaire et marquer aux vaincus sa force. Hirtius, ami et porte-plume de César, écrivit le "huitième livre" après la mort de son maître.

                      César utilisa 12 légions ayant presque toutes pour emblème le taureau. A cette époque une légion comprenait dix cohortes de six cents légionnaires chacune. Chaque cohorte était divisée en trois manipules de deux cents hommes. Au combat, elles évoluaient en trois lignes. En marche forcée, le légionnaire pouvait réaliser 7,2 kilomètres en 50 minutes, puis 10 minutes de récupération, et ce pendant 8 à 9 heures, avec un équipement de 40 kilogrammes. Chaque légion était accompagnée d'une cavalerie de dix turmes de trois décuries, soit au total 900 cavaliers. Les ayant tout d'abord combattus, César fera appel à cinq cents cavaliers Germains pour combattre les Gaulois à Alésia. Formés à la dure dès le plus jeune âge, les Germains étaient des mercenaires recherchés.

                      Cette synthèse des huit livres commence par le Livre Troisième; il convenait d'aborder en premier les récits sur les Vénètes du Morbihan.

                    LIVRE TROISIEME : VII partant pour l'Italie, César envoya Servius Galba avec la douzième légion et une partie de la cavalerie pour "ouvrir un chemin à travers les Alpes (Col du Grand Saint-Bernard) où les marchands ne pouvaient passer sans courir de grands risques et payer péage. Après avoir donné des enfants en otages les Gaulois se retournent contre les Romains par peur qu'ils ne s'établissent à jamais dans leur région. Une sortie héroïque du camp romain assiégé par trente mille Sédunes (haute vallée du Rhône) s'achèvera par un bon tiers tué et les autres, effrayés, prenant la fuite... Après ces événements, César avait toute raison de croire que la Gaule était pacifiée : les Belges avaient été battus, les Germains chassés, les Sédunes vaincus dans les Alpes; il était dans ces conditions, parti au commencement de l'hiver pour l'Illyrique,  (sur les bords de l'Adriatique) dont il voulait aussi visiter les nations et connaître les contrées : soudain, la guerre éclata en Gaule. Voici quelle en fut la raison. Le jeune Publius Crassus, avec la septième légion, était allé hiverner chez les Andes, à proximité de l'Océan (toutefois, région de Angers ; rappelons que César dispose de vieilles cartes grecques avec une "Armorique" rapetissée).

     Le blé faisant défaut dans ces parages des Andes, il envoya un grand nombre de préfets et de tribuns militaires dans les états voisins pour y chercher du blé et des vivres: Titus Terrasidius, entre autres, fut envoyé chez les Unelles (Manche), Marcus Trébius Gallus chez les Coriosolites (Côtes d'Armor), Quintus Vélanius avec Titus Silius chez les Vénètes (Morbihan).

                                                                  Les Vénètes (Morbihan actuel)

                 VIII - Ce dernier peuple est de beaucoup le plus puissant de toute cette côte maritime : les Vénètes possèdent le plus grand nombre de navires, avec lesquels ils trafiquent en Bretagne, et surpassent les autres peuples par leur science et leur expérience de la navigation; ils occupent, d'ailleurs, sur cette grande mer violente et orageuse, le petit nombre de ports qui s'y trouvent, et ont pour tributaires presque tous ceux qui naviguent habituellement dans ces eaux. Les premiers, ils retiennent Silius et Vélanius, pensant recouvrer par ce moyen les otages qu'ils avaient livrés à Crassus. Poussés par leur exemple, leurs voisins, avec cette prompte et soudaine résolution qui caractérise les Gaulois, arrêtent pour le même motif Trébius et Terrasidius; vite, ils s'envoient des députés, et s'engagent,par l'entremise de leurs chefs, de ne rien faire que d'un commun accord et de courir tous la même chance; ils pressent les autres cités de conserver la liberté qu'elles avaient reçue de leurs pères, plutôt que de supporter le joug des Romains. Toute la côte est bientôt gagnée à leur avis, et une ambassade commune a été envoyée à Publius Crassus pour l'inviter à rendre les otages s'il veut qu'on lui rende ses officiers.

     Nota :  Des statères d'or "Venètes" les présentent avec une magnifique chevelure bouclée.

                 IX - Informé de ces événements par Crassus, César ordonne de construire en l'attendant - car il était très loin - des navires de guerre sur la Loire, qui se jette dans l'océan, de lever des rameurs dans la Province et de se procurer des matelots et des pilotes. Ces ordres sont promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le lui permit, se rendit à l'armée. Les Vénètes, ainsi que les autres états, quand ils savent l'arrivée de César, comprenant de quels crimes ils s'étaient rendus coupables en retenant et en jetant dans les fers des ambassadeurs (dont la qualité chez toutes les nations fut toujours sacrée et inviolable), proportionnent leurs préparatifs guerriers à la grandeur du péril et pourvoient surtout à l'équipement de leurs navires; leur espoir était d'autant plus fort que la nature du pays leur inspirait beaucoup de confiance. Ils savaient que les chemins de terre étaient coupés à marée haute par des baies, que toute navigation était entravée par l'ignorance où nous étions des lieux et le petit nombre des ports; ils pensaient que le manque de vivres nous rendait impossible tout séjour prolongé chez eux, et, lors même, que leur attente serait trompée en tout point, ils se savaient toujours les plus puissants sur mer. Ils savaient que les Romains n'avaient point de marine, qu'ils ne connaissaient ni les rades ni les ports ni les îles du pays où ils feraient la guerre, et que la navigation était toute autre sur une mer fermée que sur le vaste et immense Océan. Leurs résolutions prises, ils fortifient les places et transportent le blé de la campagne dans ces places; ils rassemblent le plus de vaisseaux possible chez les Vénètes, contre lesquels ils pensent que César ferait d'abord la guerre. Ils s'assurent pour cette guerre l'alliance des Osismes (Finistère), des Lexoviens (Lisieux), des Namnètes (Loire-Atlantique), des Ambiliates (Maine-et-Loire), des Morins (Belges Pas-de-Calais, Flandre), des Diablintes (Mayenne), des Ménapes (Belges Rhin/Escaut); ils demandent des secours à la Bretagne (Grande Bretagne), située vis-à-vis de ces contrées.

                   X - Nous venons de montrer quelles étaient les difficultés de cette guerre; et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l'entreprendre : l'injure commise en retenant des chevaliers romains; la révolte après la soumission; la défection après la remise des otages; la conjuration de tant d'états, et surtout la crainte que l'impunité laissée à ces peuples n'encourageât les autres à user des mêmes libertés. Il connaissait l'amour de presque tous les Gaulois pour le changement et leur promptitude à partir en guerre, et il savait, d'ailleurs, qu'il dans la nature de tous les hommes d'aimer la liberté et de haïr l'esclavage. C'est donc sans attendre qu'un plus grand nombre d'états entrassent dans la ligue, il pensa qu'il lui fallait partager son armée et la répartir sur une plus large étendue.

                  XI - Aussi, envoie-t-il avec de la cavalerie Titus Labénius, son lieutenant, chez les Trévires, peuple voisin du Rhin; il le charge de voir les Rèmes et autres Belges, de les maintenir dans le devoir, et de fermer le passage du fleuve aux Germains, que l'on disait appelés par les Belges, s'ils essaient de le franchir avec leurs bateaux. Il ordonne à Publius Crassus de se rendre en Aquitaine avec douze cohortes légionnaires et une cavalerie nombreuse, pour empêcher les peuples de ce pays d'envoyer des secours en Gaule et que des nations si grandes ne s'unissent. Il envoie son lieutenant Quintus Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelles, les Coriosolites et les Lexoviens, pour tenir ce côté en respect. Il donne au jeune Décimus Brutus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois fournis, sur son ordre, par les Pictons, les Santones et les autres régions pacifiées, et lui dit de partir au plus tôt chez les Vénètes. Lui-même s'y rend avec les troupes d'infanterie.

                 XII - Presque toutes les villes de cette côte étaient situées à l'extrémité de langues de terre et sur des promontoires, et n'offraient d'accès ni aux piétons, quand la mer était haute (ce qui se produit régulièrement deux fois en vingt-quatre heures), ni aux vaisseaux, parce qu'à marée basse les vaisseaux se seraient échoués sur des bas-fonds. C'était là la double entrave au siège de ces places. Si par hasard, après des travaux considérables, on parvenait à contenir la mer par des digues et des terrassements et à élever ces ouvrages jusqu'à la hauteur des murs, les assiégés, lorsqu'ils désespéraient de leur fortune, rassemblaient de nombreux vaisseaux, dont ils avaient une grande quantité, y transportaient tous leurs biens et se retiraient dans des places voisines, où la nature leur offrait les mêmes commodités pour se défendre. Cette manoeuvre leur fut d'autant plus facile durant une grande partie de l'été, que nos vaisseaux étaient retenus par le mauvais temps et qu'il était extrêmement difficile de naviguer sur une mer vaste et ouverte, sujette à de grandes marées, sans ports ou presque sans ports.

 Dun Aegus

                   XIII - Les vaisseaux des ennemis, eux, étaient construits et armés de la manière suivante. leur carène était beaucoup plus plate que celle des nôtres, de sorte qu'ils avaient moins à craindre les bas-fonds et le reflux; leurs proues étaient très relevées, et les poupes appropriées également à la force des vagues et des tempêtes; les navires tout entiers de chêne, pour soutenir n'importe quel choc et n'importe quelle fatigue; les traverses avaient un pied d'épaisseur et étaient attachées par des chevilles en fer de la grosseur d'un pouce; les ancres étaient retenues par des des chaînes de fer, au lieu de cordages, des peaux, au lieu de voiles, et des cuirs minces et souples, soit qu'ils manquassent de lin ou n'en sussent pas l'usage, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'ils crussent peu facile de diriger avec nos voiles des vaisseaux aussi lourds, à travers les tempêtes de l'Océan et ses vents impétueux. Quand notre flotte se rencontrait avec de pareils vaisseaux, son seul avantage était de les surpasser en vitesse et en agilité; tout le reste était en faveur des navires ennemis, mieux adaptés et accommodés à la nature de cette mer et à la violence de ses tempêtes; en effet les nôtres, avec leurs éperons, et la hauteur de leur construction faisait que les traits n'y atteignaient pas facilement, et, en même temps, qu'il était peu commode de les harponner. Ajoutez à cela que, si le vent venait à s'élever, ils s'y abandonnaient, supportaient plus facilement les tempêtes, pouvaient mouiller en toute sécurité sur des bas-fonds, et, si le reflux les abandonnait, ne redoutaient ni les rochers ni les écueils, tandis que tous ces dangers étaient pour nos vaisseaux très redoutables.

                       Nota : STRABON (60 av J.C - 20 apr J.C.) : "les Vénètes construisent leurs bateaux larges de carène et hauts de poupe et de proue à cause des marées. Ils les construisent en chêne, bois qu'ils ont en abondance, ce qui les conduit à ne pas joindre les planches bord à bord, mais à ménager un espace vide qu'ils bourrent d'algues pour que le bois ne sèche pas faute d'humidité, quand le bateau a été tiré sur le rivage". Partant des indications de César et l'artiste Nicolas Cayré, on peut définir un bâtiment d'environ 30 à 35 m de long. Une telle longueur suppose une largeur au maître-bau de 8,5 à 9 m, le tirant d'eau pouvant atteindre entre 1,80 et 2 m. Ces navires armoricains ont la particularité de posséder une proue et une poupe fortement relevées, afin de lutter contre les hautes vagues de l'Océan. Ce type de bateau à coque arrondie, n'ayant nul beoin de rameurs et se distinguant des bateaux à rames à fond plat utilisés par les Grecs et les Romains , suppose l'existence d'une quille, innovation gauloise! Ajoutons des cuirs cousus pour les voiles, plus résistants que du tissu et les cordages qui pouvaient être remplacés par des chaînes en fer. 

   Le sanctuaire des Vénètes s'élève sur l'île de Sein, appelé le "Saint des saints". Il était propriété de neuf druidesses, les "GALLISENAE" (Ass. Teuta Osismi) De nos jours, SEIN, 8 532 ha, 250 habitants, 0 exploitation agricole; Groix, 1 770 ha, 2230 hab, 9 exp., Belle-Ile, 8 400 ha, 5400 hab, 40 exp., Houat, 288 ha, 230 hab., 2 ex., Molène, 72 ha, 140 hab., 1 exp., Ouessant, 1 558 ha, 830 hab., 3 exp., Batz, 457 ha, 470 hab., 18 exp., Bréhat, 318 ha, 360 hab., 5 exp., Ile aux Moines, 320 ha, 600 hab, O exp.

                                   XIV - Après avoir pris plusieurs places, César, voyant qu'il se donnait tant de peine inutilement, et que la prise de ses villes ne pouvait empêcher ni la retraite de l'ennemi ni lui faire le moindre mal, décida d'attendre sa flotte. Dès qu'elle arriva et aussitôt qu'elle fut aperçue par l'ennemi, deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, tout prêts et parfaitement équipés, sortirent de leur port et vinrent se placer face aux nôtres.

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                  Nota :  Sans doute la rivière d'Auray, partant du port de Saint-Goustan. La bataille eut lieu probablement dans la baie de Saint-Gildas... Quelques siècles plus tard, le père de la Constitution des Etats-Unis - Benjamin Franklin - débarque le 4 décembre 1776 dans le port de Saint-Goustan pour négocier avec le roi Louis XVI l'aide de la France aux insurgés américains. Parmi les accords, la flotte de sept à huit bateaux corsaires armés à Dunkerque et rentrant "après leurs courses" sur des bateaux de commerces anglais à Morlaix. On contrariait le ravitaillement mais aussi l'envoi d'hommes. Cette "Flotte noire", déclarant les bateaux capturés auprès de l'amirauté de Tréguier, était constituée d'Irlandais qui ont pris parti contre l'Angleterre à l'époque où Irlande et Angleterre étaient une même nation. La moitié des plus belles maisons de Roscoff sont des maisons de contrebandiers. Louis XVI soutenait alors la jeune république américaine où treize colonies venaient de faire sécession.13 colonies devenues ces bandes rouges et blanches sur le drapeau américain, s'ajoutant 50 étoiles sur fond bleu pour l'ensemble des Etats contemporains : "Stars and stripes" ou "the Star-Spangled Banner" (la bannière étoilée). Lire "La Flotte noire de Benjamin Franklin" de Jacques Blanken.

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Brutus, qui commandait la flotte, et les tribuns militaires et centurions qui avaient chacun un vaisseau, étaient indécis sur ce qu'ils avaient à faire et sur la tactique du combat à adopter. Ils savaient, en effet, que l'éperon était impuissant; et, si l'on élevait des tours, les vaisseaux barbares les dominaient encore de par la hauteur de leurs poupes, si bien que nos traits lancés d'en bas portaient mal, tandis que ceux des Gaulois tombaient sur nous d'autant plus vivement. Une seule invention préparée par les nôtres fut d'un grand secours :

                  C'étaient des faux extrêmement tranchantes, emmanchées de longues perches, assez semblables à nos faux murales. Avec ces faux on accrochait et l'on tirait à soi les cordages qui attachaient les vergues aux mâts; on les rompait en faisant force de rames; une fois rompues, les vergues tombaient forcément, et les vaisseaux gaulois, en perdant leurs voiles et les agrès sur lesquels ils fondaient tout leur espoir, étaient du même coup réduits à l'impuissance. Le reste du combat n'était plus qu'affaire de courage, et en cela nos soldats avaient facilement l'avantage, surtout dans une bataille livrée sous les yeux de César et de toute l'armée : aucune action un peu belle ne pouvait rester inconnue; l'armée, en effet, occupait toutes les collines et toutes les hauteurs d'où la vue s'étendait sur la mer toute proche.

                                    XV - Dès qu'un vaisseau avait eu ses vergues abattues de la manière que nous avons dite, deux ou trois des nôtres l'entouraient et nos soldats montaient de vive force à l'abordage. Ce que voyant, les Barbares, qui avaient perdu une grande partie de leurs navires et qui n'avaient aucune riposte à cette manoeuvre, cherchèrent leur salut dans la fuite; et déjà ils se disposaient à profiter des vents, quand soudain il survint  

                                            un CALME PLAT qui leur rendit tout mouvement impossible. Cette circonstance compléta d'une façon très opportune notre victoire : car les nôtres attaquèrent et prirent chaque navire un à un, et ce n'est qu'un bien petit nombre d'entre eux qui put, à la faveur de la nuit, regagner la terre. Le combat avait duré depuis la quatrième heure du jour environ jusqu'au coucher du soleil.

                                       XVI - Cette bataille mit fin à la guerre des Vénètes et de tous les Etats maritimes de cette côte : car tous les hommes jeunes et même tous les hommes d'un âge mûr, distingués par leur rang ou leur sagesse, étaient réunis là, et ils avaient rassemblé en outre sur ce seul point tout ce qu'ils avaient de vaisseaux, et cette perte ne laissait aux autres nul moyen de se replier ou de défendre leurs places. Aussi se rendirent-ils corps et biens à César. César décida de faire un exemple sévère, qui apprît aux Barbares à mieux respecter à l'avenir le droit des ambassadeurs. Il fit donc mourir tout le Sénat et vendit le reste à l'encan.

     Nota : Les romains ne disposaient que de 100 navires face aux 220 vaisseaux vénètes détruits un par un. Les survivants auront les mains tranchées. Femmes et enfants seront vendus comme esclaves. 

                                                                   LIVRE PREMIER : Les Belges

       La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des moeurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les coeurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre. Il en est de même des Helvètes, qui surpassent aussi en valeur le reste des Gaulois, parce qu'ils sont presque chaque jour aux prises avec les Germains, soit pour les empêcher de pénétrer sur leurs territoires, soit pour porter eux-mêmes la guerre dans leur pays.

     Craignant qu'après une pacification de la Gaule les Romains "marchent contre eux", les Belges, tiers de la Gaule, se liguent mutuellement. César lève alors deux nouvelles légions au commencement de l'été. Les Belges d'origine germaine dont les "Bellovaques" qui pouvaient mettre sur pied cent mille hommes, s'associaient à 13 autres peuples pour un nombre de près de trois cent mille hommes. (Nota : ce chiffre est évidemment très exagéré!) César plaça son camp à la rivière de l'Aisne pour être défendu d'un côté. Il le fortifie par un retranchement et un fossé. .. Proche du camp, une ville amie de Rèmes est attaquée par les Belges qui procédaient comme les Gaulois : "ils commencent à se répandre en foule autour des remparts, lancent de tous côtés des pierres sur les murs, ils s'approchent des portes en formant la tortue et sapent alors les murs les plus dégarnis". Face à cette attaque ils furent sauvés par l'envoi de Numides, des archers crêtois et des frondeurs baléares. Les Belges évitent cette cité en brûlant les villages et dévastant les terres. Le camp de César, quant à lui,  sera secouru par l'apport de six légions qui mettront en fuite les Belges en les attirant dans les marais. Les chefs Bellovaques se réfugient en Bretagne. Il fallut aussi combattre les soixante mille Nerviens qui passent pour les plus barbares. Ce peuple avait la particularité de refuser l'importation du vin et produits de luxe "propres à amollir les âmes et affaiblir le courage". 

     Dans le même temps, César fut informé par Publius Crassus, qu'il avait envoyé avec la septième légion chez les Vénètes, les Unelles, les Osismes, les Coriosolites, les Esuviens, les Aulerques, les Redons, peuples marins sur les côtes de l'Océan, que tous ces peuples étaient sous la domination et au pouvoir du peuple romain. Nota : il ne cite pas les "Namnètes (Loire-Atlantique) et les Pictons/Santones (Poitou).

     "Eodem tempore a P.Crasso, quem cum legions una miserat ad Venetos, Unellos, Osismos, Coriosolitas, Esuvios, Aulercos, Redones, qua sunt maritimas civitates Oceanumque attingunt, certior factus est omnes eas civitates in dicionem potestatemque populi Romani esse redactas"

     "A la même époque, P.Crassus, que (César) avait envoyé avec une légion chez les Vénètes, les Unelles, les Osismes, les Coriosolites, les Esuvii, les Aulerques, les Redons, peuples marins riverains de l'Océan, lui fit savoir que tous ces peuples avaient été soumis à Rome"

     Ayant pacifié toute la Gaule, César partit pour l'Italie. On décréta quinze jours de supplications, ce qui n'était encore arrivé à personne. Pompée n'avait eu que douze "actions de grâces solennelles" après sa victoire sur Mithridate.

                             Les Germains et Arioviste le Suève : Une guerre gauloise pour la prééminence entre Eduens (Bourguignons), alliés des romains,  et Arvernes (Auvergnats) avait attiré une quinzaine de milliers de mercenaires Germains puis cent vingt mille. Il allait arriver qu'en peu d'années les Gaulois seraient chassés de leur pays et que tous les Germains passeraient le Rhin, car le sol de la Germanie ne pouvait se comparer à celui de la Gaule, non plus que la manière de vivre des deux pays. Les Eduens se mirent à implorer le secours de César qui réussira à vaincre les Germains. A la bataille majeure, le jeune Publius Crassus commandait la cavalerie. Alors que l'aile droite était en difficulté il envoya la troisième ligne romaine secourir les soldats. Ce qui fut décisif pour la victoire...Un autre élément fut déterminant : Arioviste, chef Germain,  ne livra pas rapidement une bataille générale : "c'était la coutume chez les Germains que les femmes consultassent le sort et rendissent des oracles pour savoir si le moment de combattre était venu ou non; or, elles disaient que les Germains ne pourraient en être vainqueurs s'ils engageaient le combat avant la nouvelle lune (qui tombait cette année-là le 18 septembre). Nota : ces femmes germaines, matrones et prophétesses, consultaient le sort à l'aide de bouts de bois marqués d'un signe qu'on mêlait sur une étoffe blanche; on en tirait trois au hasard, en interprétant les signes qu'ils portaient. Les oracles étaient aussi rendus d'après les courants des fleuves et l'interprétation des bruits.

              LIVRE QUATRIEME : I - L'hiver suivant, en janvier 55 av J.C. , qui fut l'année du consulat de Cnéius Pompée et de Marcus Crassus, les Germains Usipètes et aussi les Tenctères passèrent le Rhin en grand nombre, non loin de l'endroit où il se jette dans la mer, (vers Clèves). La raison de ce passage fut que depuis plusieurs années les Suèves leur faisaient une guerre sans répit et les empêchait de cultiver leurs champs. Le peuple des Suèves est de beaucoup le plus grand et le plus belliqueux de toute la Germanie. On dit qu'ils forment cent cantons, de chacun desquels on tire tous les ans mille hommes pour aller guerroyer au dehors. Les autres, ceux qui sont restés au pays, pourvoient à leur nourriture et à celle de l'armée; tandis que l'année suivante, ils prennent les armes à leur tour, tandis que les premiers demeurent au pays. Ainsi, ni l'agriculture, ni la science ou la pratique de la guerre ne sont interrompues. Au reste aucun d'eux ne possède de terre en propre, et ne peut, pour la cultiver, demeurer plus d'un an dans le même lieu. Ils consomment peu de blé, et vivent en grande partie du lait et de la chair des troupeaux; ils sont de grands chasseurs. Ce genre de vie, leur alimentation, l'exercice quotidien, leur indépendance qui, dès l'enfance, ne connut jamais le joug d'aucun devoir, d'aucune discipline, cette habitude de ne rien faire contre leur gré, tout cela les fortifie, et en fait des hommes d'une taille prodigieuse. De plus, ils ont pris l'habitude, sous un climat très froid, de n'avoir pour tout vêtement que des peaux (dont l'exiguïté laisse à découvert une grande partie de leur corps) et de se baigner dans les fleuves.

     II - Ils laissent venir chez eux les marchands, plutôt pour vendre le butin de guerre qu'ils ont fait que par désir d'importer. Ils n'utilisent même pas ces chevaux étrangers qui plaisent tant dans la Gaule, et qu'on y paie si cher; mais à force d'exercer chaque jour ceux de leur pays, qui sont petits et mal faits, ils les rendent très endurants. Dans les combats de cavalerie, il leur arrive souvent de sauter à bas de leurs chevaux et de se battre à pied; ils ont dressé les chevaux à rester sur place, et ils les rejoignent vite, si besoin est; rien, à leur idée, n'est plus honteux et ne prouve plus de mollesse que de faire usage de selles. Aussi, quel que soit leur petit nombre, attaquent-ils sans hésiter une troupe nombreuse dont les chevaux sont sellés. L'importation du vin est complètement interdite chez eux, parce qu'ils croient que cette boisson énerve les hommes et affaiblit leur résistance.

     V - TRAITS DE CARACTERES DES GAULOIS : César, redoutant la pusillanimité des Gaulois, qui sont prompts à changer d'avis et d'ordinaire avides de nouveautés, ne crut pas devoir s'en remettre à eux. On a, en effet, l'habitude, en Gaule, de forcer les voyageurs à s'arrêter, même malgré eux, et de les interroger sur tout ce que chacun d'eux a appris ou connu. Dans les villes, le peuple entoure les marchands, les oblige à dire de quel pays ils viennent et ce qu'ils y ont appris. C'est sous le vent de ces potins et de ces ouï-dire qu'ils décident souvent les affaires les plus importantes, pour se repentir bientôt forcément d'avoir cédé à des bruits incertains, et la plupart du temps inventés pour leur plaire.

 NOTA : Comment se représenter les Gaulois? ...en 60 peuples différents...Seule la Gaule située à l'Ouest du Rhône porte le nom de "Gaule Chevelue" (Gallia Comata) non citée ainsi par Jules César car non conquise entre -58 et -51 av J.C. A cette époque, Strabon le géographe grec, signale que les "Gaulois laissent croître leurs cheveux." Ce sera repris en 23 de notre ère par Pline l'Ancien, l'écrivain latin : "Les Gaulois pouvaient porter une coupe avec des mèches parallèles séparées par des sillons ou une coupe avec cheveux plaqués sur le crane (à l'emplacement de la tonsure des moines) et mèches plus souples autour du visage". Enfin, les écrivains contemporains à Vercingétorix leur attribuent de longs cheveux sur le devant et la tête tondue à l'arrière. Pour le vestimentaire, les pantalons appelés BRAIES (braccatae) n'étaient portés qu'en Gallia braccata (Province narbonnaise et Aquitaine). La Gaule cisalpine, appelée Gallia togata par Hirtius, avait adopté les moeurs romaines et portait la toge.

     On dispose d'éléments visuels avec ce trésor de Pionsat (Puy de Dôme) 52 av J.C. qui présente Vercingétorix sous forme de statère (on a recensé 25 statères d'or "Vercingétorix (s)" et 2 de bronze..) Il est sans moustache, façon dieu Apollon, héros ou divinité de type "héllénistique". Par contre, des pièces romaines -48 av J.C. le montrent avec barbe, moustache et cheveux longs : au bout de quatre ans de captivité dans les geôles de Tullianum à Rome cela ne peut nous renseigner sur le port habituel antérieur. "Tullianum", prison souterraine à deux étages, sombre, infecte et épouvantable...

     Au début du XIXè siècle, pour donner un dénominateur commun aux différents peuples de France, le pouvoir, des écrivains, des peintres et sculpteurs, auront proposé Une "Histoire de nos ancêtres les Gaulois"; puis une "Histoire de France" destinée aux enfants du cours élémentaire avec des attributs selon leurs appréciations et des textes antiques.

     Revenons à Sidoine Apollinaire le poète latin né à Lyon en 430, mort en 489 (devenu malgré lui évêque de Clermond-Ferrand en 472) : les Gaulois portaient les cheveux longs sur le devant et avaient le derrière de la tête tondue. C'est Diodore de Sicile qui nous éclaire le mieux : "les Gaulois sont grands de taille; ils ont la chair molle et la peau blanche: leurs cheveux sont naturellement blonds, et ils cherchent par des moyens artificiels à rehausser cette couleur : ils les lavent fréquemment avec une lessive de chaux; ils les retirent du front vers le sommet de la tête et la nuque, de sorte qu'ils ont l'aspect de Satyres et de Pans. Grâce à ces moyens, leurs cheveux s'épaississent tellement qu'ils ressemblent aux crins des chevaux. Quelques-uns se rasent la barbe et d'autres la laissent croître modérément, mais les nobles se rasent les joues, et laissent pousser les moustaches, de manière qu'elles leur couvrent la bouche. Aussi leur arrive-t-il que, lorsqu'ils mangent, les aliments s'y embarrassent, et, lorsqu'ils boivent, la boisson y passe comme à travers un filtre."

     Ainsi tous les Gaulois ne portent pas la moustache, d'autres ont parfois la barbe... contrairement aux Bretons qui ont, selon Jules César, "cheveux longs, se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure" (moustache). La moustache gauloise est réduite à l'espace qui relie la narine avec la commissure des lèvres. On l'appelle ainsi 101 (1 pour moustache et 0 pour le vide qui les sépare). Cette moustache façon 101 sera portée plus tard par Louis XIV au XVIIè siècle. La barbe en collier était également un style bien gaulois au début de notre ère. Selon les périodes, les lieux, les âges et les statuts dans la société, les modes diffèrent. Ainsi, au IIème siècle, les statues d'Entremont représentent les aristocrates gaulois sans barbe ni moustache, comme les Romains. Au IIIè siècle les représentations étrusques et grecques de guerriers gaulois les montrent avec une moustache, pas de barbe et coiffés de façon très recherchée, avec des boucles et des nattes. Enfin, au VIè siècle les chefs ont une grosse moustache et une grande barbe.

    Portrait des FRANKS "singulièrement sauvage" par les écrivains de l'époque : " ils relevaient et rattachaient sur le sommet du front leurs cheveux d'un blond roux, qui formaient une espèce d'aigrette et retombaient par derrière en queue de cheval. Leur visage était entièrement rasé, à l'exception de deux longues moustaches qui leur tombaient de chaque côté de la bouche. Ils portaient des habits de toile serrés au corps et sur les membres avec un large ceinturon auquel pendait l'épée. Leur arme favorite était une hache à un ou deux tranchants, dont le fer était acéré, et le manche très court. Ils commençaient le combat en lançant de très loin cette hache, soit au visage, soit contre le bouclier de l'ennemi, et rarement ils manquaient d'atteindre l'endroit précis où ils voulaient frapper.

     Outre la hache qui , de leur nom, s'appelait "francisque", ils avaient une arme de trait (de jet) qui leur était particulière, et que dans leur langue ils nommaient "HANG", c'est-à-dire hameçon ou, en grec, "ANGON, crochet". C'était une pique de médiocre longueur, d'un mètre de long, et capable de servir également de près et de loin. La pointe, longue et forte, était armée de plusieurs barbes ou crochets tranchants et recourbés. Le bois était couvert de lames de fer dans presque toute la longueur, de manière à ne pouvoir être brisé ni entamé à coups d'épée. Lorsque ce hang s'était fiché au travers d'un bouclier, les crocs dont il était garni en rendaient l'extraction impossible, il restait suspendu. Alors le Franc qui l'avait jeté s'élançait et, posant un pied sur le javelot, appuyait de tout le poids de son corps et forçait l'adversaire à baisser le bras et à se dégarnir ainsi la tête et la poitrine. Quelues fois le hang attaché au bout d'une corde servait en guise de harpon à amener tout ce qu'il atteignait. pendant qu'un des Franks lançait le trait, son compagnon tenait la corde, puis tous deux joignaient leurs efforts, soit pour désarmer l'ennemi, soit pour l'attirer lui-même par son vêtement ou son armure. La garde du roi avait seule des chevaux et portait des lances du modèle romain : le reste des troupes était à pied. Ils n'avaient ni cuirasses, ni bottines garnies de fer (portées par le légionnaire romain avec la petite jupe de maille ou de bandes de cuir); un petit nombre portait des casques, les autres combattaient nu-tête. Pour être moins incommodés par la chaleur, ils quittaient leur justaucorps de toile et gardaient seulement des culottes d'étoffe ou de cuir qui leur descendaient jusqu'au bas des jambes (équivalent des braies portées par les gaulois). Ils n'avaient ni arc, ni fronde, ni autres armes de traits, si ce n'est le hang et la francisque.

Nota : les frondeurs baléares d'Hannibal étaient la terreur des Romains pendant les guerres puniques. Les projectiles étaient lancés avec une telle impétuosité que ni bouclier ni casque ne résistait. On l'appelait "fonde" le "r" ne date que du XVIè siècle.

     

     XV -  CESAR DANS L'EXAGERATION ! : Les Germains, entendant une clameur derrière eux, et voyant qu'on massacrait les leurs, jetèrent leurs armes, abandonnèrent leurs enseignes militaires et s'échappèrent hors du camp. Arrivés au confluent de la Meuse et du Rhin, désespérant de poursuivre leur fuite, et ayant perdu un grand nombre des leurs, ceux qui restaient se jetèrent dans le fleuve et y périrent vaincus par la peur, la fatigue, la force du courant. Les nôtres, sans avoir perdu un seul homme et n'ayant qu'un tout petit nombre de blessés, délivrés d'une guerre si redoutable, où ils avaient affaire à quatre cent trente mille hommes, se replièrent sur leur camp. César donna à ceux qu'il avait retenus la permission de partir; mais ceux-ci, craignant les supplices et les tortures des Gaulois, dont ils avaient ravagé les champs, lui dirent qu'ils voulaient rester auprès de lui. César leur concéda la liberté.

     XVI - Après avoir terminé la guerre contre les Germains, César, pour de nombreuses raisons, se détermina à passer le Rhin. La meilleure était que, voyant la facilité avec laquelle les Germains se décidaient à passer en Gaule, il voulait leur inspirer les mêmes craintes pour leurs biens, en leur montrant qu'une armée du peuple romain pouvait et osait franchir le Rhin. Une autre raison s'ajoutait à celle-là, c'était que ceux des cavaliers Usipètes et Tenctères, avaient passé la Meuse pour prendre du butin et du blé et n'avaient pas assisté au combat, s'étaient retirés, après la défaite de leurs compatriotes, au-delà du Rhin, chez les Sugambres, et s'étaient unis avec eux. César ayant envoyé des députés demander aux Sugambres de lui remettre ceux qui avaient porté les armes contre lui et contre les Gaulois, ils répondirent que l'"empire du peuple romain finissait au Rhin; s'il ne trouvait pas juste que les Germains passassent en Gaule, malgré lui, pourquoi prétendait-il à quelque pouvoir ou à quelque autorité au-delà du Rhin?" Or les Ubiens, qui, seuls des Transrhénans, avaient envoyé des députés à César, lié amitié avec lui, livrés des otages, le priaient instamment "de les secourir contre les Suèves, qui les pressaient vivement; ou, si les affaires de la République l'en empêchaient, de porter seulement son armée au-delà du Rhin : ce serait un secours suffisant et une garantie pour l'avenir; le renom et le prestige de cette armée étaient tels, depuis la défaite d'Arioviste et ce dernier combat, même chez les peuplades les plus reculées de la Germanie, que la pensée qu'ils étaient les amis du peuple romain leur assurerait la sécurité". Ils promettaient une grande quantité de navires pour le transport de l'armée.

     XVII - César, avait décidé de passer le Rhin; mais la traversée sur des bateaux lui semblait un moyen peu sûr et peu convenable à sa dignité et à celle du peuple romain. Aussi, malgré l'extrême difficulté de construire un pont à cause de la largeur, de la rapidité et de la profondeur du fleuve, il estimait cependant qu'il lui fallait tenter l'entreprise ou, sinon, renoncer à faire passer l'armée.

  XVIII - Tout l'ouvrage est achevé en dix jours, à compter de celui où les matériaux avaient été apportés, et l'armée passe (secteur de Coblence/Cologne). César, laissant une forte garde aux deux têtes du pont, marche vers le pays des Sugambres. Cependant, les députés de nombreux états vinrent lui demander la paix et son amitié; il leur fait une réponse bienveillante et les invite à lui amener des otages. Mais les Sugambres qui, sur les exhortations des Usipètes et des Tenctères, qu'ils avaient parmi eux, avaient tout préparé pour fuir, du moment où l'on commença de construire le pont, avaient quitté leur pays, emporté avec eux tous leurs biens et étaient allés se cacher dans une contrée déserte et couverte de forêts... César, ayant atteint tous les buts qu'il s'était proposés quand il avait décidé de faire passer le Rhin à son armée, comme de faire peur aux Germains, châtier les Sugambres, délivrer les Ubiens de la pression qu'ils subissaient, au bout de dix-huit jours passés au-delà du Rhin, crut avoir assez fait pour la gloire et l'intérêt de Rome, revint en Gaule et coupa le pont derrière lui.

                                                 XX - La Bretagne (Grande-Bretagne) : premier débarquement 

      L'été étant fort avancé, César, bien que les hivers soient précoces dans ces régions, résolut cependant de partir pour la Bretagne, comprenant que, dans presque toutes les guerres contre les Gaulois, nos ennemis en avaient reçu des secours; il pensait du reste que, si la saison ne lui laissait pas le temps de faire la guerre, il lui serait cependant très utile d'avoir seulement abordé dans l'île, vu le genre d'habitants, reconnu les lieux, les ports, les accès, toutes choses qui étaient presque ignorées des Gaulois; car nul autre que les marchands ne se hasarde à y aborder, et ceux-ci mêmes n'en connaissent que la côte...

     XXI - Voulant avoir ces renseignements avant de tenter l'entreprise, il envoie avec un navire de guerre Caïus Volusénus, qu'il juge propre à cette mission. Il lui demande de faire une reconnaissance d'ensemble et de partir au plus tôt. Lui-même, avec toutes ses troupes, part pour le pays des Morins, car c'est de là (sans doute Boulogne) que le trajet en Bretagne est le plus court. Il y rassemble des vaisseaux tirés de toutes les contrées voisines et fait venir la flotte qu'il avait construite, l'été précédent, pour la guerre des Vénètes... Ayant rassemblé et fait ponter environ quatre-vingt vaisseaux de transport, nombre qu'il jugeait suffire pour transporter deux légions, il distribua ce qu'il avait en outre de vaisseaux de guerre à son questeur, à ses lieutenants et à ses préfets. A cette flotte s'ajoutaient dix-huit vaisseaux de transport qui étaient à huit mille de là (10 kilomètres), empêchés par le vent de parvenir au même port... Il n'avait que ses premiers vaisseaux lorsqu'il atteignit la Bretagne vers la quatrième heure du jour (25, 26 ou 27 août vers 9 heures du matin), et là, il vit, sur toutes les collines, les troupes des ennemis sous les armes... Il profita d'une marée et d'un vent d'un même coup favorables, pour donner le signal, et, levant l'ancre, il rangea ses navires à sept mille pas de là environ sur une plage unie et découverte (au nord est de Douvres).

     XXIV - Mais les Barbares, s'étant aperçus du dessein des Romains, envoyèrent en avant leur cavalerie et ces chars dont ils ont coutume de se servir dans les combats, et les suivirent avec le reste de leurs troupes pour s'opposer à notre débarquement. Plusieurs circonstances rendaient très difficile la descente : nos vaisseaux, en raison de leur grandeur, ne pouvaient s'arrêter qu'en pleine mer; nos soldats, ignorant la nature des lieux, les mains embarrassées, chargés du poids considérable de leurs armes, devaient à la fois s'élancer des navires, lutter contre les vagues, et se battre avec l'ennemi; tandis que celui-ci, combattant à pied sec ou s'avançant très peu dans l'eau, entièrement libre de ses membres, connaissant parfaitement les lieux, lançait ses traits hardiment et poussait sur nous ses chevaux qui avaient l'habitude de la mer. Nos soldats, épouvantés par ces circonstances et du reste peu faits à ce genre de combat, n'avaient pas la même ardeur et le même entrain qu'ils avaient habituellement dans leurs combats sur terre.

     XXV - Dès que César le vit, il fit un peu éloigner des vaisseaux de transport ses vaisseaux de guerre, dont l'aspect était nouveau pour les Barbares et la manoeuvre plus souple; il leur ordonna de faire force de rames et d'aller se placer sur le flanc droit de l'ennemi, d'où à force de frondes, d'arcs et de balistes, ils devaient le repousser et le refouler. Cette tactique fut d'un grand secours pour les nôtres.... Alors celui qui portait l'aigle de la dixième légion, après avoir invoqué les dieux : "Compagnons, dit-il, sautez à la mer si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l'ennemi; moi, du moins, j'aurai fait mon devoir envers la République et le général". Alors, les nôtres, s'exhortant entre eux à ne point souffrir un tel déshonneur, sautèrent, tous comme un seul homme, hors du vaisseau; ceux des navires voisins, témoins de leur audace, les suivirent et marchèrent à l'ennemi.

 Nota : Le terme "aquila" (aigle) en latin est un terme générique pour désigner une enseigne romaine. Il y avait en effet cinq types différents d'enseignes : aigle, loup, sanglier, taureau, cheval. Le terme "aquila" englobait l'ensemble. La dixième légion citée ci-dessus avait pour emblème le "taureau".

     XXVI - On combattit de part et d'autre avec acharnement;... César fit emplir de soldats les chaloupes des vaisseaux longs et les bateaux de reconnaissance, et il les envoya en renfort à ceux qu'il avait vus en danger. Dès que les nôtres se furent reformés sur le rivage, et qu'ils se virent réunis, ils fondirent sur l'ennemi et ils le mirent en fuite.....

     XXXVI - Des députés vinrent trouver César de la part des ennemis pour lui demander la paix. César doubla le nombre des otages déjà exigés et ordonna de les lui amener sur le continent : l'équinoxe étant proche, il ne voulait pas exposer à une navigation d'hiver des vaisseaux peu solides. profitant d'un vent favorable, il leva l'ancre peu après minuit, et regagna le continent avec tous ses vaisseaux intacts.

     XXXVIII - César établit chez les Belges les quartiers d'hiver de toutes ses légions.

                                      LIVRE CINQUIEME :  La Bretagne, deuxième débarquement

      César, quittant ses quartiers d'hiver pour aller en Italie, ordonne aux lieutenants qu'il avait mis à la tête de ses légions d'avoir soin, au cours de l'hiver, de construire le plus de vaisseaux qu'il serait possible et de réparer les anciens. Il en détermine les dimensions et la forme. Pour qu'on puisse les charger et les mettre à sec rapidement, il les fait faire un peu plus bas que ceux dont nous avons coutume d'user sur notre mer; d'autant qu'il avait observé que, par suite du flux et du reflux, les vagues de l'Océan étaient moins fortes; pour les charges et le grand nombre de bêtes de somme qu'ils étaient destinés à transporter, il les commande un peu plus larges que les vaisseaux dont nous nous servons sur les autres mers. Il ordonne qu'ils soient tous à voiles et à rames, ce que leur peu de hauteur rend très facile. Il fait venir d'Espagne tout ce qui est utile à l'armement de ces navires (du cuir, du fer et des joncs pour les cordes)... L'activité régulière des soldats avait suffi pour construire environ six cents navires du modèle que nous avons décrit plus haut, et vingt-huit vaisseaux longs tout armés et prêts. Il donne l'ordre de se rassembler tous au port Itius (Boulogne), d'où il savait que le trajet en Bretagne est très commode ...Alors, se laissant aller au reflux, il fit force de rames pour prendre pied sur cette partie de l'île qu'il avait reconnu l'été précédent, très propice à un débarquement.

     IX - César mit ses troupes à terre et choisit un emplacement convenable pour son camp; instruit par des prisonniers du lieu où s'étaient arrêtés les forces de l'ennemi, il laissa près de la mer dix cohortes et trois cents cavaliers pour la garde des navires; puis, dès la troisième veille il marcha à l'ennemi. Il avait fait dans la nuit environ douze mille pas, lorsqu'il aperçut les forces de l'ennemi (sans doute à Conterbery)... 

      X - Le lendemain matin, il partagea les fantassins et les cavaliers en trois corps et les envoya à la poursuite de l'ennemi. Ils avaient fait une assez longue route, et les derniers fuyards étaient en vue, quand des cavaliers, envoyés par Quintus Atrius, vinrent annoncer à César que, la nuit précédente, il s'était élevé une très forte tempête qui avait brisé et jeté à la côte presque tous les vaisseaux, car les ancres ni les cordages n'avaient pu résister ...

     XI - A cette nouvelle, César ordonne qu'on rappelle ses légions et ses cavaliers, et qu'elles cessent leur poursuite; ...quarante navires environ étaient perdus; les autres pouvaient être réparés à force de travail. Il choisit des ouvriers dans les légions et en fait venir d'autres du continent. Il écrit à Labénius de construire, avec les légions dont il dispose, le plus de navires qu'il pourrait... Il consume dix jours environ à ces travaux, sans que le soldat prenne, même la nuit, le moindre repos. Quand les navires sont mis à sec, que le camp est remarquablement fortifié, il laisse pour garder les vaisseaux les mêmes troupes qu'auparavant et retourne à l'endroit d'où il était parti. A son arrivée, il trouve des troupes de Bretons déjà assez importantes qu'y s'y étaient rassemblées de toutes parts. Le commandement suprême et le soin de la guerre avaient été confiés, d'un consentement unanime, à Cassivellaune, dont le pays est séparé des états maritimes par un fleuve qu'on nomme la Tamise, à quatre-vingt mille pas de la mer environ.

    XII - IMPRESSIONS de BRETAGNE : L'intérieur de la Bretagne est peuplée d'habitants qui se présentent, d'après une tradition orale, comme des indigènes; la partie maritime, par des peuplades venues de Belgique pour piller et faire la guerre (elles ont presque toutes gardé le nom des états dont elles étaient originaires, lorsqu'elles vinrent dans le pays, les armes à la main, pour s'y fixer et cultiver le sol). L'île est immensément peuplée, les maisons y sont abondantes, presque semblables à celles des Gaulois, le bétail y est fort nombreux. Pour monnaie, on se sert de cuivre, de pièces d'or ou de lingots de fer d'un poids déterminé. Les régions du centre produisent de l'étain (Nota : erreur! en Cornouailles...), les régions côtières du fer, mais en petite quantité (Nota : autre erreur : la Bretagne dispose de fer en grande quantité); le cuivre qu'ils emploient leur vient du dehors. Il y a des arbres de toute espèce, comme en Gaule, à l'exception du hêtre et du sapin. Ils considèrent le lièvre, la poule et l'oie, comme une nourriture défendue; ils en élèvent cependant, par goût et par forme d'amusement. Le climat est plus tempéré que celui de la Gaule, et les froids y sont moins rigoureux.

     XIV - De tous ces Bretons, les plus civilisés sont ceux qui habitent le Cantium (Kent), région toute maritime et dont les moeurs ne diffèrent pas beaucoup de celles des Gaulois. La plupart de ceux qui occupent l'intérieur ne sèment pas de blé; ils vivent de lait et de viande, et sont vêtus de peaux. Tous les Bretons se teignent avec du pastel, ce qui leur donne une couleur azurée, et ajoute, dans les combats, à l'horreur de leur aspect. Ils portent leurs cheveux longs et se rasent toutes les parties du corps, à l'exception de la tête et de la lèvre supérieure. Ils se mettent à dix ou à douze pour avoir des femmes en commun, particulièrement les frères avec les frères et les pères avec les fils. Mais les enfants qui naissent de cette communauté sont censés appartenir à celui qui a introduit la mère, encore jeune fille, dans la maison.

    XVI -   (LA GUERILLA) ... on comprit que nos soldats, chargés d'armes pesantes, ne pouvant poursuivre l'ennemi, s'il se retirait, et n'osant s'éloigner de leurs enseignes, étaient peu préparés à un tel adversaire; que le combat offrait aussi de grands dangers pour nos cavaliers, parce que le plus souvent les Bretons feignaient de fuir, et, quand ils avaient un peu attirés les nôtres loin des légions, ils sautaient à bas de leurs chars et engageaient à pied un combat inégal. Ce système de combat de cavalerie offrait exactement le même danger pour le poursuivant et pour le poursuivi. Ajoutez à cela qu'ils ne combattaient jamais en masse, mais par troupes isolées, et à de grandes distances; et qu'ils avaient des postes de réserve échelonnés, permettant de se replier successivement de l'un à l'autre et de remplacer les hommes fatigués par des réserves fraîches.

     XXII - Cassivellaune envoie dans le Cantium, sur les bords de la mer, et que commandent quatre rois : Cingétorix, Carvilius, Taximagule et Ségovax, des messagers avec l'ordre d'assembler toutes leurs troupes et d'assaillir et attaquer à l'improviste le camp des vaisseaux. Quand ils y vinrent, les nôtres firent une sortie, en tuèrent un grand nombre, prirent même un chef noble, Lugotorix, et rentrèrent sans perte dans le camp. A la nouvelle de ce combat, Cassivellaune, découragé par tant de pertes, voyant la dévastation de son pays et accablé surtout par la défection des états, envoie des députés à César pour traiter de sa reddition. César, qui avait décidé de passer l'hiver sur le continent, à cause des mouvements soudains qui pouvaient se produire en Gaule, voyant que l'été approchait de sa fin et que l'ennemi pouvait facilement traîner l'affaire en longueur, exige des otages et fixe le tribut que la Bretagne paierait chaque année au peuple romain.
     XXIII - Après avoir reçu les otages, il ramène son armée au bord de la mer, et trouve les vaisseaux réparés. Il les fait mettre à l'eau, et comme il avait un grand nombre de prisonniers et que plusieurs vaisseaux avaient péri dans la tempête, il décide de ramener son armée en deux traversées (mi août et mi-septembre). Et la chance voulut que de tant de navires et sur tant de traversées, ni cette année, ni la précédente, aucun des vaisseaux qui portaient des soldats ne périt; mais de ceux qui lui étaient renvoyés à vide du continent, après avoir déposé à terre les soldats de la première traversée, ou des soixante navires que Labiénus avait fait construire après le départ de l'expédition, très peu arrivèrent à destination; presque tous furent rejetés à la côte. Après les avoir attendus en vain pendant un bon moment, César, craignant d'être empêché de naviguer par la saison, car on s'approchait de l'équinoxe, fut contraint d'entasser ses soldats plus à l'étroit, et profitant d'un grand calme qui suivit, il leva l'ancre au début de la seconde veille et atteignit la terre au point du jour, sans avoir perdu un seul vaisseau.

                                               LIVRE SIXIEME : ...Après la mort d'Indutiomare, les Trévires (peuple sur les deux rives de la Moselle) défèrent le pouvoir à ses proches. Ceux-ci ne cessent de solliciter les Germains de leur voisinage et de leur promettre des subsides; ne pouvant rien obtenir des plus proches, ils s'adressent à de plus éloignés. César, voyant que de toutes parts on préparait la guerre; que les Nerviens, les Atuatuques, les Ménapes, ainsi que tous les Germains cisrhénans étaient en armes; que les Sénones ne se rendaient pas à ses ordres et se concertaient avec les Carnutes (Centre géographique de la Gaule, secteur de Orléans (Génabum). C'est dans les forêts des Carnutes que se trouvait le siège principal du culte druidique); que les Trévires sollicitaient les Germains par de fréquentes ambassades, César pensa qu'il lui fallait précipiter la guerre.

     III - Aussi, sans attendre la fin de l'hiver, il réunit les quatre légions les plus proches (celles de César, Cicéron, Crassus et Fabius qui hivernaient chez les Morins) et se porte à l'improviste sur le pays des Nerviens; avant qu'ils pussent se rassembler ou fuir, il leur prit un grand nombre d'hommes et de bestiaux, abandonna ce butin aux soldats, dévasta leurs terres et les força à faire soumission et à lui donner des otages. Après cette expédition rapide, il ramena les légions dans leurs quartiers d'hiver. Dès le commencement du printemps, il convoque, selon l'usage qu'il avait institué, l'assemblée de la Gaule; tous y vinrent, à l'exception des Sénones (sud de la Champagne), des Carnutes et des Trévires; il regarda cette abstention comme le début de la guerre et de la révolte, et pour faire voir que tout le reste est secondaire, il transporte l'assemblée à Lutèce, ville des Parisiens. Ceux-ci confinaient avec les Sénones et avaient anciennement formés un seul état avec eux; mais ils paraissaient être étrangers au complot.

    IV - A la nouvelle de son approche, Accon, qui avait été l'instigateur du complot, ordonne à la multitude de se rassembler dans les places fortes; mais comme elle s'y employait, et avant que l'ordre ne pût être exécuté, on annonce l'arrivée des Romains; forcés de renoncer à leur projet, ils envoient des députés à César pour l'implorer; ils ont recours à la médiation des Eduens, qui depuis très longtemps protégeaient leur état. Les Carnutes lui envoient aussi chez les Sénones des députés et des otages, font implorer leur pardon par les Rèmes dont ils étaient les clients.

     XI MOEURS GAULOISES : ... sur les moeurs de la Gaule et de la Germanie et sur les différences qui séparent ces nations. En Gaule, non seulement dans chaque état, et dans chaque petit pays et fraction de pays, mais encore jusque dans chaque famille, il y a des partis : à la tête de ces partis sont les hommes qui passent pour avoir plus de crédit, et à qui il appartient de juger et de décider pour toutes les affaires et décisions. Cette institution, qui est très ancienne, semble pour but de fournir à tout homme du peuple une protection contre plus puissant que lui : car aucun chef ne laisse opprimer ou circonvenir les siens, et s'il lui arrive d'agir autrement, il perd tout crédit auprès des siens. Ce même système est appliqué dans l'ensemble de la Gaule tout entière : car tous les états y sont divisés en deux partis.

     XII - A l'arrivée de César en Gaule, l'un des partis avait pour chef les Eduens (entre Loire et Saône) l'autre, les Séquanais (entre Saône, Rhône, Jura, Rhin et Vosges). Ceux-ci qui étaient moins forts par eux-mêmes, car depuis longtemps l'influence principale appartenait aux Eduens, dont la clientèle était considérable, s'étaient adjoint Arioviste et ses Germains et se les étaient attachés à force de sacrifices et de promesses. Victorieux dans plusieurs batailles, où toute la noblesse des Eduens avait péri, ils avaient pris une telle prépondérance qu'une grande partie des Eduens passèrent de leur côté; les Séquanais s'attribuèrent la partie du territoire limitrophe qu'ils avaient conquise et obtinrent la suprématie dans toute la Gaule....

     Avec l'arrivée de César, la face des choses changea complètement : leurs otages furent rendus aux Eduens; et les Séquanais avaient perdu leur suprématie. Les Rèmes  (Belges du bord de l'Aisne, Reims) avaient pris leur place. La situation était alors la suivante : le premier rang, et de loin, aux Eduens; le second, aux Rèmes.

     XIII - Dans l'ensemble de la Gaule il y a deux classes d'hommes : pour le bas peuple, il n'y a que le rang d'esclave, n'osant rien par lui-même et n'étant consulté sur rien. La plupart, quand ils se voient accablés de dettes, écrasés d'impôts, en butte aux violences de gens plus puissants, se mettent au service des nobles, qui ont sur eux les mêmes droits que les maîtres sur les esclaves.
     Quant à ces deux classes dont nous parlions, l'une est celle des DRUIDES, l'autre des CHEVALIERS.

     Les premiers s'occupent des choses divines, président aux sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses. Un grand nombre d'adolescents viennent s'instruire auprès d'eux, et ils sont l'objet d'une grande vénération. Ce sont eux, en effet, qui décident de presque toutes les contestations publiques ou privées, et, s'il est commis quelque crime, et s'il y a eu meurtre, s'il élève un débat à propos d'héritage ou de limites, ce sont eux qui tranchent, qui fixent les dommages et les peines; si un particulier ou un état ne défère pas à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices. Cette peine est chez eux la plus grave de toutes. Ceux contre qui est prononcée cette interdiction sont mis au nombre des impies et des criminels; on s'écarte d'eux, on fuit leur abord et leur entretien, craignant d'attraper à leur contact un mal funeste; ils ne sont pas admis à demander justice et n'ont part à aucun honneur. Tous ces druides sont commandés par un chef unique, qui exerce parmi eux l'autorité suprême. A sa mort, si l'un d'entre eux l'emporte par le mérite, il lui succède; si plusieurs ont des titres égaux, le suffrage des druides choisit entre eux; parfois même ils conquièrent le principal les armes à la main. A une époque déterminée de l'année, ils tiennent leurs assises dans un lieu consacré, au pays des Carnutes, qui passe pour être au centre de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts tous ceux qui ont des différends, et ils se soumettent à leurs jugements et à leurs décisions. Leur doctrine a pris naissance, croit-on, en Bretagne, et a été, de là, transportée en Gaule; et, aujourd'hui encore, ceux qui veulent en avoir une connaissance plus minutieuse, partent généralement là-bas pour s'y instruire.

     XIV - Les DRUIDES n'ont point coutume d'aller à la guerre ni de payer des impôts comme le reste des Gaulois; ils sont dispensé du service militaire et exempts de toute espèce de charge. Poussés par de si grands avantages, beaucoup viennent spontanément suivre leur enseignement, beaucoup leur sont envoyés par leurs parents ou leurs proches. Là ils apprennent par coeur, à ce qu'on dit, un grand nombre de vers : aussi certains demeurent-ils vingt ans à leur école. Ils estiment que la religion interdit de confier ces cours à l'écriture, alors que pour le reste en général, pour les comptes publics et privés, ils se servent de l'alphabet grec. Ils me paraissent avoir établi cet usage pour deux raisons, parce qu'ils ne veulent ni divulguer leur doctrine ni voir leurs élèves, se fiant sur l'écriture, négliger leur mémoire; car il arrive presque toujours que l'aide des textes a pour conséquence un moindre zèle pour apprendre par coeur et une diminution de la mémoire. Ce qu'ils cherchent surtout à persuader, c'est que les âmes ne meurent pas, mais passent après la mort d'un corps dans un autre; cette croyance leur semble particulièrement propre à exciter le courage, en supprimant la crainte de la mort. Ils discutent aussi abondamment sur les astres et leur mouvement, sur la grandeur du monde et de la terre, sur la nature des choses, sur la puissance et le pouvoir des dieux immortels, et ils transmettent ces spéculations à la jeunesse.

    XV - L'autre classe est celle des CHEVALIERS. Quand besoin est que quelque guerre survient (et avant l'arrivée de César, il ne se passait presque pas d'année sans qu'il y eût quelque guerre offensive ou défensive), ils prennent tous part à la guerre; et chacun d'eux, selon sa naissance ou l'ampleur de ses ressources, a autour de lui un plus ou moins grand nombre d'ambacts et de clients. C'est le seul signe de crédit et de puissance qu'ils connaissent.

     XVI- La Nation des GAULOIS est, dans son ensemble, très adonnée aux pratiques religieuses; et c'est pourquoi ceux qui sont atteints de maladies graves, ceux qui vivent dans les combats et leurs périls, immolent ou font voeu d'immoler des êtres humains en guise de victimes. Ils se servent pour ces sacrifices du ministère des druides; ils pensent, en effet, que c'est seulement en rachetant la vie d'un homme par la vie d'un autre homme que la puissance des dieux immortels peut être apaisée. Ils ont des sacrifices de ce genre qui sont d'institution publique. Certains ont des mannequins d'une taille énorme, dont ils remplissent d'hommes vivants la carapace tressée d'osier, l'on y met le feu, et les hommes périssent enveloppés par la flamme. Les supplices de ceux qui ont été arrêtés en flagrant délit de vol ou de brigandage ou pour quelque autre crime passent pour plaire davantage aux dieux immortels; mais lorsqu'on n'a pas assez de victimes de cette sorte, on en vient jusqu'à sacrifier même des innocents.

     XVII - Le dieu qu'ils honorent le plus est MERCURE. Ses statues sont les plus nombreuses. Ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs sur les routes, comme le plus capable de faire gagner de l'argent et prospérer le commerce. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations : Apollon chasse les maladies, Minerve enseigne les éléments des travaux et des métiers, Jupiter exerce son empire sur les hôtes des cieux, Mars gouverne les guerres. Quand ils ont résolu de livrer bataille, ils font voeu en général de lui donner ce qu'ils auront pris à la guerre; après la victoire, ils lui immolent le butin vivant et entassent le reste en un seul endroit...

     XVIII - Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c'est une tradition qu'ils disent tenir des druides. C'est pour cette raison qu'ils mesurent le temps par le nombre des nuits, et non pas celui des jours. Ils calculent les dates de naissance, les débuts de mois et d'années en commençant la journée par la nuit. Dans les autres usages de la vie, ils diffèrent surtout des autres peuples par une coutume particulière qui consiste à ne pas permettre à leurs enfants de les aborder en public, avant l'âge où ils sont capables du service militaire; et c'est une honte pour eux qu'un fils en bas âge prenne place dans un lieu public sous les yeux de son père.

     XIX - Les maris mettent en communauté, avec la somme d'argent qu'ils reçoivent en dot de leurs femmes, une part de leurs biens égale - estimation faite - à cette dot. On fait de ce capital un compte joint et l'on en réserve les intérêts; celui des deux époux qui survit à l'autre reçoit la part des deux avec les intérêts accumulés. Les maris ont droit de vie et de mort sur leurs femmes comme sur leurs enfants. Lorsqu'un père de famille d'illustre naissance vient à mourir, ses proches s'assemblent et, si cette mort fait naître quelque soupçon, les femmes sont mises à la question comme des esclaves; si le crime est prouvé, elles sont livrées au feu et aux plus cruels tourments et supplices. Les funérailles, eu égard à la civilisation des Gaulois, sont magnifiques et somptueuses; tout ce qu'on pense que le défunt a chéri pendant sa vie est porté au bûcher, même les animaux; il y a peu de temps encore, quand la cérémonie funèbre était complète, on brûlait avec lui les esclaves et les clients qui lui avaient été chers.

     XXI Les moeurs des GERMAINS : ... très différentes. En effet, ils n'ont ni druides qui président au culte des dieux ni aucun goût pour les sacrifices. Ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu'ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, Vulcain, la Lune; ils n'ont même pas entendu parler des autres. Toute leur vie se passe en chasses et en exercices militaires; dès leur enfance, ils s'habituent à la fatigue et à la dure. Ceux qui ont gardé le plus longtemps leur virginité sont fort estimés de leur entourage; ils pensent qu'on devient ainsi plus grand, plus fort, et plus musclé. C'est une des hontes les plus grandes parmi eux que de connaître la femme avant l'âge de vingt ans : on ne fait d'ailleurs pas mystère de ces choses, car il y a des bains mixtes dans les rivières, et les vêtements en usage sont des peaux ou de courts rénons, qui laissent à nu une grande partie du corps.

     XXII - Ils n'ont point goût pour l'agriculture; leur alimentation consiste pour une grande part en lait, fromage et viande. Nul n'a chez eux de champs limités ni de domaine qui lui appartienne en propre; mais les magistrats et les chefs assignent pour chaque année, aux familles et aux groupes de parents qui vivent ensemble, des terres en telle quantité et en tel lieu qu'ils le jugent convenable; l'année suivante, ils les obligent de passer ailleurs. Ils allèguent de nombreuses raisons de cet usage : ils craignent qu'en prenant l'habitude de la vie sédentaire ils ne négligent la guerre pour l'agriculture; qu'ils ne songent à étendre leurs possessions et qu'on ne voie les plus forts dépouiller les plus faibles; qu'ils n'apportent trop de soins à bâtir des maisons pour se garantir du froid et de la chaleur; que ne s'éveille l'amour de l'argent, qui fait naître les factions et les discordes; ils veulent contenir le peuple par le sentiment de l'égalité, chacun se voyant l'égal, en fortune, des plus puissants.

     XXIV - Il fut un temps où les Gaulois surpassaient les Germains en bravoure, portaient la guerre chez eux, envoyaient des colonies au-delà du Rhin parce qu'ils étaient nombreux et manquaient de terres. C'est ainsi que les contrées les plus fertiles de la Germanie, aux environs de la forêt hercynienne furent occupées par les Volques Tectosages qui s'y fixèrent. Ce peuple s'y est maintenu jusqu'à ce jour, et il a la plus grande réputation de justice et de gloire guerrière.

     Aujourd'hui encore les Germains vivent dans la même pauvreté, la même indigence, la même endurance, ils ont le même genre de nourriture et de costume. Les Gaulois, au contraire, grâce au voisinage de la Province et aux importations du commerce maritime, ont appris à jouir d'une vie large et aisée; accoutumés peu à peu à se laisser battre, vaincus en de nombreux combats, eux-mêmes ne se comparent même plus aux Germains pour la valeur.

     XXV/XXVI - CESAR ET LA "LICORNE"!!!! La forêt hercynienne, s'étendant aux frontières des Hélvètes au long du Danube... Il n'est aucun Germain de cette contrée qui, après soixante jours de marche, puisse dire qu'il est arrivé au bout, ni savoir en quel lieu elle commence. On assure qu'elle renferme beaucoup d'espèces de bêtes sauvages qu'on ne voit pas ailleurs... D'abord un boeuf, ayant la forme d'un cerf, et portant au milieu du front, entre les oreilles, une CORNE UNIQUE, plus haute et plus droite que celles qui nous sont connues; à son sommet elle s'épanouit en empaumures et en rameaux. Mâle et femelle sont de même type, ont des cornes de même forme et de même grandeur.

     XXVII - Il y a aussi les animaux qu'on nomme ELANS. leur forme et la variété de leurs pelages ressemblent à celles des chèvres; ils les dépassent un peu par la taille, et ils ont des jambes sans articulations et sans noeuds; ils ne se couchent point pour dormir, et, s'ils tombent accidentellement, ils ne peuvent se redresser ni se soulever. Les arbres leur servent de lits : ils s'y appuient, et c'est ainsi, simplement un peu penchés, qu'ils goûtent le repos. Lorsqu'en suivant leurs traces les chasseurs ont reconnu leur retraite habituelle, ils déracinent ou scient tous les arbres du lieu, mais de manière qu'ils aient l'air de tenir encore debout. Les animaux, en venant s'y appuyer comme d'habitude, les font fléchir sous leurs poids et tombent avec eux.

     XXVIII - Une troisième espèce est celle des animaux qu'on nomme  URUS. Ils sont pour la taille un peu au-dessous des éléphants, avec l'aspect, la couleur et la forme du taureau. Leur force est grande et grande leur vitesse : ils n'épargnent ni l'homme ni la bête  qu'ils ont aperçus. On s'applique à les prendre dans des fosses et on les tue. Ce genre de chasse est pour les jeunes un exercice qui les endurcit à la fatigue. Ceux qui ont tué le plus de ces animaux en rapportent les cornes au public, pour prouver leur exploit, et reçoivent de grands éloges. On ne peut d'ailleurs ni habituer l'urus à l'homme ni l'apprivoiser, même en le prenant tout petit. Ses cornes diffèrent beaucoup par la grandeur, la forme, l'aspect de celles de nos boeufs. Elles sont soigneusement recherchées : on encercle les bords d'argent et l'on s'en sert comme de COUPES dans les très grands festins.

                                                      LIVRE SEPTIEME : VERCINGETORIX

     I - La Gaule une fois tranquille, César par pour l'Italie afin d'y tenir ses assises. Là il apprend le meurtre de Publius Clodius et, ayant eu connaissance du sénatus-consulte qui appelait aux armes toute la jeunesse d'Italie, il décide de faire une levée dans toute la Province. La nouvelle des événements se répand vite dans la Gaule transalpine. Les Gaulois y ajoutent d'eux-mêmes et font circuler le bruit, qui leur paraissait en rapport avec les circonstances, que César était retenu par les troubles de la Ville et empêché, en présence d'aussi graves dissensions, de se rendre à l'armée. Les chefs de la Gaule, s'étant fixé des réunions entre eux en des lieux écartés, au milieu des bois, se plaignent de la mort d'Accon (chef Sénone -vers Sens/Montargis - mis à mort par César); ils montrent que ce sort peut les atteindre eux-mêmes; ils déplorent le commun malheur de la Gaule; par toutes sortes de promesses et de récompenses ils demandent qu'on commence la guerre et qu'on rende au péril de sa vie la liberté à la Gaule. Selon eux, la première chose à faire est de fermer à César le retour vers son armée, avant qu'éclatent leurs complots clandestins. C'est chose facile, car les légions n'osent pas sortir de leurs quartiers d'hiver en l'absence de leur général...

     II/III - Après un vif débat sur ces questions, les Carnutes déclarent "qu'il n'est pas de danger qu'ils n'acceptent pour le salut commun et promettent de prendre les armes les premiers; .. ils demandent de ne point les abandonner après qu'ils auront commencé la guerre". Tous ceux qui étaient présents prêtent le serment... Les carnutes, sous la conduite de Gutruat et de Conconnétodumne, hommes dont on ne pouvait attendre que des folies, courent à un signal donné sur Génabum, massacrent les citoyens romains qui s'y étaient établis pour faire des affaires et mettent leurs biens au pillage. La nouvelle parvint vite à tous les états de la Gaule. En effet, quand il arrive un événement important ou remarquable, les Gaulois l'annoncent de champ en champ et de contrée en contrée par une clameur qu'on recueille et transmet de proche en proche. Ainsi ce qui s'était passé à Génabum au lever du soleil fut su avant la fin de la première veille dans le pays des Arvernes qui était éloigné de cent soixante mille pas environ.

     IV - Là, usant du même procédé, Vercingétorix, fils de Celtille, Arverne, jeune homme dont la puissance était fort grande, et dont le père, qui avait exercé le principat de toute la Gaule, avait été mis à mort par ses compatriotes parce qu'il convoitait la royauté, convoque ses clients et les enflamme facilement. Sitôt que son projet est connu, on court aux armes; Gobanition, son oncle, et les autres chefs qui n'étaient pas d'avis de tenter la fortune, le chassent de la place forte de Gergovie; cependant il ne se rebute pas et il enrôle dans la campagne des gens dénués de tout et perdus de crimes. Après avoir réuni cette bande, il rallie à sa cause tous ceux de ses compatriotes qu'il rencontre, les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune, et, ayant rassemblé de grandes forces, il chassa de  l'état ses adversaires qui peu de temps auparavant l'avaient chassé lui-même. Il est proclamé roi par ses partisans, envoie des ambassades de tous côtés, supplie qu'on reste dans la foi jurée. Rapidement il s'attache les Sénones, les Parisiens, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les Lémovices, les Andes et tous les autres peuples qui touchent à l'Océan; d'un consentement unanime, le commandement suprême lui est déféré. Revêtu de ce pouvoir, il exige de tous ces états des otages, ordonne qu'un nombre déterminé de soldats lui soit rapidement amené, fixe la quantité d'armes que chaque état doit fabriquer dans un délai marqué, donne un soin particulier à la cavalerie, joint à une extrême diligence une extrême sévérité dans le commandement, contraint par la rigueur du supplice des hésitants. C'est ainsi qu'une faute grave est punie par le feu et toutes sortes de supplices; que pour une faute légère, il renvoie le coupable chez lui après lui avoir fait couper les oreilles ou crever un oeil, afin qu'il serve d'exemple et que la grandeur du châtiment frappe les autres de terreur.

     VIII - César part chez les Helviens. Quoique les montagnes des Cévennes, qui forment une barrière entre les Arvernes et les Helviens, fussent en cette saison, qui était la plus rude de l'année, couvertes d'une neige épaisse qui empêchait de passer, néanmoins les soldats écartent la neige sur une profondeur de six pieds et, après s'être frayé ainsi des chemins à force de peine, ils débouchent dans le pays des Arvernes. Leur arrivée inattendue les frappe de stupeur, car ils se croyaient défendus par les Cévennes comme par un mur, et jamais en cette saison même un voyageur isolé n'avait pu passer par les sentiers; César ordonne alors à ses cavaliers de s'étendre le plus loin possible, et de jeter chez l'ennemi le plus de frayeur qu'ils pourraient. Rapidement, par la rumeur et par des courriers, Vercingétorix est informé de ces événements; tous les Arvernes, au comble de la frayeur, l'entourent, le conjurent de songer à leurs biens, et de ne pas les laisser piller par l'ennemi, d'autant qu'il voit bien que tout le poids de la guerre était rejeté sur eux...

     XXI - Toute la foule pousse une clameur et, selon sa coutume (tout comme les Germains), fait cliqueter ses armes : c'est sa manière de faire quand elle approuve un discours : "Vercingétorix, dit-elle, est un grand chef..."

    XXII - A la singulière valeur de nos soldats les Gaulois opposaient toutes sortes d'inventions : car c'est une race d'une extrême ingéniosité, et qui a les plus grandes aptitudes pour imiter et accomplir tout ce qu'elle voit faire. C'est ainsi qu'à l'aide de lacets ils détournaient nos faux, et, lorsqu'ils les avaient accrochées, ils les tiraient en dedans de leurs murs avec des machines; ils ruinaient notre terrasse par des mines souterraines; d'autant plus savants dans cet art qu'il y a chez eux de grandes mines de fer et que toutes les sortes de galeries souterraines leur sont connues et familières. Ils avaient de tous côtés garni tout leur rempart de tours reliées par un plancher et recouvertes de peaux. Nuit et jour ils faisaient de fréquentes sorties, ou mettaient le feu à la terrasse; ou tombaient sur nos soldats en train de travailler; et à mesure que l'avance quotidienne de nos travaux augmentaient la hauteur de nos tours, ils élevaient les leurs à proportion, en reliant entre eux leurs poteaux; ils gênaient l'achèvement de nos mines, en lançant dans leur partie découvertes des pieux pointus et durcis au feu, de la poix bouillante, des pierres d'un poids considérable, et nous empêchaient ainsi d'approcher jusqu'aux murs.

     XXV - FAITS HEROIQUES! Le reste de la nuit s'était écoulé, et l'on combattait encore sur tous les points : l'espérance de la victoire se ranimait sans cesse chez les ennemis, d'autant qu'ils voyaient les mantelets de nos tours détruits par le feu, et qu'ils remarquaient la difficulté qu'éprouvaient les nôtres pour venir, à découvert, au secours de leurs compagnons, tandis qu'eux-mêmes remplaçaient sans cesse leurs troupes fatiguées par des troupes fraîches, et pensaient que tout le salut de la Gaule dépendait de ce seul instant. Il se passa alors sous nos yeux un fait qui nous a paru digne de mémoire et que nous n'avons pas cru devoir omettre. Il y avait, devant la porte de la ville, un Gaulois qui jetait dans le feu, en direction de la tour, des boules de suif et de poix qu'on lui passait de main en main : un trait de scorpion (ou baliste, système avec ressort de torsion qui donne une grande vitesse d'éjection des flèches; arme précise et puissante, très redoutée pouvant atteindre 300 mètres) l'atteignit mortellement au flanc droit et il s'affaissa sur lui-même. Un de ses voisins, enjambant son cadavre, le remplaça dans sa besogne; il périt de même frappé à son tour par le scorpion. Un troisième lui succéda, et au troisième, un quatrième; et la porte ne fut évacuée par ses défenseurs qu'après que le feu de la terrasse fut éteint et que la défaite des ennemis repoussés de toutes parts eut mis fin au combat.

   

     XXVII - AVARICUM (Bourges) Capitale des Bituriges , l'une des trois ou quatre plus belles et plus riches cités de la Gaule, le MASSACRE : Au vingt-septième jour du siège, comme César faisait avancer une tour et redresser les ouvrages qu'il avait entrepris, il survint une pluie abondante, et il lui parut que cette circonstance n'était pas défavorable à l'attaque, car il voyait que les gardes étaient négligemment réparties sur le rempart : il ordonne aux siens de ralentir leur travail... Il réunit secrètement les légions, en tenue de combat, en deçà des baraques, et les exhorta à cueillir, enfin, après tant de fatigues, le fruit de la victoire... Ils s'élancèrent soudain de toutes parts et rapidement eurent gravi le rempart.

     XXVIII - Les ennemis, surpris, épouvantés, chassés de leur rempart et de leurs tours, se formèrent en coin sur le forum et dans les lieux les plus ouverts, avec l'intention de quelque côté que vint l'attaque, de livrer une bataille rangée. Mais quand ils virent que nos soldats, au lieu de descendre lutter de plain-pied, se répandaient de tous côtés le long des remparts, la crainte de se voir ôter toute espérance de fuir leur fit jeter les armes et gagner tout d'une traite l'extrémité de la place; là une partie d'entre eux se pressant devant l'issue étroite des portes, fut massacrée par nos soldats; l'autre, qui était déjà sortie par les portes, exterminée par nos cavaliers. Personne ne songea au butin : excités par le souvenir du massacre de Génabum et par les fatigues du siège, ils n'épargnèrent ni les vieillards ni les femmes ni les enfants. Bref, sur un total de quarante mille hommes environ, huit cents à peine, qui s'enfuirent de la place aux premiers cris, arrivèrent sains et saufs près de Vercingétorix...

      XXIX - Le lendemain, ayant convoqué le conseil, il les exhorta "à ne pas se laisser abattre ni bouleverser par un revers : ce n'était point par leur valeur et en bataille rangée que les Romains les avaient vaincus, mais grâce à une pratique et un art des sièges... Les états gaulois jusqu'alors séparés des autres, allaient, par ses soins, entrer dans son alliance, et il ferait de toute la Gaule un seul et même faisceau de volontés, auquel le monde ne saurait résister....

     XXXI - Vercingétorix ne s'efforçait pas moins de rallier, comme il l'avait promis, les autres états et cherchait à gagner leurs chefs par des dons (il avait fait frapper des statères d'or, portant : à l'avers, sa figure idéalisée et, en exergue, VERCINGETORIX; au revers, un cheval au galop et une amphore).

     XXXIV - (César) partagea son armée en deux : donna quatre légions à Labénius pour marcher contre les Sénones et les Parisiens, et mena lui-même les six autres chez les Arvernes, vers GERGOVIE, le long de la rivière de l'Allier. Il donna une partie de la cavalerie à Labénius et garda l'autre. A cette nouvelle, Vercingétorix, après avoir coupé tous les ponts de l'Allier, se mit à remonter la rivière en suivant l'autre rive.

     XXXV - (César) établit son camp dans un lieu couvert de bois en face d'un des ponts que Vercingétorix avait fait détruire; le lendemain, il y resta caché avec deux légions et fit partir comme à l'habitude le reste de ses troupes avec tous les bagages, après avoir fractionné certaines cohortes, afin que le nombre de légions parût demeurer le même. Il leur ordonna de se porter aussi loin qu'elles pourraient, et, quand il pensa que le moment était venu où elles devaient être arrivées à leur campement, il se mit à rétablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inférieure restait entière (celui de Moulins sans doute). L'ouvrage ayant été promptement terminé, il fit passer les légions, choisit un emplacement favorable pour son camp et rappela le reste des troupes.

                                                     GERGOVIE, près de l'Allier

     XXXVI - César, une fois l'Allier franchi, parvint à Gergovie en cinq jours; le même jour, après une légère escarmouche de cavalerie, il reconnut la place et, la voyant située sur une très haute montagne, dont tous les accès étaient difficiles, il désespéra de l'enlever de force; quant au siège, il résolut de n'y point songer avant d'avoir pourvu au ravitaillement en blé. De son côté, Vercingétorix avait assis son camp près de la ville, sur la hauteur, et il avait rangé autour de lui les forces de chaque Etat, en ne les séparant que par un faible intervalle; tous les sommets de cette chaîne que la vue découvrait étaient occupés par ses troupes, et présentaient un aspect terrible (Risolles 723 m., le puy de Jussat 661 m., la Roche-Blanche 561 m.).

                                                                                      

     XLVI/XLVII - Le mur de la place forte, en ligne droite et sans détour, était de douze cents pas, de l'endroit où, dans la plaine, commençait la montée. Mais tous les détours qu'on avait faits pour adoucir l'ascension augmentaient la longueur du chemin. A mi-colline environ et dans toute sa longueur, autant que le permettait la nature du sol, les Gaulois avaient construit un mur d'énormes pierres, haut de six pieds, pour retarder l'assaut des nôtres; et, laissant vide toute la partie basse, ils avaient rempli de campements très serrés la partie supérieure de la colline, jusqu'au mur de la place. Nos soldats, au signal donné, parviennent vite à la fortification, la franchissent et se rendent maîtres de trois camps ... César, ayant atteint le but qu'il s'était proposé, ordonna de sonner la retraite, et après avoir harangué la dixième légion, avec laquelle il était (Equestris), il lui fit faire halte. Les soldats des autres légions n'entendirent pas le signal de la trompette; séparés qu'ils étaient par une vallée assez grande; pourtant, les tribuns militaires et les lieutenants, suivant les instructions de César, s'efforçaient de les retenir. Mais, exaltés par l'espoir d'une prompte victoire, par la fuite de l'ennemi, par leurs succès précédents, ils pensaient qu'il n'y avait rien de si ardu que leur valeur ne pût atteindre, et ils ne cessèrent leur poursuite qu'à l'approche du rempart et des portes de la ville...

     XLVIII - Cependant ceux des Gaulois qui s'étaient rassemblés de l'autre côté de la place forte pour y faire des travaux de défense, après avoir d'abord entendu la clameur, puis reçu à plusieurs reprises la nouvelle que la ville était au pouvoir des Romains, envoyèrent des cavaliers en avant et s'y portèrent eux-mêmes au pas de course. A mesure qu'ils arrivaient, ils s'arrêtaient au pied du mur et augmentaient le nombre des combattants... Les Romains soutenaient une lutte qui n'était égale ni par la position ni par le nombre; en outre, épuisés par leur course et la durée du combat, ils ne pouvaient pas tenir tête facilement à des troupes fraîches et intactes...

     LIII/LXIII - Ayant terminé son discours en relevant le courage de ses soldats, en leur disant "de ne pas se décourager pour cela et de ne pas imputer à la valeur de l'ennemi un échec causé par un désavantage de la position", il maintint son projet de départ... il leva le camp pour aller chez les Eduens...A la nouvelle de la défection des Eduens, la guerre s'étend... Maîtres des otages que César avait laissés chez eux, ils effraient par leur supplice les hésitants.. On convoque une ASSEMBLEE de toute la GAULE à Bibracte (Capitale des Eduens, dans le Morvan). Tous, sans exception, confirment le choix de Vercingétorix comme général en chef. Les Rèmes, les Lingons, les Trévires ne prirent point part à cette assemblée; les premiers parce qu'ils restaient fidèles aux Romains, les Trévires, parce qu'ils étaient trop loin, et d'ailleurs pressés par les Germains...

     LXIV/LXV - Vercingétorix exige des otages des autres états. Il donne l'ordre à tous les cavaliers, au nombre de quinze mille, de se réunir rapidement (à Bibracte). Il déclare qu'il se contentera de l'infanterie qu'il avait jusque là (80 000 hommes)... César, voyant l'ennemi supérieur en cavalerie, tous les chemins fermés, et par suite nul moyen de tirer des secours de la Province (Gaule du sud-est, Provence) et de l'Italie, envoie au-delà du Rhin en Germanie vers les Etats qu'il avait soumis les années précédentes (dont les Ubiens) et en obtient des cavaliers et des soldats d'infanterie légère habitués à combattre parmi les cavaliers.

     LXVI/LXVII/LXVIII - Les forces ennemies qui se trouvaient chez les Arvernes et les cavaliers, qui avaient été commandés à toute la Gaule, se réunissent. En ayant formé un corps nombreux, Vercingétorix, - tandis que César faisait route vers le pays des Séquanais en passant par les confins extrêmes des Lingons (vers Langres, en Haute-Marne), pour porter à la Province un plus facile secours, - vint asseoir trois camps à dix mille pas environ des Romains (sur les collines d'Hauteville, d'Ahuy et de Vantoux)... Le lendemain la cavalerie est partagée en trois corps : deux de ces corps se montrent sur nos deux flancs; le troisième fait front à la colonne pour lui barrer la route. A cette nouvelle, César forme également trois divisions de sa cavalerie et la fait aller à l'ennemi. On se bat sur tous les points à la fois. Partout où les nôtres lui paraissaient fléchir ou être trop vivement pressés, César faisait porter de ce côté les enseignes et marcher les cohortes; cette intervention retardait la poursuite des ennemis et ranimait les nôtres par l'espoir d'un secours. Enfin les Germains, à l'aile droite, avisant une hauteur culminante, chassent les ennemis, les poursuivent jusqu'à la rivière, où Vercingétorix s'était placé avec ses forces d'infanterie, et en tuent un grand nombre. Ce que voyant, les autres, qui craignent d'être enveloppés, prennent la fuite. Trois Eduens de la plus noble naissance sont faits prisonniers... Voyant toute sa cavalerie en déroute, Vercingétorix, qui avait rangé ses troupes en avant de son camp, les fit battre en retraite, et prit aussitôt le chemin d'ALESIA, place des Mandubiens (petit peuple du Pays de l'Auxois, Côte d'Or). César fit conduire ses bagages sur la colline la plus proche, sous la garde de deux légions, poursuivit l'ennemi aussi longtemps que la durée du jour le permit, et lui tua environ trois mille hommes de l'arrière-garde; le lendemain il campa devant Alésia. S'étant rendu compte de la situation de la ville, et voyant l'ennemi terrifié parce que s cavalerie, qui faisait la principale force de son armée, avait été battue, il exhorta ses soldats au travail et se mit à investir Alésia.

                                                                ALESIA (52 av J.C.)

     Nota : des fouilles furent entreprises sur l'ordre de Napoléon III. Alésia était située sur une colline de 418 mètres, très abrupte ou escarpée, sur ce mont Auxois, près d'Alise, aujourd'hui Alise-Sainte-Reine (Côtes-d'Or)

                                                               

 Ex Oppidum gaulois dAlésia

     LXIX - La place elle-même était au sommet d'une colline, dans une position très escarpée, si bien qu'elle semblait ne pouvoir être prise que par un siège en règle. Au pied de la colline, de deux côtés, coulaient deux rivières (L'Ose et l'Oserain). En avant de la place s'étendait une plaine d'environ trois mille pas de longueur; sur tous les autres points, la place était entourée par des collines, peu distantes entre elles et d'une égale hauteur. Au pied du mur, toute la partie de la colline qui regardait l'orient était couverte de troupes gauloises, et en avant elles avaient ouvert un fossé et élevé une muraille sèche de six pieds de hauteur. Les fortifications qu'entreprenaient les Romains s'étendaient sur un circuit de onze mille pas. Les camps avaient été placés sur des positions avantageuses, et on y avait construit vingt-trois portes fortifiées.

Boulets romainsCirconvallationMuraille romaine à Alésia

     LXX - Les travaux étaient commencés quand un combat de cavalerie est livré dans la plaine. L'acharnement est extrême de part et d'autre. César envoie les Germains secourir les nôtres qui fléchissent, et range ses légions en bataille devant le camp, pour réprimer toute tentative soudaine de l'infanterie ennemie. Le renfort des légions encourage les nôtres; les ennemis prennent la fuite, s'embarrassent eux-mêmes par leur nombre, et piétinent aux portes trop étroites. Les Germains les poursuivent alors avec vigueur jusqu'à leurs fortifications; un grand massacre a lieu. Certains, abandonnant leurs chevaux, essaient de traverser le fossé et de franchir la muraille.

     LXXI - Vercingétorix se décide à renvoyer toute sa cavalerie pendant la nuit, avant que les Romains achèvent leurs fortifications. Au départ de ses cavaliers, il leur donne mission d'aller chacun dans son pays et d'y réunir pour la guerre tous ceux qui sont en âge de porter les armes; il leur montre qu'en cas de négligence quatre-vingt mille hommes d'élite périront avec lui; d'après ses calculs, il a du blé tout juste pour trente jours, mais il peut, en le ménageant, tenir encore un peu plus longtemps...il distribue entre chaque homme le bétail dont les Mandubiens avaient amené une grande quantité; il décide de mesurer le blé parcimonieusement et de ne le donner que peu à peu...

     LXXII - Instruit de ces dispositions par des transfuges et des prisonniers, César entrepris les fortifications que voici : il ouvrit un fossé de vingt pieds de large, en ayant soin que la largeur du fond fût égale à la distance de ses bords; il laissa entre ce fossé et toutes les autres fortifications une distance de quatre cents pieds; il procédait ainsi afin que les ennemis ne pussent point à l'improviste attaquer pendant la nuit nos ouvrages ni lancer pendant le jour une grêle de traits sur nos troupes qui avaient à poursuivre leur travail. Dans l'intervalle ainsi ménagé, il ouvrit deux fossés de quinze pieds de large et chacun de même profondeur; celui qui était intérieur, creusé dans les parties basses de la plaine, fut rempli d'eau dérivée de la rivière; derrière ces fossés, il éleva un terrassement et une palissade de douze pieds de haut. Il y ajouta un parapet et des créneaux; et, à la jonction du terrassement et de la paroi de protection, une palissade d'énormes pièces de bois fourchues, pour retarder l'escalade de l'ennemi. Il flanqua tout l'ouvrage de tours, placées à quatre-vingts pieds de distance l'une de l'autre... 

     LXXIII - On coupa des troncs d'arbres ou de très fortes branches, on les dépouilla de leur écorce et on les aiguisa par le sommet. Puis on ouvrait des fossés continus de cinq pieds de profondeur. On y enfonçait ces pieux, on les attachait par en-bas, de manière qu'ils ne pussent pas être arrachés, et on ne laissa dépasser que leurs rameaux. Il y en avait cinq rangs, liés ensemble et entrelacés : ceux qui s'y engageaient s'empalaient dans ces palissades pointues. On les appelait "cippes". Au-devant, on creusait en rangs obliques et formant quinconce, des puits de trois pieds de profondeur, qui se rétrécissaient peu à peu jusqu'au bas. On y enfonçait des pieux lisses, de la grosseur de la cuisse, taillés en pointe à leur extrémité et durcis au feu, qui ne dépassaient du sol que de quatre doigts; en même temps, pour les affermir solidement, on comblait le fonds des puits d'une terre que l'on foulait sur une hauteur d'un pied. Le reste était recouvert de ronces et de broussailles, afin de cacher le piège. Il y avait huit rangs de cette espèce, à trois pieds de distance l'un de l'autre : on les appelait "lis", à cause de leur ressemblance avec cette fleur. En avant de ces puits étaient entièrement enfoncés en terre des pieux d'un pied de long, armés de crochets de fer; on en semait partout, et à de faibles intervalles; on leur donnait le nom d'"aiguillons".

alesia1

     LXXIV - Ces travaux achevés, César, en suivant, autant que le terrain le lui permit, la ligne la plus favorable, fit un circuit de quatorze mille pas (21 km), des fortifications du même genre, mais en sens opposé, contre l'ennemi venant du dehors, afin que, s'il avait à s'éloigner, des forces très supérieures ne pussent investir les postes de défense ou les contraindre au risque de sortir hors du camp; il donna l'ordre à tous ses soldats de se procurer du fourrage et du blé pour trente jours.

Vercingétorix se rend à César, tableau de Lionel Royer,1889

                                                                    Les Etats GAULOIS à Alésia

     LXXV - Pendant que ces choses se passaient devant Alésia, les Gaulois, ayant tenu une assemblée de chefs, décident qu'il faut, non pas, comme le voulait Vercingétorix, appeler sous les armes tous ceux qui étaient en état de les porter, mais exiger de chaque état un nombre d'hommes déterminé; cela, parce qu'ils craignaient, dans la confusion d'une si grande multitude, de ne pouvoir ni la gouverner, ni se reconnaître, ni la ravitailler en blé.

     On demande aux Eduens et à leurs clients, Ségusiaves (Lyonnais), Ambivarètes (Allier), Aulerques (Eure/Mayenne/Sarthe), Brannovices, Brannoviens (Allier), trente-cinq mille hommes; un chiffre égal aux Arvernes, auxquels on joint les Eleutètes, les Cadurques (Quercy), les Gabales (Lozère), les Vellaviens, qui sont depuis longtemps sous leur domination; aux Séquanais, aux Sénones, aux Bituriges (Berry), aux Santones (Aunis/Saintonge), aux Rutènes(Rouergue), aux Carnutes (Orléanais), douze mille hommes par état; aux Bellovaques (Beauvais), dix; huit aux Pictons (Poitou), aux Turons (Touraine), aux Parisiens, aux Helbètes ; aux Suessions (Belges Soissonnais), aux Ambiens (Belges de Somme), aux Médiomatrices (Belges de Moselle, Metz), aux Pétrocoriens (Périgord, Dordogne), aux Nerviens (Belges Escaut/Sambre), aux Morins (Belgique maritime), aux Nitriobriges (Lot), cinq mille; aux Aulerques Cénomans (Sarthe), autant; aux Atrébates (Belges d'Artois), quatre mille; aux Véliocasses (Belges de Seine-Maritime), aux (Lémovices, erreur!) Lexoviens  (Armoricains Paimboeuf/Clisson), aux Aulerques Eburovices (Eure), trois mille; aux Rauraques (Alsace/Bâle) et aux Boïens (Celtes amenés de Germanie en Gaule par les Hélvètes), deux mille;

                   à l'ensemble des états qui bordent l'Océan et qui se donnent le nom d'ARMORICAINS:

   Coriosolites (Costormoricains), Redons (Bretilliens), Ambibariens (sud Manche), Calètes (Pays de Caux), Osismes (Finistériens), Lexoviens (Lisieux), Unelles ou Uxelles (Manche), vingt mille.

      Nota : on ne cite pas les "Namnètes" de Nantes...

                         Les Bellovaques (Somme, Oise, Seine) ne fournirent pas leur contingent, parce qu'ils prétendaient faire la guerre aux Romains en leur nom et à leur guise, et n'obéir aux ordres de personne; cependant, à la prière de Commius, ils envoyèrent deux mille hommes.

     LXXVI - ...Tous partent pour Alésia joyeux et pleins de confiance : aucun d'eux ne croyait qu'il fût possible de soutenir seulement l'aspect d'une si grande multitude, surtout dans un combat sur deux fronts, où les assiégés feraient une sortie, tandis qu'on verrait arrivant du dehors de si grandes forces de cavalerie et d'infanterie.

     LXXVII - Mais ceux qui étaient assiégés dans Alésia, une fois consommé tout leur blé, ignorant ce qui se passait chez les Eduens, avaient convoqué un conseil et délibéraient sur l'issue de leur sort. Les uns parlaient de se rendre, les autres de faire une sortie, tandis qu'ils en avaient encore la force. Le discours de CRITOGNAT, un personnage, sorti d'une grande famille Arverne et doué d'un  grand prestige : "... les Romains, que demandent-ils ou que veulent-ils? sinon, poussés par l'envie, de s'installer dans les champs et les états de ceux dont ils savent la réputation glorieuse et la puissance guerrière, et de les enchaîner par un joug éternel. Ils n'ont jamais fait la guerre autrement. Si vous ignorez ce qui se passe dans les nations lointaines, regardez la Gaule voisine, qui, réduite en Province, ayant perdu ses lois et ses institutions, soumises aux haches, est opprimée par une perpétuelle servitude."

     LXXIX/LXXX - Commius et les autres chefs à qui on avait confié le commandement suprême arrivent devant Alésia avec toutes leurs troupes et, après avoir occupé une colline extérieure, s'établissent à mille pas au plus de nos lignes... César dispose toute son armée sur les parties de ses retranchements; puis il fait sortir du camp sa cavalerie et ordonne d'engager le combat. Les Gaulois avaient mêlé à leurs cavaliers de petits paquets d'archers et de fantassins armés à la légère, pour secourir les leurs s'ils pliaient et arrêter le choc de nos cavaliers. Plusieurs des nôtres, blessés par eux à l'improviste, se retiraient du combat. Forts de la supériorité de leurs troupes et voyant les nôtres accablés par le nombre, les Gaulois, de toutes parts, tant ceux qui étaient enfermés dans nos lignes que ceux qui étaient venus à leur secours, encourageaient leurs combattants par des clameurs et des hurlements... Le déshonneur incitait les combattants à la bravoure. 

      On avait combattu depuis midi presque jusqu'au coucher du soleil, sans que la victoire fut décidée, quand les Germains, massés sur un seul point en escadrons serrés, chargèrent l'ennemi et le refoulèrent; dans la déroute, les archers furent enveloppés et massacrés. Alors ceux qui étaient sortis d'Alésia, accablés et désespérant presque de la victoire, rentrèrent dans la place.

     LXXXI - NOUVELLE ATTAQUE : Au bout d'un jour seulement, les Gaulois, qui avaient employé ce temps à faire un grand nombre de claies, d'échelles et de harpons, sortent au milieu de la nuit, et s'approchent de nos fortifications de la plaine. Soudain poussant une clameur, pour avertir les assiégés de leur approche, ils se préparent à jeter leurs claies, à bousculer les nôtres de leur retranchement  à coups de fronde, de flèches et de pieux et à tout disposer pour un assaut en règle. En même temps, entendant la clameur, Vercingétorix donne le signal aux siens avec la trompette et les conduit hors de la place. Les nôtres prennent sur les lignes le poste qui avait été assigné à chacun les jours précédents: avec les frondes, les casse-tête et les épieux qu'ils avaient disposés sur le retranchement, ils effraient les Gaulois et les repoussent. Les ténèbres empêchant de voir devant soi, il y a de part et d'autres beaucoup de blessés; les machines lancent une foule de traits.

     LXXXII - Tant que les Gaulois étaient assez loin du retranchement, la multitude de leurs traits leur donnait l'avantage; mais lorsqu'ils se furent approchés, ils s'enfonçaient dans les chausse-trappes, ou s'empalaient en tombant dans les puits, ou tombaient percés par les javelots de siège qu'on leur lançait du haut des retranchements ou des tours. Après avoir été durement éprouvés sur tous les points, sans avoir pu rompre nos lignes, voyant le jour approcher, ils craignirent d'être pris en flanc si l'on faisait une sortie de camp qui dominait la plaine, et ils se replièrent.

     Quant aux assiégés, occupés à faire avancer les engins que Vercingétorix avait préparé pour la sortie, ils comblent les premiers fossés; ce travail les ayant retenus trop longtemps, ils apprirent la retraite des leurs avant d'avoir pu s'approcher du retranchement. Ayant ainsi échoué dans leur entreprise, ils rentrèrent dans la place.

     LXXXIII - Repoussés deux fois avec une grande perte, les Gaulois délibèrent sur ce qu'ils doivent faire : ils consultent des gens qui connaissent le pays et apprennent ainsi la situation des camps supérieurs et leur genre de défense. Au nord était la colline de Réa que les nôtres, avec deux légions, n'avaient pu comprendre dans leurs lignes à cause de son étendue, ce qui les avait obligés d'établir le camp sur un terrain presque défavorable et légèrement en pente. Après avoir fait reconnaître les lieux par leurs éclaireurs, les chefs ennemis choisirent soixante mille hommes sur l'effectif total des états qui avaient la plus haute réputation de vertu militaire; ils mettent à la tête de ces troupes l'Arverne Vercassivellaune, l'un des quatre chefs, parent de Vercingétorix. Quand il vit que midi approchait, il se dirigea vers le camp en question; en même temps la cavalerie s'approchait des fortifications de la plaine et le reste des troupes se déployait en avant du camp.

     LXXXIV/LXXXV - Vercingétorix, apercevant les siens du haut de la citadelle d'Alésia, sort de la place; il fait porter en avant du camp les fascines, les perches, les toits de protection, les faux et tout ce qu'il avait préparé pour la sortie. Un vif combat s'engage en même temps de toutes parts et on essaie de forcer tous les ouvrages. L'étendue de nos lignes retient partout les troupes romaines et les empêche de faire face aux attaques simultanées. César, qui a choisi un poste d'observation favorable (sans doute sur la montagne de Flavigny), suit ce qui se passe de chaque endroit, envoie des secours aux troupes qui fléchissent. Des deux côtés on se rend compte que l'instant de l'effort suprême est arrivé : les Gaulois se voient perdus, s'ils ne percent pas nos lignes; les Romains attendent d'un succès décisif la fin de toutes leurs misères. L'effort porte surtout sur les lignes supérieures du Mont Réa, où nous avons dit qu'on avait envoyé Vercassivellaune. L'inclinaison défavorable des terrains à une grande importance. Les uns nous lancent des traits, les autres s'approchent en faisant la tortue, des troupes fraîches relèvent sans cesse les soldats fatigués. La terre que tous les Gaulois jettent dans nos retranchements leur permet de les franchir et recouvre les pièges que les Romains avaient dissimulé dans le sol; déjà les nôtres n'ont plus d'armes ni de forces.

     LXXXVI - Quand il l'apprend, César envoie Labénius avec six cohortes au secours des troupes en danger; il lui donne l'ordre, s'il ne peut tenir, de ramener ses cohortes et de faire une sortie, mais seulement à la dernière extrémité. Il va lui-même encourager les autres; il les exhorte à ne pas succomber à la fatigue; il leur montre que le fruit de tous les combats précédents dépend de ce jour et de cette heure.

     Les assiégés, désespérant de forcer les retranchements de la plaine, à cause de leur étendue, tentent d'escalader les hauteurs de la montagne de Flavigny; ils y portent tout ce qu'ils avaient préparé; ils chassent , par une grêle de traits, ceux qui combattaient du haut des tours; ils comblent les fossés de terre et de fascines; ils entament avec des faux la palissade et le parapet.

     LXXXVII - César y envoie d'abord le jeune Brutus avec six cohortes, puis le lieutenant Caïs Fabius avec sept autres; enfin l'action devenue plus vive, il y amène lui-même un renfort de troupes fraîches. Ayant rétabli le combat et repoussé l'ennemi, il se dirige vers l'endroit où il avait envoyé Labénius, tire quatre cohortes du fort le plus voisin, ordonne à une partie des cavaliers de le suivre, et à l'autre, de faire le tour des lignes extérieures et de prendre l'ennemi à dos. Labénius, voyant que ni les terrassements ni les tours ne pouvaient arrêter l'élan de l'ennemi, rassemble trente-neuf cohortes, qu'il eut la chance de pouvoir tirer des postes les plus voisins, et, par des messagers, informe César de ses intentions.

     LXXXVIII - César se hâte pour prendre part au combat. Son arrivée se fait connaître par la couleur de son vêtement, ce manteau de général qu'il avait coutume de porter dans les batailles, et, à la vue des escadrons et des cohortes dont il s'était fait suivre les ennemis engagent le combat. Une clameur s'élève de part et d'autre, à laquelle répond la clameur qui monte de la palissade et de tous les retranchements. Nos soldats, renonçant au javelot, combattent avec le glaive. Tout à coup notre cavalerie se montre sur les derrières de l'ennemi; d'autres cohortes approchaient; les Gaulois prennent la fuite; nos cavaliers leur coupent la retraite; le carnage est grand.

     Sédulius, chef et premier citoyen des Lémovices, est tué; l'Arverne Vercassivellaune est pris vivant en train de fuir; soixante-quatorze enseignes militaires sont rapportées à César; d'un si grand nombre d'hommes bien peu rentrent au camp sans blessures. Apercevant de leur place forte le massacre et la fuite de leurs compatriotes, désespérant de se sauver, les assiégés font rentrer les troupes qui attaquaient nos retranchements. A cette nouvelle les Gaulois s'enfuient aussitôt de leur camp. Si nos soldats n'eussent été harassés de si nombreuses interventions et de toute la fatigue de la journée, toutes les forces de l'ennemi eussent été détruites. Un peu après minuit la cavalerie,  lancée à leur poursuite, atteint l'arrière-garde; une grande partie est prise ou massacrée; les autres, ayant réussi à fuir, se dispersent dans leurs états.

     LXXXIX - Le lendemain, Vercingétorix convoque l'assemblée;il déclare qu'il n'a pas entrepris cette guerre pour ses intérêts personnels, mais pour la liberté commune et que, puisqu'il faut céder à la fortune, il s'offre à eux leur laissant le choix d'apaiser les Romains par s mort ou de le livrer vivant. On envoie à ce sujet des députés à César. Il ordonne la remise des armes, la livraison des chefs. Il s'installe sur le retranchement, en avant du camp; là on lui amène les chefs; on lui livre Vercingétorix; on jette les armes à ses pieds. Il réserve les prisonniers éduens et arvernes, pour essayer par eux de regagner ces états, et distribue le reste des prisonniers par tête à chaque soldat, à titre de butin.

     XC - Cela fait, il part chez les Eduens, reçoit la soumission de leur état. Des députés envoyés par les Arvernes viennent l'y trouver, promettant qu'ils exécuteront ses ordres. Il en exige un grand nombre d'otages; il envoie ses légions prendre leurs quartiers d'hiver, il rend aux Eduens et aux Arvernes environ vingt mille prisonniers. Il fait partir Titus Labénius avec deux légions et la cavalerie chez les Séquanais. Il place Caïs Fabius et Mucius Minucius Basilus avec deux légions chez les Rèmes pour qu'ils n'aient rien à craindre des Bellovaques, leurs voisins. Il envoie ... chez les Ambivarètes, les Bituriges, les Rutènes, ... Lui-même décide de passer l'hiver à Bibracte, capitale des Eduens près de Autun. Lorsque ces événements sont connus à Rome par une lettre de César, on y célèbre une supplication de vingt jours.

                                                   Mars 44 av J.c. Jules César sera assassiné. Hirtius, l'ami de césar,  écrira alors le :

                                                   HUITIEME LIVRE : Hirtius à Balbus                                                  

                 Lucius Cornélius Balbus, né à Gadès en Espagne, reçut de Pompée, sur la recommandation de Lucius Cornélius Lentulus, le droit de cité romaine pour les services qu'il avait rendu à l'armée dans la guerre contre Sertorius, défendu par Pompée, Crassus et Cicéron. Il essaya de réconcilier Pompée et César....

    et Alus Hirtius, ami de Cicéron, qui embrassa le parti de César, dont il fut lieutenant en Gaule; consul en 43 avec Caïus Vibius Pansa, il périt à Modène avec son collègue.

      I - Après avoir vaincu toute la Gaule, César , qui n'avait pas cessé de se battre depuis l'été précédent (53 av J.C.), voulait voir ses soldats se remettre de tant de fatigues dans le délassement des quartiers d'hiver, quand on apprit que beaucoup d'états en même temps recommençaient à faire des plans de guerre et à se concerter : tous les Gaulois avaient reconnu qu'en réunissant sur un seul point n'importe quel nombre d'hommes ils ne pouvaient résister aux Romains, mais que si plusieurs états entraient en guerre sur divers points en même temps, l'armée du peuple romain n'aurait point assez de ressources ni de temps ni de troupes pour faire face à tout.

     II - César, avec une escorte de cavalerie, part de la place de Bibracte (Capitale des Eduens , 23 km ouest de Autun) la veille des calendes de janvier pour rejoindre la treizième légion (Legio -57 - 45) qu'il avait placée non loin de la frontière des Eduens dans le pays des Bituriges (vers Bourges), et y adjoint la onzième légion (Neptune -58 - 45) qui était la plus proche. Laissant deux cohortes de chacune à la garde des bagages, il emmène le reste de l'armée dans les plus fertiles campagnes des Bituriges.

     III - Par l'arrivée soudaine de César, il se produisit ce qui devait nécessairement se produire chez des gens surpris et dispersés : cultivant leurs champs sans défiance aucune, ils furent écrasés par la cavalerie avant de pouvoir se réfugier dans leurs places fortes. En effet le signal ordinaire d'une invasion de l'ennemi, c'est-à-dire l'incendie des constructions, avait été supprimé par l'interdiction de César, pour éviter de manquer de fourrage et de blé, s'il voulait avancer plus loin, ou de donner l'alarme par des incendies. On avait fait plusieurs milliers de prisonniers, et ceux des Bituriges épouvantés qui avaient pu s'échapper à la première approche des Romains s'étaient réfugiés dans les états voisins... César, par des marches forcées, accourt sur tous les points, et ne donne à aucun état le temps de songer au salut des autres. Cette rapidité retenait dans le devoir les peuples amis et ramenait par la terreur ceux qui hésitaient à accepter la paix. Mis devant une telle situation, les Bituriges, qui voyaient que la clémence de César leur ouvrait un nouvel accès dans son amitié, et que les états voisins n'avaient eu à subir d'autre peine que de donner des otages et faire leur soumission, imitèrent leur exemple.

     IV/V - ... Les Bituriges lui envoient des députés pour demander son aide contre les Carnutes (région d'Orléans) qui leur avaient déclaré la guerre. Quoiqu'il ne fut resté que dix-huit jours à Bibracte, César tire de leurs quartiers d'hiver sur la Saône la quatorzième et la sixième légion (Ferrata -52 -250). Quand ils entendent parler de l'arrivée de son armée, les Carnutes se souviennent de malheurs des autres, et, abandonnant leurs villages et leurs places fortes, ils s'enfuient en se dispersant dans les états voisins.

     VI - Prévenu par de fréquentes députations des Rèmes (Belges de Reims, alliés des Romains) que les Bellovaques (Belges de la Somme), dont la gloire militaire surpassait celle de tous les Gaulois et des Belges, s'étant joints aux états voisins, rassemblaient des armées et les concentraient pour fondre en masse sur les terres des Suessions, qu'il avait placées sous l'autorité des Rèmes. Il rappelle la onzième légion (Neptune -58 -45), écrit par ailleurs à Caïus Fabius d'amener dans le pays des Suessions les deux légions qu'il avait, et demande à Titus Labénius l'une des deux siennes.

     VII - Ces troupes une fois réunies, il marche contre les Béllovaques, campe sur leur territoire, et envoie de tous côtés ses escadrons pour faire quelques prisonniers qui puissent l'instruire des desseins de l'ennemi. César apprit que tous les Bellovaques en état de porter les armes s'étaient rassemblés sur un même point, et qu'avec eux les Ambiens, les Aulerques, les Calètes, les Véliocasses, les Atrébates avaient choisi pour y camper un lieu élevé dans un bois entouré d'un marais. Peu de jours avant Commius l'Atrébate avait quitté le camp pour aller chercher des renforts chez les Germains, dont le voisinage était proche et la multitude immense.

     VIII - César avait avec lui ses plus vieilles légions d'un courage incomparable : la septième (Claudia -51-44), la huitième (Augusta -59-48) et la neuvième (Hispania Triumphalis (-59-48); puis la onzième, composée d'éléments d'élite et de grande espérance, comptant déjà huit campagnes. Il convoque donc un conseil, y expose tout ce qu'il a appris, et encourage ses troupes. Pour essayer d'attirer l'ennemi au combat en ne lui faisant voir que trois légions, il règle ainsi la marche de la colonne : les septième, huitième et neuvième légions iraient en avant, précédant tous les bagages; puis viendraient tous les bagages, qui ne formaient cependant qu'une colonne modeste, et dont la onzième légion fermerait la marche; ainsi on ne donnerait pas à l'ennemi l'impression d'être plus nombreux qu'il ne le souhaitait.

IX - César, quoiqu'il eût désiré combattre, étonné cependant par une telle masse d'ennemis, dont le séparait une vallée plus profonde que large, établit son camp en face de l'ennemi. Il fait faire un rempart de douze pieds, avec un parapet proportionné à cette hauteur, creuser un double fossé de quinze pieds de large à parois verticales, élever un grand nombre de tours à trois étages, jeter entre elles des ponts, dont le front était muni de parapets d'osier, de telle sorte que l'ennemi fût arrêté par un double fossé et un double rang de défenseurs : l'un qui, du haut des ponts, moins exposé en raison de sa hauteur, pouvait lancer ses traits plus hardiment et plus loin; l'autre qui était placé plus près de l'ennemi, sur le rempart même, où le pont le protégeait contre la chute des traits. Il plaça des battants et des tours plus hautes aux portes du camp.

     X/XI - Le but de cette fortification était double : l'importance des ouvrages devait faire croire à sa frayeur et augmenter la confiance des Barbares; d'un autre côté, comme il fallait aller chercher au loin du fourrage et du blé, on pouvait, grâce à ces fortifications, défendre le camp avec peu de troupes. Comius était revenu avec cinq cents cavaliers Germains, ce qui enflait l'assurance des Barbares... César, voyant que l'ennemi se tenait depuis plusieurs jours dans son camp défendu par les marais et par sa position, et qu'il ne pouvait ni faire l'assaut de ce camp sans une lutte meurtrière ni l'investir sans renfort de troupes, écrit à Trébonius d'appeler le plus vite possible la troisième légion (Gallica -49 - début IVè s.), qui hivernait avec le lieutenant Titus Sextius chez les Bituriges et de venir le joindre à grandes étapes avec les trois légions qu'il aurait ainsi; lui-même emploie tour à tour les cavaliers des Rèmes, des Lingons et des autres états à la garde des corvées d fourrage, en soutenant les brusques attaques de l'ennemi.

     XII - Cette manoeuvre se répétait tous les jours, et déjà l'habitude, comme il arrive souvent avec le temps, amenait la négligence; les Bellovaques, connaissant les postes habituels de nos cavaliers, font dresser, par une troupe de fantassins d'élite, une embuscade en des lieux boisés; ils y envoient le lendemain des cavaliers pour y attirer d'abord les nôtres, puis une fois cernés, pour les attaquer. La mauvaise chance tomba sur les Rèmes, qui étaient de service ce jour-là. Ayant aperçu tout à coup les cavaliers ennemis, et supérieurs en nombre, ayant méprisé une poignée d'hommes, ils les poursuivirent avec trop d'ardeur et furent enveloppés de partout par les fantassins.Troublés par cette attaque, ils se retirèrent avec plus de vitesse qu'on ne fait d'ordinaire dans un engagement de cavalerie; Verticus, le premier magistrat de leur état, commandant de la cavalerie, périt dans l'action; il pouvait à peine, en raison de son âge, se tenir à cheval. L'ennemi s'enfle et s'exalte de ce succès, et de la mort du prince et chef des Rèmes.

     XIII - Il ne se passe pas de jour que des combats n'aient lieu à la vue des deux camps. Au cours d'une de ces rencontres, les Germains, à qui César avait fait passer le Rhin pour les mêler dans les combats aux cavaliers, franchissent tous ensemble le marais avec audace, tuent le petit nombre de ceux qui résistent, et poursuivent la masse des autres avec vigueur...

     XIV - Après avoir passé plusieurs jours dans leur camp, quand ils savent que les légions de Caïus Trébonius approchent, les chefs des Bellovaques, craignant un siège semblable à celui d'Alésia, renvoient nuitamment ceux qui sont âgés ou faibles ou sans armes, et tous les bagages avec eux... César jette des ponts de claies sur le marais, fait passer ses légions, et gagne rapidement le plateau du sommet de la colline, qu'une pente rapide protégeait sur ses deux flancs. Il range ses troupes en bataille dans une position, d'où les traits des machines pouvaient porter sur les rangs ennemis.

     XV - Les Barbares, confiants dans leurs positions, ne refusant pas de combattre si les Romains s'efforçaient de gravir la colline, demeurèrent en ligne de bataille. Voyant leur résolution, César, laissant vingt cohortes sous les armes, trace le camp en cet endroit et ordonne de le retrancher. Les travaux terminés, il range les légions devant le retranchement, place les cavaliers en grand-garde avec leurs chevaux tout bridés. Les Bellovaques, voyant les Romains prêts à les poursuivre, et ne pouvant ni veiller toute la nuit ni rester plus longtemps sans péril dans la même position, recoururent au moyen suivant. Se passant de main en main les bottes de paille et les fascines qui leur avaient servi de sièges et dont il y avait dans le camp une grande quantité (les Gaulois ont l'habitude de s'asseoir sur une fascine), ils les disposèrent devant leur ligne de bataille et, au dernier instant du jour, à un signal donné, ils y mirent le feu en même temps. Alors une barrière de flamme déroba soudain toutes les troupes à la vue des Romains. profitant de ce moment, les Barbares s'enfuirent en toute hâte.

     XVI - César, bien qu'empêché par la barrière des incendies d'apercevoir la retraite des ennemis, soupçonnait cependant qu'ils avaient eu l'intention de masquer leur fuite : il fait donc avancer ses légions, envoie des escadrons à leur poursuite, mais craignant une embuscade, et de peur que l'ennemi, resté peut-être à la même place, n'ait voulu nous attirer dans une position défavorable, il n'avance lui-même qu'avec lenteur. Les cavaliers hésitaient à s'engager dans le haut de la colline et dans la flamme qui était très dense; ... ils laissèrent aux Bellovaques tout le loisir d'opérer leur retraite. Ainsi cette fuite, pleine à la fois de frayeur et de ruse, permit aux ennemis de s'avancer, sans aucune perte, à une distance de dix mille en plus, et d'y établir leur camp dans une position très bien défendue. De là, plaçant souvent en embuscade des fantassins et des cavaliers, ils faisaient beaucoup de mal aux fourrageurs romains.

     XVII - Ces attaques se renouvelaient souvent, lorsque César apprit d'un prisonnier que Corréus, chef des Bellovaques, avait choisi six mille fantassins et mille cavaliers sélectionnés entre tous, et les avait placés en embuscade dans un lieu où il soupçonnait que l'abondance du blé et du fourrage attirerait les Romains. Informé de ce projet, César fait sortir plus de légions que de coutume et envoie en avant la cavalerie, qui escortait toujours les fourrageurs. Il y mêle des auxiliaires légèrement armés; lui-même avance le pus près qu'il peut avec ses légions.

     XVIII - L'EMBUSCADE des BELLOVAQUES : les ennemis placés en embuscade avaient choisi pour leur coup une plaine (sans doute celle de Choisy-au-bac) qui n'avait pas plus de mille pas d'étendue en tous sens, et que défendaient de toutes parts des bois impraticables et une rivière très profonde; ils l'entourèrent de leurs embûches comme d'un filet. Les nôtres avaient découvert le projet de l'ennemi; prêts à combattre matériellement et moralement, appuyés par les légions, ils auraient accepté tout genre de combat; ils entrent dans la plaine escadron par escadron. A leur arrivée, Corréus crut l'occasion favorable pour agir : il se montra d'abord avec peu d'hommes et chargea les escadrons les plus proches. Les nôtres soutiennent avec fermeté le choc de leurs adversaires, sans se réunir en masse, manoeuvre ordinaire dans les combats de cavalerie en un moment d'alarme, mais nuisible pour la troupe en raison de son nombre même.

     XIX - Tandis qu'on se battait d'escadron à escadron, par petits groupes relayés tour à tour et qu'on évitait de se laisser prendre de flanc, les autres Gaulois, voyant Corréus en train de se battre, sortent de leurs bois. Un vif combat dispersé s'engage. L'avantage étant longtemps disputé, la masse des fantassins sort peu à peu des bois et s'avance en ordre de bataille, et force nos cavaliers à se replier. Ils sont promptement secourus par l'infanterie légère que César avait envoyée en avant des légions. On lutte pendant un bon moment à armes égales; puis, comme le voulait la loi des batailles, ceux qui avaient soutenu le premier choc des Gaulois embusqués, obtiennent la supériorité du fait même que l'embuscade, ne les surprenant pas, ne leur avait causé aucun mal.

     Sur ces entrefaites les légions s'approchent, et de nombreux courriers apprennent en même temps, aux nôtres et à l'ennemi, que le général en chef est là, avec ses forces prêtes. A cette nouvelle, les nôtres, sûrs de l'appui des cohortes, se battent avec acharnement, de peur de partager avec les légions, s'ils vont trop lentement, la gloire de la victoire. Les ennemis perdent courage et cherchent à s'enfuir par des chemins opposés. En vain : les obstacles où ils avaient voulu emprisonner les Romains se retournent contre eux-mêmes. Vaincus, bousculés, ayant perdu une grande partie des leurs, ils s'enfuient cependant en désordre et au hasard, les uns vers les bois, les autres vers la rivière; mais ils ardemment poursuivis dans leur fuite par les nôtres et massacrés. Corréus, en combattant avec le plus grand courage et en blessant un grand nombre d'entre nous, força les vainqueurs à l'accabler de leurs traits.

     XXV - César dispersa soit ses légions, soit ses auxiliaires sur toutes les parties du territoire d'Ambiorix, chef des Belges Eburons, clients des Trévires, (vers Liège en allant au Rhin). Il y dévasta tout par le massacre, l'incendie et le pillage, tuant ou prenant un grand nombre d'hommes. Puis il envoie Labénius avec deux légions chez les Trévires (Belges des bords de la Moselle, Trèves), dont l'état, entraîné à des guerres quotidiennes à cause du voisinage de la Germanie, ne différait guère des Germains par son genre de vie et sa sauvagerie et ne se soumettait aux ordres reçus que sous la contrainte d'une armée.

     D'autre événements mèneront à la pacification : dans le pays des Pictons (Poitou, Lemonum/Poitiers lemo = orme), des Andes (Anjou) avec le massacre de douze mille hommes; des soumissions avec otages chez les Carnutes et les Armoricains et le supplice du chef Carnute Gutruatus (battu de verges et livré à la hache). Il fallut un siège à Uxellodunum, place forte des Cadurques près de Vayrac (Lot). la privation de l'eau de la fontaine permit la reddition : "César qui savait sa bonté connue de tous (!), et qui n'avait pas à craindre qu'un acte de rigueur fût imputé à la cruauté de son caractère, mais qui ne voyait pas la fin de ses desseins, si des révoltes de cette sorte éclataient en divers lieux, résolut de faire un exemple qui intimidât les autres états. En conséquence il fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes; il leur laissa la vie, pour mieux attester le châtiment réservé aux alliés déloyaux."

      XLVI - César, voyant que tout avait bien marché sur tous les points de la Gaule, partir pour l'Aquitaine, où il n'était jamais allé lui-même, mais où il avait vaincu partiellement grâce à Publius Crassus; il s'y rendit avec deux légions pour y passer le reste de la saison. Tous les états de l'Aquitaine lui envoyèrent des députés et lui donnèrent des otages. Après cela il partit pour Narbonne avec une escorte de cavaliers; il plaça quatre légions en Belgique, il en envoya deux chez les Eduens, dont il savait l'influence capitale sur toute la Gaule, il en plaça deux chez les Turons (Touraine) , à la fontière des Carnutes, pour maintenir toute la région qui touche à l'Océan; les deux restantes dans le pays des Lémovices (Armoricains, Paimboeuf à Clisson), non loin des Arvernes, pour ne laisser aucune partie de la Gaule vide de troupes. Il revint auprès de ses légions en Belgique, et hiverna à Nemétocenne (sans doute Arras, chez les Atrébates) : Nota : douze légions disponibles.

                   Les douze légions levées par Jules César (mort en -44) :

     - avec emblème "TAUREAU" : Legio IV Macedonia -48-70; Legio VI Ferrata -52 -après 250 (+ loup et Romulus/Romus); Legio VII Claudia -51-44; Legio VIII Augusta -59-48; Legio IX Hispania Triumphalis -59-48; Legio X (Equistris=montée)-58-45 ou Veneria (Vénus); 

     - avec emblème "ELEPHANT" : Legio V Alaudae (Alouette; car certains Gaulois portaient des ailes d'alouette sur leur casque) -52-70 : l'emblème de l'"ELEPHANT" est lié à la bataille de -46 en Tunisie contre des ennemis disposant d'éléphants.

     - avec emblème "NEPTUNE" Legio XI -58-45

     autres légions : Legio I germanica -48-70; Legio III Gallica -49-début IVème s.; Legio XII Victris (Victorieuse) -57-45; Legio XIII -57-45

    - et Legio XXX "Classica" (Naval) -48-41 -

     Nota : Livre IV - XXV : en Bretagne "celui qui portait l'aigle de la dixième légion; Compagnons, sautez à la mer si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l'ennemi ..." dixième légion : "Veneria"? car "Equistris" avait pour emblème le taureau. L'aigle était un terme générique "aquila" en latin désignant une enseigne romaine.

     L - A la fin de ses quartiers d'hiver, contrairement à ses habitudes, César partit en Italie, pour leur recommander la candidature au sacerdoce de son questeur Marc Antoine, ... et surtout parce qu'il luttait avec ardeur contre une faction puissante qui désirait, en faisant échec à son ami intime Antoine, ébranler le pouvoir de César à sa sortie de charge... ses adversaires se glorifiaient isolément d'avoir fait nommer consuls Lucius Lentulus et Caïus Marcellus pour dépouiller César de toute charge et de toute dignité, et d'avoir enlevé le consulat à Servius Galba, quoiqu'il eût beaucoup plus de crédit et de suffrages, parce qu'il était lié à César comme ami et lieutenant. Il y venait surtout pour "recommander sa propre candidature pour les élections de l'année suivante , en 49 pour le consulat de 48."

     LI - César fut accueilli par tous les municipes et par toutes les colonies avec des honneurs et une affection incroyables; c'était la première fois qu'il y venait depuis la guerre générale de la Gaule. On n'oubliait rien de ce qui pouvait être imaginé pour orner les portes, les chemins, tous les lieux, où César devait passer. La population entière, avec les enfants, se portait à sa rencontre; partout on immolait des victimes; les places publiques et les temples où l'on avait dressé des tables étaient combles, si bien qu'on pouvait goûter par avance l'allégresse d'un triomphe vivement attendu, tant il y avait de magnificence chez les riches, d'enthousiasme chez les pauvres.

     LII/LV - Après avoir parcouru toutes les contrées de la Gaule "togée", César revint avec la plus grande célérité auprès de son armée, à Némétocenne (Arras...);il tira les légions de tous leurs quartiers d'hiver pour les envoyer dans le pays des Trévires (Moselle) ... il entendit fréquemment dire que ses ennemis intriguaient auprès de Labénius, quelques-uns travaillaient à lui faire enlever, par une intervention du Sénat, une partie de son armée... A son arrivée en Italie, César apprend que les deux légions qu'il avait renvoyées et qui, selon le sénatus-consulte, devaient être menées pour faire la guerre contre les Parthes, avaient été remises par le consul Caïus Marcellus à Cnéius Pompée, et retenues en Italie. Bien que ce fait ne laissât plus de doute à personne sur ce qui se préparait contre César, César cependant résolut de tout souffrir tant qu'il resterait quelque espoir de décider le différend par le droit plutôt que par les armes. Il s'efforça...

                                                    Ainsi s'arrête l'ouvrage inachevé de Hitius

 

                 Généralités et personnages importants :

 

   Généralités : Comment parlaient les Romains aux Gaulois? ayant conquis le sud de la Gaule au 1er siècle avant J.C. ces gallo-romains , ayant appris le latin en quelques décennies, deviennent des traducteurs. Jules César et les élites romaines s'exprimaient en latin et connaissaient le grec. Dans leurs conquêtes les Romains n'associaient pas les langues et cultures locales. C'était aux vaincus de s'adapter au latin, donnant les bases du français en devenir, avec toutefois quelques racines celtes.

     Les personnages importants :

      1° ) La conjuration des Ides de mars 44 :

     - D. Junius BRUTUS : fils du consul de 77, adopté par Albinus, lieutenant de César en Gaule. Jeune adolescent commande la flotte romaine contre les Vénètes et détruit la flotte ennemie; prend part au siège d'Alésia .. Comblé par César et désigné comme l'un de ses héritiers, se rallie à son parent Marcus Brutus ; A la mort de César se voit disputer par Antoine la Gaule Cisalpine; abandonné par ses troupes et Octave. Mis à mort sur ordre d'Antoine.

     - Lucius Minucius BASILUS : fils de Satrius et adoptif du riche Minucius Basilus, lieutenant de César en 53; commande la cavalerie envoyée à la poursuite d'Ambiorix, chef des Belges Eburons (Liège); siège d'Alésia; meurt quelques mois après la conjuration assassiné par ses esclaves.

     Titus Attius LABENIUS, le meilleur des lieutenants de César en Gaule, tribun du peuple en 63, guerre des Helvètes en 61, des Belges en 60, combat les Germains au bord du Rhin, les Trévires, les peuples de l'Océan, les Sénones et les Parisiens; siège d'Alésia; destruction des Belges Eburons. Quand la guerre civile éclate, bien que comblé des faveurs de César, il prit le parti de Pompée. Séjourna ensuite en Afrique, puis en Espagne où il trouva la mort à Munda , en 45.

     Lucius Cornélius LENTULUS : consul en 49 avec Caïus Claudius Marcellus, se déclara pour Pompée, le suivit en Egypte et périt égorgé avec lui.

     Cnéius POMPEIUS Magnus, "Le grand Pompée, rival de César; né en 106, consul en 70, en 55 et en 52, triumvir avec César et Crassus en 60 et en 56. La guerre civile éclate en 49; vaincu à Pharsale en 48, Pompée s'enfuit en Egypte, où il périt égorgé sur l'ordre du roi Ptolémée.

     Caïus TREBONIUS, questeur en 60, tribun du peuple en 55; présent à la seconde expédition en Grande-Bretagne, au siège de Vellaunodunum, d'Alésia, campagne contre les Bellovaques, .. de retour d'Espagne, il assiège par voie terrestre Marseille. Prêteur urbain en 48, gouverneur d'Espagne, consul en 45. Chargé de la province d'Asie, il entre dans la conjuration. Après la mort de César il périt à Smyrne, tué par Dolabella qui était venu pour le remplacer.

     2°) Les autres intervenants :

     - ANTOINE : Triumvir Marc Antoine; petit-fils de l'orateur Antoine et fils de Marcus Antonius (guerre de Crête); parent de César par sa mère Julia. Lieutenant de César en Gaule, en 52, questeur en 51, à Alésia, commande la plaine de Laumes puis la ville de Bibracte; expédition contre les Bellovaques, soumet Commius et est élu augure.

     - Q.Tullius CICERO (Cicéron) : frère cadet de l'orateur, né en 102; gouverneur d'Asie de 61 à 58, lieutenant de César en Gaule en 54; siège d'Alésia; d'abord pour Pompée, se rallie à César; après la conjuration s'en prend à Antoine; devient proscrit et fut tué en 43.

     - Marcus Licinius CRASSUS Dives : deux fois consul avec Pompée en 70 et 55, fit partie du premier triumvirat; défait à Carrhes (53), il tomba entre les mains des Parthes et fut mis à mort.

     - Marcus Julius SILANUS : frère utérin de Marcus Brutus; lieutenant de César en 53; après le eurtre de César en 44, servit d'abord Brutus, puis passa à Antoine, et après la défaite d'Antoine, rejoignit en Sicile Sextus Pompée; revint à Rome en 39; consul avec Auguste en 25.

     - Quintus TITUIUS SABINUS : lieutenant de César; campagne contre les Belges et défense de Bibracte en 57, avec seulement trois légions tient en respect les peuples de l'Océan en 56; après la seconde expédition en Grande-Bretagne il tombe dans une embuscade des Eburons (Belges, clients des Trévires) et est égorgé avec la plupart des siens.

     3° Généralités :

     - Celtes : César désigne par Celtes tous les peuples de la Gaule celtique, entre la Belgique et l'Aquitaine. Antérieurement à César, les Celtes avaient occupé une grande partie de la Germanie, s'étaient répandus au nord, dans la Grande-Bretagne; au sud, dans l'Espagne (Celtibères) vers la Galice; avaient même poussés jusqu'en Asie Mineure (Galates de Turquie).

     - Eduens, peuple situé entre Loire et Saône, rivaux des Arvernes, étendant leur influence chez les Belges Bellovaques. Alliés des Romains depuis leur arrivée en Gaule en 121.

     L'Empire romain se maintient jusqu'au dernier empereur d'Occident en 476. Les supplétifs bretons des armées romaines s'étaient déjà installés en petite "Bretagne". La période troublée permit l'installation d'irlandais, gallois, Anglais en nombre qui amenèrent leurs moines, culture et langue... 

     Quant au large Empire romain, JUSTINIEN (527 - 565) fut le dernier empereur qui essaya de reconstituer les territoires récupérés par des Barbares amollis par la vie "civilisée". Il reconquiert l'Afrique, l'Espagne du sud, l'Italie, mais il échoue en Orient et paie tribut aux Perses. Ses successeurs seront des empereurs grecs.

       

                                    

 

       

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

     

 

 

                       

 

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A  cette belle fête de la "Gallésie" à Monterfil ce dimanche 29 juin 2014, Marc CLERIVET a donné son accord pour nous permettre de divulguer "grand public" l'évolution de nos danses gallèses sur des périodes du 19 et 20è siècles. Son ouvrage de référence de 468 pages est édité par "Dastum" et les "Presses Universitaires de Rennes" dans la Collection "Patrimoine Oral de Bretagne". Voici des extraits :

     L'ensemble des répertoires traditionnels dansés recueillis en Haute Bretagne peut être divisé en deux corpus bien distincts :

                                                             les branles et les contredanses        

L'appellation "branles" issue des 16 aux 18è siècles concerne les danses en chaîne ouverte ou fermée avec une répétition uniforme d'un groupement moteur défini et qui, selon les cas, correspond à 3, 4, 6 ou 8 pulsations musicales.La frontière linguistique n'ayant jamais constitué une barrière pour les pratiques culturelles un grand nombre de ces branles était commun aux deux zones linguistiques de Bretagne : "En Dro", la "Pilée menue", "Rond de Penthièvre".Tous les branles gallos recueillis étaient dansés exclusivement en chaîne fermée (et évoluent dans la plupart des cas vers la gauche), hormis le bal et quelques versions de rondes aux trois pas.

     Concernant l'"En Dro" il s'agit d'un rond avec un pas d'une durée de quatre temps musicaux, dansé comme en Vannetais : un changement de pas en deux temps (G-D-G) vers l'avant et un changement de pas de même durée (D-G-D), plus restreint, légèrement à reculons. l'"Hanterdro" présente une formule d'appuis de trois temps. Dans le Morbihan "Endro" et "Hanterdro" étaient connus des mêmes populations et peuvent être mis en parallèle avec le binôme branle simple et branle double qui constituaient le répertoire de début de bal à la Renaissance (suivi du branle gai).

     "Passepied" : ce branle est cité par Mme de Sévigné en 1690 : "il y eut des sonnoux, on dansa tous les passe-pieds, tous les menuets, toutes les courantes de village, tous les jeux des gars du pays." Cité également bal (pays paludier), bal rond(Brière, pays métayer), draw (pays mitaod), demi-rond. Pouvant être dansé isolément ou bien associé à une autre ronde le passepied est une ronde. Les danseurs, disposés face au centre, se donnent la main ou un doigt. Sur la phrase A les danseurs légèrement tournés vers la gauche font tourner la ronde dans le sens des aiguilles d'une montre en petits pas marchés. Sur la phrase B la ronde s'immobilise et tous les danseurs effectuent un pas en léger avancé et réculé. Une suite se retrouve entre Mûr -de-Bretagne et Loudéac : ronde, baleu, ronde, passepied / riqueniée ou erqueniée façon coq bombant le torse, la tête relevée et le dos en arrière.

     Le second type - les "Contredanses"-  sont des "danses à figures". Dansées à l'origine en Angleterre la "contredanse" a été adoptée et adaptée en France à la fin du 17è siècle. Elle a fini par occuper la majeure partie des bals de la noblesse et des milieux dominants. Les formes sont diverses : carré, , cortège de couples, double front de danseurs ou ronde. Contrairement aux répertoires de branles le moteur n'est pas le pas répété mais l'enchaînement de figures avec une sucession de déplacements et de positionnements des danseurs qui se meuvent à l'aide de pas particuliers dont certains présentent parfois des formules d'appuis complexes et des styles d'exécution très évolués.Seules deux régions n'ont jamais connu de répertoire de contredanse. Il s'agit, d'une part, de la région comprise entre Josselin et Ploërmel et, d'autre part, d'une fine bande située à l'ouest de Loudéac entre Crédin et Quintin.

     Des contredanses à permutation de cavalière :

    La "Boulangère" : une ronde portant ce nom a été décrite entre Rennes, Fougères et Vitré avec le chant : "La boulangère a dix écus et le meunier en a bien plus" qui se rapproche du "Rond de St Julien-de-Concelles"(44). Durant la première phrase musicale la ronde tourne vers la gauche en usant d'un pas de quatre (double de la Renaissance). Durant la seconde partie chaque danseur fait passer la cavalière située à sa droite à sa gauche sur quatre mesures. Cette permutation s'effectue deux fois, la première par une simple translation, la femme passant de dos devant l'homme, la seconde par une pastourelle, chaque homme faisant faire à la femme un tour complet sous son bras droit élevé.

     Notons également un répertoire de "danses en couples" issues des bals bourgeois ou publics de la seconde moitié du 19è siècle : Polkas (piquée, piquée double, des bébés, chat, lapin), Scottish (anglaise ou Pas de sept), MazurkaValses. Plus surprenant la "Bourrée" est présentée sur une carte comme répertoire traditionnel du bassin de Rennes; les "suites Nantaises" avec la "Badoise" (polka des "bébés" ou "baby-polka"), "Trois coups d'talon", la polka piquée et le "Galop nantais". Enfin citons le "Quadrille des Lanciers" très en vogue jusqu'en 1940 (proche du "Quadrille de Cancale").

     Le Quadrille : le Quadrille serait l'antécédent des différentes contredanses de Haute Bretagne. La première figure était le "pantalon". Elle a donné notre Petit Galop.. la deuxième figure du quadrille ancien était l'"Eté". De là vient notre fameux "Pas d'Eté" avec un avant-deux traversé, suivi d'un second pour revenir en place. Le "balancé et tour des deux mains" qui suivait est devenu "valsé". La troisième figure du Quadrille s'appelait la "poule".La quatrième figure était la "Pastourelle" à partir de 1830 et enfin la "Finale" comprenant un avant-quatre, un avant-deux aller et retour, un balancé tour des deux mains. L'évolution simplifiée en nombre de mesures du "Quadrille" fut qu'en 1823 la Quadrille "se marche". Un témoin raconte : "Rien n'est plus simple que notre danse actuelle. Cet agréable exercice exigeait, il y a une vingtaine d'années, beaucoup d'études et même de perfection." Les enchaînements des Quadrilles de Haute Bretagne peuvent être rattachés à l'un des trois Quadrilles fondamentaux de la fin du 19è siècle : le Quadrille français, le Quadrille américain -dit "croisé" collecté dans le vignoble nantais- et le Quadrille des Lanciers.

     Le "Quadrille des Lanciers" : il était dansé dans tous le bals annuels organisés dans les grandes écoles ou les corps constitués à Rennes ou Nantes jusqu'à l'Occupation de 1940. Contrairement aux deux autres quadrilles sa musique était la même partout, servant également comme air de scottish ou comme support du "pas d'Eté". On l'appelle l'"Air des Bottes" :"Il avait des bottes, l'avait des bottes, bottes, bottes, L'avait des bottes, bottes, l'avait des bottes Bastien".

     Dans le nord de l'Ille-et-Vilaine la danse principale était l'"AVANT-DEUX". Dans l'est de la Haute Bretagne, vaste région entre Ancenis et Châteaubriant, dans le Mené et le bassin rennais on retrouve des figures constitutives du Quadrille français : "Avant-Deux", "Pastourelle" ou "Poule", probable éclatement des quadrilles modernes dansés dans les bals mondains et urbains de la seconde moitié du 19è siècle. Particularité de l'"Avant-Deux" : on retrouve nombre de ces danses différenciées d'une commune à l'autre par la façon de faire d'un seul danseur. Exemple : seul le pas distingue celui de Saint-Herblon et celui des "Touches", ou celui de Bazouges-la-Pérouse et du "Coglais". A Bazouges un film a permis de montrer au moins quatre formules d'appuis types différentes pour huit danseurs.

     Le terme "Avant-Deux" n'est pas spécifique à la danse de tradition populaire en Haute-Bretagne. C'est l'appellation d'une figure élémentaire constitutive d'un grand nombre de contredanses pratiquées par les bourgeois et la noblesse, puis dans les bals des grandes villes à partir de la seconde moitié du 18è siècle. Elle était la composante fondamentale et principale de l'"Eté", contredanse popularisée par Julien vers 1781. Cette contredanse très prisée pendant la période révolutionnaire est venue se positionner comme seconde figure du Quadrille sous le Directoire, le Consulat et l'Empire.Pour le "balancé" de fin de danse il peut s'agir d'un simple marché ou du pas en pivot, le "swing". Le pied droit tombe bien à plat sur tous les temps, tandis que sur les contretemps le pied gauche prend appui rapidement, souvent en demi-semelle, permettant au pied droit d'effectuer la rotation. Parmi les enquêtes de l'"Avant-Deux" entre Rennes et Fougères citons celle réalisée par Simone Petit-Devoise (MORAND) à Gévezé et La Mézière, Marguerite CORVAISIER à Gahard et Georges PAUGAM à Ercé-près-Liffré et Acigné en 1980 au café rue de Calais (Nota : avec la présence d'Antoinette BARON).

       D'autres éléments de jeux complétaient le temps de pratique : l'"Aéroplane" (d'Acigné ou St Péran),"la "Trompeuse" (de Dinan) version dansée avec des pauses, le "Tournez-vous" (version avec des retournements) et le "Bal des Hollandais" (version avec des chassés-croisés). Le "longway" ou dispositif en colonne, qui voit une file de danseurs faire face à une autre, était le dispositif le plus courant de "country dance" de la fin du 17è siècle, dispositif de la contredanse anglaise. Ce dispositif concerne la "Boulangère" en Morbihan gallo. En carré de quatre couples on le retrouve en version Quadrille américain ou pour le "Sacristain".

     Le SACRISTAIN ou "MOULINET" (d'Acigné ou Ercé-près-Liffré : il se pratique dans un dispositif à 4 couples avec des commandes "Moulinet pour les hommes!", "Moulinet pour les femmes!" Puis on devait s'accrocher pour former une aile de moulin en couple.

     Au nord de l'axe Vitré/Josselin la majorité des contredanses ont une durée de vingt-quatre mesures. Au sud elles peuvent aller de vingt-quatre à trente-deux mesures. Les Contredanses en Haute-Bretagne étaient "commandées par le musicien", animateur organisant l'espace, les alignements, le silence. Cela consistait également à annoncer les figures et les déplacements.

         Dans l'ouest des Côtes-d'Armor gallèses deux branles principaux dominent : le "rond" (ou la "ronde") et le "bal". Ces deux danses étaient le support d'éléments de jeux (retournements, pauses, accroupissements, élévation de bras).

     Dans le pays de Châteaubriant on retrouve l'"Avant-Deux" mais aussi la "Pastourelle" (ou "avant-trois" avec un homme entouré de deux femmes sur une partie de la danse), la "Poule" et une chaîne des dames.

     Dans le Morbihan gallo l'adoption de nouveaux répertoires ont été synthétisés localement comme la "Ridée" et une variante la "guédillée". La ridée à six temps proviendrait du sud du Morbihan et aurait eu l'"Hanterdro" comme origine. Les formes de ridées à huit temps auraient vu le jour autour de Pontivy. Ces danses ont été adoptées dans tout le Morbihan entre 1860 et 1880 et donnaient une prépondérance des mouvements de bras. Les danseurs usaient des appellations "ridées à deux coups et à trois coups", chaque coup désignant un mouvement spécifique de bras qui consiste en un balancé avant/arrière sur deux temps. Une ridée à deux coups est donc une ridée d'une durée de six temps, tandis que les ridées à trois coups ont une durée de huit temps.

     Dans le "Pays de Retz" la "MARAICHINE" était largement pratiquée entre le Marais breton et une ligne reliant Pornic au lac de Grand Lieu.

     Certaines danses sont issues de l'enseignement militaire : à l'est de la Haute Bretagne on pratiquait le "Pas d'Eté" (ou "Pas français"). D'autres danses furent incorporées dans les premiers cercles celtiques (1920 à 1960) : "la "Grosse Marie" ou "Danse des bigorneaux" en Loire- Atlantique (on y voyait les deux partenaires se mettre dos à dos, se frotter les fesses puis faire la bascule, les hommes soulevant les femmes sur leurs dos), l'"Horsey"(avec la version française "Poney! Poney!" adaptée de "Horsey! Horsey!" très populaire aux Etats-Unis et en Angleterre), le "Spirou" ou la "Bombe atomique"(les danseurs soulevant le plus haut possible leur cavalière; cette danse avait été interdite suite à de nombreux accidents) pour l'Ille-et-Vilaine, ou bien encore la "Belle Anguille" ou "Marlborough s'en va-t en guerre" pour le Morbihan, les Côtes-d'Armor ou le nord de l'Ille-et-Vilaine.

     Pour la contredanse "Avant-Deux" une version voyait les danseurs en vis-à-vis faire passer sous leur jambe un bâton ou une longue broche (mais aussi chaises, bancs, tabourets, cordages,...) qu'ils tenaient à chaque extrémité : la "Dauvergne" dans le nord Ille-et-Vilaine ou "Calibourdaine" à Saint-Lyphard (44). Une version du "Rond de Penthièvre" autour de Loudéac voyait les danseurs, à un signal donné par les paroles de la chanson, faire dos à la ronde tout en continuant de danser. A Bazouges-la-Pérouse (35)  version "Tournez-vous"d'"Avant-Deux" durant laquelle les danseurs se retournaient. Plus élaborée la "Ronde des Lavandières" présentant une analogie avec le "Branle des Lavandières" du 16è siècle. Citons aussi le "Carillon" avec le "Carillon de Dunkerque" (frappés de mains et de pieds) très prisé en Pays rennais à la fin du 18è siècle. Le "Carillon" ou "Trois coups d'talon" : et frappez dans vos mains, Un demi-tour, écoutez la musique, Trois coups d'talon et frappez dans vos mains, Un demi tour, reprenez la polka (avec une pastourelle sous le bras droit élevé du danseur).

     L'air d' "An Hini Goz" bien connu en Basse-Bretagne comme support de gavotte et de bal dans la région de la Basse-Cornouaille, était plus connu en Haute-Bretagne et tout particulièrement en Côtes-d'Armor gallèses sous le nom de "A la nigousse". C'était le support de la contredanse "la Périgourdine" dans l'extrême est du Mené. Sur le secteur de Collinée (22) les appellations "Contredanse croisée ou traversée" se différenciaient de la "Contredanse" ou de l'"Avant-Deux". On l'appelle depuis "Kerrouézée" avec l'air "Ah messieurs dames ça y est!" ou "Et puis madame ça y est!"

     LA DANSE et l'EGLISE : de nombreux musiciens étaient "interdits d'entrée" dans l'église lors des mariages. Certains d'entre eux ont connu l'excommunication, parfois même plusieurs fois au cours de leur vie. C'est le cas d'un musicien d'Irodouër (35) en raison de ses pratiques de sonneur de noce mais, surtout, en raison de sa grande audace à vouloir faire danser le dimanche après-midi. Il s'agit de Léon Gernigon, accordéoniste de routine, charretier, coiffeur et fossoyeur.

     En 1832 le maire d'Ercé-près-Liffré (35) rend compte au préfet du comportement du curé : "Monsieur le Préfet, le dimanche 29 juillet, nous avons célébré avec toute l'allégresse possible la fête commémorative de la glorieuse révolution de 1830 :

            un "INCIDENT" est venu plutôt égayer que contrarier notre amusement. Notre bon curé avait prolongé la durée des vespres par un chemin de croix extraordinaire : il avait prié et fait prier pour ceux qui allaient participer à une fête contraire à la morale et à la religion. Malgré toutes ces entraves et ces prédictions, à l'issue des vespres, la danse commença dans l'aire au devant de la mairie et de suite il y eut dix contredanses formées dont plusieurs à seize. Le son du violon attira aussi M. le Curé et il vint faire tapisserie avec un groupe de femmes et de curieux. Cette apparition ne fit aucune sensation. M. le curé rôdait et semblait tout hors de lui; personne n'y faisait grande attention. Cependant on remarqua qu'il avait du papier et qu'il écrivait au crayon : un curieux put même lire les noms de danseurs inscrits. On vint me prévenir de ce fait, alors je quittai le bal que j'avais ouvert moi-même et me rendis vers le curé, il n'était plus au cimetière, enfin je le rencontrais dans la rue. Je lui demandai par quel motif il venait de prendre les noms des danseurs... -je n'y tiens pas, dit le prêtre tout déconcerté, et il me remit le papier sur lequel il y avait inscrit beaucoup de femmes et de jeunes filles, partie à  l'encre et partie au crayon. Après avoir lu quelques noms, je ne pus retenir mon indignation, je déchirai le papier, en jetai les lambeaux dans la rue...."

     Les instruments : Si le couple biniou-bombarde a été omniprésent en Basse-Cornouaille et en pays vannetais brittophone cette formation était absente du pays gallo à l'exception notoire de la région de Questembert et Muzillac et surtout de l'arrière-pays de Loudéac et du Mené. Partout ailleurs en Haute-Bretagne l'instrument est sans conteste le violon. Dans l'est de l'Ille-et-Vilaine et le nord de la Loire-Atlantique on trouve des joueurs d'accordéon diatonique dès la fin du 19è siècle. Mais l'accordéon diatonique ne s'est répandu qu'à partir des années 1900, voire 1930.

     Dans certaines régions la veuze, la vielle à roue ou la clarinette ont occupé une place plus importante que celle du couple biniou-bombarde ou du violon. Dans les pays paludier, métayer et briéron (44) il existait au moins dix-huit veuzous en activité entre 1870 et 1930. Du côté d'Argentré en 1892 on y trouvait aussi du cornet à piston. Il y eut aussi une mode d'accompagnement des musiciens avec un ensemble grosse caisse et cymbale dénommé "jâze".

     Parmi les violoneux on trouvait des "joueurs de routine" qui ont eu accès à leur instrument sans enseignement formalisé, par recherche personnelle et observation de leurs prédécesseurs. La plupart se sont "faits la main" en "menant les conscrits" de ferme en ferme avec fanions et cocardes "bon pour les filles", "bon pour le service" et le dimanche "fleurissement des filles" avec des danses.  D'autre part on trouve des joueurs de violon populaires initiés à l'écriture de la musique auprès des joueurs de clarinette ou de piston dans les fanfares et harmonies municipales. Ainsi la plupart d'entre eux s'accordaient comme les joueurs de violon de formation classique alors que les joueurs de routine se positionnaient sur une référence légèrement plus basse (fa-do-sol-ré au lieu de sol-ré-la-mi). Le service militaire long parfois de 3 ans a aussi constitué l'occasion de faire évoluer pratique et répertoires dansés.

     Chants et danses : gavotter, noter, chanter à répondre ou à répéter, répouner ou ripouner, danser au son du sabot, turlutter... Le "CHANT à REPONDRE" est usité partout en pays gallo sauf dans le nord et l'est de l'Ille-et-Vilaine et la quart nord-est des Côtes-d'Armor gallèses. Il est "spécifique au répertoire de branles". Le groupe de chanteurs répète chaque phrase musicale après qu'une personne ou un groupe de personnes l'eut chantée auparavant. Cette technique sert à la danse mais aussi à la marche, à table ou pour interpréter des complaintes. D'une façon générale les personnes qui répondaient répétaient le plus souvent les phrases A et B dans le cas d'une structure de chanson bipartite (A et B étant les deux phrases) ou A et C dans le cas de chansons tripartites. En Morbihan gallo cependant les répondants répètent la chanson dans son intégralité. On pouvait alors avoir deux cas de figures : après avoir chanté A, et le choeur de lui répondre A, soit le meneur chante B et C ensemble, les deux phrases étant reprises par l'assemblée, soit le choeur répète chaque phrase, B et C, une à une.On trouve des chansons "narratives" ou des "dizaines" ou "chansons à dix" (c'est en dix ans, Y a 'cor dix, d'après des chansons de "pilées menues" de Ploërmel.)

     Avec le "GAVOTTAGE" le chanteur a statut de sonneur.Il accompagne les contredanses et danses en couple. Le répertoire se compose de courts refrains parfois salaces, généralement de quatrains ou des distiques complétés d'onomatopées que les gavotteurs égrènent en s'accompagnant d'éléments rythmiques comme le tintement de pinces à feu, de couverts sur une bouteille, de coquillages frottés l'un contre l'autre ou le son d'un soulier ou d'un sabot sur une bassine retournée par exemple (chant au sabot).

    La "Fête de la Saint-Jean" : c'était la date où les ouvriers agricoles signifiaient à leur maître qu'ils allaient le quitter ou vice versa (ou plus précisément la Saint-Pierre qui se fête le dimanche suivant). Dans le bassin rennais aux terres riches on pouvait également s'engager à la Saint-Michel. Un valet pouvait se faire engager pour la saison estivale et changer de ferme pour le reste de l'année, soit faire "métive". La "fouée" (le feu en gallo) est toujours très répendue avec parfois les sonneries de bassin ou tirer la "chièv".En travers de bassines en airain positionnées sur leurs trépieds on place des tiges de joncs (Juncus effusus ou glomeratta). A chaque extrémité de la tige se positionne une personne. Tandis que la première assure le contact entre la tige et la bassine - sans toucher à la bassine - la seconde fait glisser lentement la tige entre ses doigts de manière à lui conférer une vibration qui se propage au métal et fait brinder la pêle, troubler et jaillir quelque peu l'eau de la bassine. Il sort de ce dispositif un son grave, continu, envoûtant, qui peut s'entendre de très loin.A la Saint-Jean il était d'usage de former une grande ronde pour chanter en choeur une chanson spécifique et de la faire progresser vers la gauche en simple pas de marche. On n'y dansait que rarement contrairement aux noces ou aux "parbates" (parebattes ou barbates en Ille-et-Vilaine), "Nicolaille" ou "Nicodailles" dans l'est des Côtes d'Armor gallèses ou bien encore "Rançon' à l'ouest de Redon : ce sont les réjouissances qui succédaient aux "batteries" de collecte de blé d'avant les moissonneuses-batteuses. Elles demandaient l'ensemble des bras disponibles alentour. Note AG : Les temps passent et leurs changements : si Acigné (35) en 1813 comptait 141 fermes occupant 526 agriculteurs il ne reste plus que 31 exploitations en 2014.

     Les "Ramaougeries d'pommé" : dans une vaste région d'Ille-et-Vilaine au nord de Rennes, entre Fougères au sud-est jusqu'à Dol au nord-ouest, il était d'usage aux mois de novembre et décembre de confectionner "pommé". C'est une confiture à base de pommes que l'on laisse réduire en la chauffant doucement pendant une soirée ou une nuit, voire parfois vingt-quatre-heures. Cette préparation nécessite d'être remuée constamment durant toute la cuisson. Il était d'usage d'inviter les voisins et la jeunesse pour venir aider à "ramaouger", chacun prenant son tour au "ribot" en bois. Pendant que le pommé cuisait l'assemblée mangeait, chantait et dansait. Si les cantons d'Evran et Bécherel connaissaient bien le "pommé" sa préparation ne suscitait pas l'organisation d'une veillée. Il ne requérait pas non plus vingt-quatre heures de cuisson, comme dans le canton d'Antrain, mais était préparé en quelques heures dans une marmite plus petite. Le travail pouvait être effectué plus rapidement mais on faisait en sorte de la faire durer pour le plaisir de danser. Nota : Acigné faisait son "pommé" de 1992 à 2012 à la ferme culturelle municipale de la "Motte" avec "Gallo-Tonic" de Liffré et le Club de l'"Amitié".

     Les "Buées": Il en était de même les soirs des grandes lessives (ou buées) qui se faisaient deux fois l'an, au printemps avant la semaine sainte et à l'automne. Adolphe ORAIN décrit à Servon-sur-Vilaine (35) la façon dont on mettait le chanvre et le lin à rouir, étape suivant l'égrainage : "lors de la récolte les gars et les filles du pays se réunissent pour aller dans les fermes s'offrir à porter le chanvre et le lin à rouir dans les rivières et dans les doués. Après cela a lieu un repas suivi de danse et de chanson."

     Les "Pileries de place" (ou foulerie de place) : pour aider le travail à refaire le sol des habitations en terre battue jusqu'en 1950 on organisait des "pileries". Après avoir sorti les meubles le sol était défoncé sur une épaisseur d'une dizaine de centimètres. On y apportait un mélange de terre glaise et de balle de foin (gâpâts) que l'on mouillait abondamment et que l'on étalait sur le sol. Les voisins préalablement prévenus étaient invités à venir danser sur le mélange jusqu'à ce qu'il durcisse. En pays brittophone on avait l'équivalent "zi nevez". La danse pratiquée est la "Pilée menue" très répandue au nord-est du Morbihan. Les Landes de Lanvaux forment la frontière entre les zones de pratique de l' "En dro" et de la "pilée menue". Avec la "pilée menue" les danseurs se disposent hommes et femmes alternés dans la ronde. Les hommes joignent leurs deux mains au niveau de leur ceinture, de manière à ce que leurs bras arrondis forment chacun une anse de panier en laissant un espace libre entre leur coude et leur corps. Les dames passent leurs bras dans cette anse et les laissent pendre. Il s'agit d'une ronde progressant peu, les danseurs répétant indéfiniment un pas étroit, proche du sol, sans mouvement ample et sans aucune élévation.

     Les "Assembiées" et fêtes communales : organisées par les paroisses ou les communes elles ont constitué des contextes de danse. Parmi les plus renommées citons la Saint-Nicolas à Montfort-sur-Meu (35), la "Montbran" en Pléboulle (22) le 14 septembre et la Saint-Mathurin à Moncontour (22). En marge des cérémonies religieuses on terminait la journée en dansant dans les cafés (ou en jouant aux palets et cartes) ou au cours de bals publics. Les dimanches après-midi de nombreuses guinguettes étaient situées entre Rennes et Saint-Aubin-du-Cormier(35).

     La Saint-Mathurin de Moncontour (22) fut l'un des plus grands rassemblements des Côtes-d'Armor si ce n'est de Bretagne, réunissant les populations rurales gallèses du Mené, de l'arrière-pays de Loudéac mais aussi de la Basse-Bretagne voisine. A la Pentecôte le bal était organisé sur l'esplanade du château des Granges. Un article de presse de 1837 cite : "Là, à la lueur des réverbères de la ville disposés avec art sur la longueur de la promenade et dans les massifs d'arbres qui en forment l'extrémité, des contredanses, des rondes, des galopées et des dérobées se succèdent depuis sept heures du soir jusqu'à neuf, au son des tambourins, des haut-bois et des biniou(x) venus du pays breton. Le bal ouvert par quatre-vingt danseurs, au moment de finir en comptait déjà de quatre à cinq cents". Dans cette région des Côtes-D'Armor gallèses on danse depuis le premier tiers du 19è siècle (1839) la "Dérobée bretonne" issue des "Monfarines" du Piémont d''Italie.La "Monfarine" a du faire souche quatre à cinq ans après la première campagne d'Italie en l'an III (1795). C'est la danse par excellence des cortèges de noces. Dans le Mené l'air était appelé les "forrières".Le succès de la "Dérobée" en Trégor s'explique partiellement par la conformité lointaine qu'elle présentait avec le bal trégorrois. La "Dérobée", danse de cortège, comprenait pour partie une file d'hommes et une file de femmes qui décrivent des courbes symétriques. Viennent ensuite une suite de figures.Précédemment un élément du jeu consistait à voir un cavalier en surnombre "dérober" la cavalière d'un des hommes du cortège. Dans un premier temps il est interdit de "dérober" deux fois la même danseuse puis de n'autoriser le dérober de cavalière qu'à un certain moment de la danse. Finalement les autorités on finit par interdire la possibilité de dérober dans les années 1850 car cela engendrait des rixes.L'affiche du bal champêtre de saint-Brieuc en date du jeudi 23 et vendredi 24 juin 1842 interdisait certes de fumer mais surtout: "la Dérobée" est supprimée. On dansera la Ronde, la Chaîne et le Balancé." La "dérobée" pouvait aussi s'appeler le "chapelet" du nom de la chanson support de danse.

     Merci à Marc Clérivet pour toutes ces recherches, aux collecteurs et informateurs, passionnés par ces danses de terroir. Il ne nous reste plus désormais qu'à compléter ces informations en regardant le déroulement de ces danses sur internet, en achetant des DVD et livrets/CD aux Fédérations "Kendalc'h" et "Warl'Leur", à la "Coop Breizh" ou Yves LEBLANC; en participant à des cours et des stages. Et surtout en allant vibrer dans l'ambiance festive d'un fest-noz ou d'un fest-deiz.

Alain GOUAILLIER Juillet 2014